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Vivement l'Ecole!

Vers des écoles efficaces, équitables et justes...

6 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Vers des écoles efficaces, équitables et justes...

Efficacité, équité, absence d’humiliations et de violences sont des objectifs complémentaires et non pas concurrents. Les pays scandinaves, comme souvent en matière sociale, montrent la voie. Par ailleurs, les usagers du système scolaire adhèrent aujourd’hui à ces trois objectifs :

  •        plus aucun groupe social ne dédaigne ni ne rejette l’école
  •       plus aucun enseignant (à part quelques uns qui écrivent des livres de ressentiment) ne pense que l’école est quitte de l’objectif d’enseigner le plus de compétences possible au plus grand nombre.

VERS UN IDEAL

Imaginons, avec Gaëtane Chapelle et Denis Meuret entre autres chercheurs, le scénario (optimiste) suivant :

La Nation devra se persuader (ou devra l’être par les politiques) que :

  • l’éducation est un des moyens de faire face aux défis et risques d’une économie ouverte;
  • l’éducation  est un des moyens d’accroître les capacités des individus à faire face à un environnement instable.

Deux objectifs sont à en déduire, de manière REELLE ET URGENTE :

  • accroître la maîtrise des compétences de base en ne laissant personne quitter le système sans un socle commun de compétences ET de connaissances;
  • donner aux élèves la capacité de faire face au nouveau, à l’inattendu avec la mobilisation de TOUTES les disciplines pour favoriser la prise d’initiative, le travail collectif, la critique, l’invention, l’expérimentation.

Dans un tel projet, les personnels d’éducation adhèreraient car les compétences favoriseraient la construction de la citoyenneté, de l’humanité des individus. Les enseignants n’abandonneraient en outre pas leur discipline mais retrouveraient au contraire, en rejetant tout encyclopédisme, le sens de leur présence dans UN PROJET GLOBAL D’ EDUCATION.

Ce projet devra être porté aussi par les chefs d’établissement dont la responsabilité pédagogique devra être accrue dans des établissements disposant de plus de libertés dans le choix des programmes pédagogiques. (Dossier politiquement hautement inflammable mais qu'il faut 

Certains modes de scolarisation, d’organisation, sont plus efficaces que d’autres 

  •        il ne faut pas mettre à part les élèves faibles : faire redoubler, orienter dans des filières spécialisées les élèves « à l’esprit pratique » (bel euphémisme…), former des classes ou des établissements homogènes, tout cela est nuisible aux plus faibles sans profit pour les plus forts.
  •        Les dispositifs scolaires qui fonctionnent partagent certaines caractéristiques :
  • une définition, non de ce qu’on doit enseigner, mais de ce que l’élève doit réussir à apprendre;
  • un enseignement structuré;
  • l’alternance entre travail en petits groupes (homogènes ou pas) et en classes hétérogènes;
  • l’intervention de tuteurs avec les élèves à risques (je l’ai personnellement testé. Ca marche !)

Dans notre scénario, il faudra mettre en place un environnement pédagogique exigeant, stimulant et aidant où les équipes enseignantes seront encouragées à essayer, à évaluer et à apprendre de leurs erreurs. Deux aspects possibles à un tel environnement :

  •        mettre en place des programmes qui fournissent aux acteurs de terrain des outils riches de dispositifs, d’outils efficaces, parmi lesquels ils pourront choisir;
  •        mettre en place des procédures de responsabilisation, de compte-rendu, qui incitent les acteurs à choisir ces dispositifs et à en évaluer les effets. Un système d’incitation est efficace s’il engage les enseignants à trouver eux-mêmes ce qui convient à la situation de leur classe et à exiger de leur tutelle les ressources, la formation et l’aide qui leur serviront véritablement au mieux

ENSEIGNANTS ET USAGERS

  •        Les enseignants, dans ce scénario, seraient alors plus des experts que des artistes ou des intellectuels :

§ Quelqu’un qui connaît une grande variété de procédures complexes et choisit les plus adaptées ;

§ Quelqu’un moins exposé personnellement mais plus attentif professionnellement

Quant aux établissements, leur autonomie devra être plus professionnelle qu’administrative. Des procédures d’évaluation devront être mises en place, non pas pour faire entrer l’Ecole dans un système concurrentiel mais, entre autres, pour révéler au public le caractère exigeant de la profession : emmener ENSEMBLE ses élèves vers un niveau de maîtrise requiert un haut niveau de compétences. Ces procédures révèleraient aux élèves que le travail des enseignants consiste à les aider à « grandir » au moyen de la matière qu’ils enseignent. (Grand public, Parents et Elèves sont souvent très loin de ces réalités). Les objectifs annexes seraient tout aussi importants :

§ Réduire le clivage entre enseignants faisant le « sale boulot » et les autres;

§ Réunir les deux aspects du métier : relation à l’élève ET à la discipline enseignée;

§ Trouver les sources d’une bonne distance à l’élève. L’insistance sur la participation, l’absence des classes de niveau et du redoublement, la pratique du tutorat, le fait que les enseignants se réfèrent plus à leur METIER qu’à leur STATUT diminueraient les « violences » à l’ Ecole.

  •        Les usagers pourraient choisir leurs établissements dans des conditions telles que les effets négatifs de choix seraient supprimés (je rappelle que je suis ici dans le cadre d’un scénario optimiste).

D’une part, la politique « ZEP » doit être renouvelée, en aucun cas supprimée ! Ces établissements, à l’intérieur desquels les équipes pédagogiques accomplissent des prouesses quotidiennes dans l’anonymat le plus total et l’absence de reconnaissance, devront recevoir une surdotation significativement plus forte que celle octroyée aujourd’hui. 

D’autre part, « l’ampleur de  ces surdotations devra dépendre de la proportion d’élèves défavorisés » (Claude Thélot).  Elles reposeront sur des procédures simples et ne devront pas reculer devant le fait de privilégier, parmi les élèves défavorisés, les plus prometteurs.

Quant au choix des établissements, il se fonderait, non pas sur l’efficacité de l’enseignement des compétences fondamentales, encore moins sur le détournement de la carte scolaire devenu « sport national » des familles aisées, mais sur la partie non contrainte de l’enseignement. L’orientation vers des filières plus ou moins exigeantes se devra se faire, elle, sur la maîtrise des compétences fondamentales au moment de l’entrée en lycée ou bien, si le Lycée était intégré à la scolarité obligatoire, au moment de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Trois conséquences positives  nos yeux :

§ Un tel système assurant que les élèves d’un même établissement présentent une forte hétérogénéité dans la maîtrise des compétences (le Banding System à Londres) deviendra alors acceptable par toutes les familles puisqu’une qualité d’enseignement sera garantie pour tous et par tous. Cette mixité (Forts et faibles ensemble) se traduira par plus d’efficacité et d’équité;

§ La possibilité de choisir son établissement ne pourra plus être induit par leur hiérarchisation provoquant à la fois la ségrégation urbaine et la ségrégation scolaire. Au contraire, s’établira alors une coopération entre établissements permettant à ceux-ci d’offrir aux élèves un éventail maximal d’activités et de s’entraider pour la réalisation d’objectifs communs.

§ Le choix de l’établissement donnera alors à tous les possibilités dont profitent actuellement les plus favorisés.

Ce scénario, car ce n’est qu’un scénario, est sans doute caricaturalement optimiste. MAIS il montre des pistes à emprunter. Beaucoup d’enseignants, de parents et d’élèves y sont prêts.

Christophe Chartreux

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