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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Jean Prévost...

29 Septembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

À ce début de printemps 1925, depuis deux ans, Dieudonné Crouzon n’était plus surveillant d’internat; il gardait de cette suite à la vie de boursier un mauvais souvenir. Il vivait de leçons, aidé par une réputation honnête, presque brillante, dans les Facultés de Lettres et de Droit. La thèse de droit était presque achevée sur son étagère, mais déjà il avait rédigé trois thèses pour des amis. Avocat?
!"
Juriste et professeur? Il n’aimait nil apolitique ni les discours. Brun, maigre, le nez droit et le menton mince, il ne déplaisait pourtant pas au public; dans les réunions d’étudiants, il parlait d’abondance, brillait un moment; puis, à l’instant où sa verve donnait le plus de plaisir, il s’arrêtait net, il se coupait à lui-même la parole par un sarcasme. Les uns le tenaient pour un peu bizarre, les autres pour orgueilleux. On l’avait appelé «et puis non» jusqu’au jour où un homme d’esprit l’avait surnommé courant d’air. Pas d’affectation dans son attitude: un homme dispersé, agité, qui se résignait en haussant les épaules à un avenir médiocre. Il avait, à vingt ans, interrompu un ancien ministre au cours d’une réunion publique: «S’il y a trop d’intellectuels, monsieur le Ministre, faut-il vous tuer, ou me tuer?»

Jean Prévost - Le sel sur la plaie

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