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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Eric Faye...

22 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ils avaient commandé le café. La petite salle se vidait progressivement. Plus haut, dans la rue, le soleil faisait sa première apparition du jour mais une ombre était passée sur le visage de Ludvík Slaný. Il soulevait maladroitement des objections, invoquant la masse de travail en cours, dont il ne pourrait se libérer avant des semaines. Et puis son esprit cartésien ne ferait-il pas de lui un enquêteur à charge, loin de l'objectivité à laquelle on demandait de tendre? Novák restait imperturbablement déterminé, ce qui commençait d'éveiller ses soupçons. Il l'écoutait dérouler ses arguments, le laissant se prendre dans une pelote de phrases alambiquées. Il attendait patiemment que Ludvík baissât les bras. La lutte était inégale et Novák n'était pas pressé. Dans ces cas-là, il savait vaincre à l'usure.

Le café servi, le marc eut tout le temps de sombrer au fond des tasses: les deux clients l'avaient oublié. Novák ne contrait jamais frontalement les objections. Il porta enfin la tasse à ses lèvres puis fronça les sourcils, signe que le café était d'une qualité douteuse ou bien que quelque chose se préparait, un tir de barrage du genre «tu sais, j'ai bien réfléchi et pesé le pour et le contre», ce qu'il finit par dire, j'ai bien réfléchi, Ludvík, je tiens à ce que ce soit toi qui t'en charges, je ne vois pas qui d'autre…

– Mais…

– Laisse-moi finir. Tu peux très bien ne commencer que dans deux ou trois semaines, le temps de mettre un point final à ce que tu as en cours – on trouvera moyen de s'arranger. Ou bien tu termines plus tard ce que tu as en cours…

Qu'avait-il à s'entêter ainsi?

Eric Faye - Le télégraphiste de Chopin

 

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