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Vivement l'Ecole!

Je ne serai plus professeur principal...

23 Juillet 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Je ne serai plus professeur principal...

EXTRAITS

C'est une fonction que j'exerce depuis mes débuts et dans laquelle je me suis toujours investi. Mais là, la coupe est pleine.

Quand on m'a demandé d'être professeur principal, je n'ai pas hésité longtemps. C'était pendant l'été 2008, quelques semaines avant ma première rentrée en tant que professeur titulaire. Après une année en tant que stagiaire, je venais d'être nommé dans un collège picard, estampillé ZEP, à l'époque où cet acronyme existait encore.

En acceptant de devenir le référent d'une classe de cinquième, je n'avais pas réalisé à quel point je rendais un grand service à la cheffe d'établissement qui, je l'apprendrai un peu plus tard, s'était souvent arraché les cheveux face aux refus d'une grande partie des enseignant·es de mon nouvel établissement.

(…)

Et puis Blanquer est arrivé

Jean-Michel Blanquer est devenu ministre de l'Éducation nationale après l'élection d'Emmanuel Macron et la nomination d'Édouard Philippe au poste de Premier ministre. Rapidement surnommé «Ctrl-Z» en raison de sa faculté à annuler toutes les mesures prises par ses prédecesseur·es, il s'est surtout distingué par la volonté de laisser une trace durable dans le paysage éducationnel français.

Ce qui passe, entre autres décisions, par une gigantesque opération de remodelage de l'enseignement au lycée, qui inclut non seulement les établissements généraux et technologiques (comme celui auquel j'appartiens), mais également les lycées professionnels.

Si ces derniers ne doivent pas être oubliés –comme c'est trop souvent le cas lorsque l'on parle d'éducation–, permettez-moi de parler avant tout du système que je connais, c'est-à-dire de l'enseignement général et technologique.

La promotion qui entrera en terminale à la rentrée 2019 sera la dernière à passer le bac tel qu'on le connaît depuis 1995. Dès l'an prochain, les élèves de première découvriront une autre organisation et un autre examen.

Du côté des sections générales, exit les classes de S (scientifique), ES (économique et social) ou L (littéraire): on sera en première générale, un point c'est tout, avec un tronc commun et trois spécialités à choisir parmi une liste, toutes n'étant pas disponibles dans l'intégralité des établissements.

Extrait du dépliant «En route vers le baccalauréat 2021». | Via ministère de l'Éducation nationale

En cours d'année de première, chaque élève devra choisir les deux spécialités à poursuivre en classe de terminale et celle à abandonner, qui fera alors l'objet d'une épreuve anticipée.

Les disciplines du tronc commun seront évaluées dès le milieu de la première, à la fois à l'aide du contrôle continu, mais aussi par le biais d'épreuves communes, organisées dans les établissements à partir d'une banque d'épreuves proposées par le ministère.

En terminale, il restera quatre épreuves à passer dans des conditions d'examen: les deux spécialités au printemps, puis la philosophie et le grand oral –nouvelle épreuve aux contours encore flous– en juin.

(…)

L'orchestre du Titanic

En toute franchise, pour être cohérent, j'aurais dû démissionner de ma fonction de professeur principal en cours d'année, comme l'a par exemple fait une soixantaine d'enseignant·es de plusieurs lycées de Toulouse.

«C'est une réforme qui n'est pas finie, et un flou artistique total sur les programmes de terminale. Si je démissionne, c'est par déontologie», expliquait Christine Charpentier, professeure d'histoire-géographie et prof principale depuis un quart de siècle, dans une interview accordée à La Dépêche.

Dans des lettres de soutien aux démissionnaires, des centaines de profs de l'académie indiquent ne pas souhaiter assurer cette fonction à la rentrée 2019.

J'ai tenu à terminer cette année pour ne pas avoir le sentiment d'abandonner mes élèves en cours de route, et je sais que j'ai en partie eu tort. Parce que c'est justement là-dessus que joue le ministre.

Interrogé sur les menaces de grèves de surveillance du bac, il disait compter sur notre «sens des responsabilités», ajoutant que nous savons bien «qu'on ne prend pas les élèves en otage». Il aurait très clairement pu affirmer la même chose à propos des défections des profs de Toulouse.

(…)

J'ai l'impression d'être un lâche, d'autant que je sais bien que d'autres seront là pour reprendre le flambeau, dans la douleur. Oui, je quitte le navire. Mais il faut que j'apprenne à accepter que je ne suis pas responsable du naufrage en cours, que j'ai déjà passé plus de temps que nécessaire à écoper et qu'il est vraiment temps que je pense un tout petit peu à ma santé physique et mentale. L'an prochain, je serai juste un prof de maths, et puis c'est marre.

*Les prénoms ont été changés.

Thomas Messias

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