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Vivement l'Ecole!

« Greta la science « et Onfray l’autistophobe ? Par Martina Charbonnel...

25 Juillet 2019 , Rédigé par Martina Charbonnel Publié dans #Environnement

« Greta la science « et Onfray l’autistophobe ? Par Martina Charbonnel...

J’aurais préféré ne rien avoir à écrire au sujet de Greta Thunberg tant il est vrai que l’on en parle trop et qu’il faut être bien naïf pour ne pas voir les manipulations à l’origine de la tentative forcenée d’en faire une icône de la lutte contre le réchauffement climatique.

Il se trouve que Greta Thunberg se présente comme autiste Asperger . J’aurais aussi aimé ne pas me sentir interpellée mais je le suis car mon fils adulte présentant aussi ce syndrome.

L’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale a été à l’origine d’un véritable déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Dans le meilleur des cas, les gens s’en sont pris à ceux qui la manipulent mais bien des critiques se sont résumées à des injures et des propos méprisants

On peut légitimement déplorer que Greta Thunberg s’exprime sur le registre de la menace (on peut le dire ainsi puisque son but revendiqué est de nous faire peur).

On peut aussi regretter qu’elle donne des leçons aux adultes allant jusqu’à dire aux députés qu’ils sont immatures.

Le fait qu’une jeune fille de 16 ans s’adresse aux grands de se monde et aux élus pour dire l’inquiétude de sa génération appelée à vivre les conséquences plus ou moins graves du réchauffement climatique est tout à fait recevable. Ils doivent entendre ces craintes et tenter d’y répondre. Mais peut-être ne sont-ils pas obligé de la vénérer quand elle leur explique ce qu’ils doivent faire.

Sur ce point, je rejoins Michel Onfray qui dans son texte « Greta la science fustige la civilisation de l’enfant roi.

Je n’approuve plus du tout Onfray lorsqu’il a des mots très durs envers Greta :

 » Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. »

« Quelle âme habite ce corps sans chair? On a du mal à savoir « 

 » Elle lit les volumineux dossiers du GIEC dont elle débite les chiffres. »

La majeure partie de son texte ressemble à un règlement de comptes avec la jeune suédoise ainsi qu’avec ceux qui l’écoutent religieusement.

Les pamphlets de Michel Onfray qui font les délices du lecteur lorsqu’il se moque des gens puissants ne passent plus dut tout quand ils visent une jeune fille souffrant du syndrome d’Asperger.

Ce qu’il dit de son attitude, de sa gestion de l’émotion qui donne à penser qu’elle ne ressent, rien, sa voix glaciale quand elle énumère des chiffres ne fait que décrire quelques manifestations de ce syndrome.

Pourtant Onfray reste prudent pour aborder la question de l’autisme de Greta :« Les journalistes nous font savoir avec moult précaution, presque en s’excusant, qu’elle est autiste – il faut le dire, sans le dire, tout en le disant quand même. Dont acte. Je laisse cette information de côté. « 

Mais il poursuit : « L’usage métaphorique de ce mot est interdit par la bienpensance, mais on découvre également qu’il l’est aussi dans son sens premier. Donc on le dit, mais on n’a rien dit. »

Il me semble évident qu’il contourne le sujet de l’autisme pour mieux ironiser sur les symptômes. En ce sens,il y a une dimension « autistophobe  » dans le texte de Michel Onfray.

Mais il y a surtout chez lui une méconnaissance de certaines caractéristiques du syndrome d’Asperger. Que Greta soit manipulée à grande échelle par des gens qui ont intérêt à promouvoir un simulacre d’écologie est une évidence. Ceci ne signifie pas qu’ils décident à sa place ce qu’elle dit. C’est mal connaître l’autisme que de croire que les obsessions, les peurs qu’exprime Greta et les chiffre qu’elle cite lui ont été dictés par ces mêmes gens.

« Ce qu’elle lit, à défaut de le dire librement, n’est pas écrit par une jeune fille de son âge. « 

Ce n’est pas forcément exact : Des ados présentant le syndrome d’Asperger ne s’expriment pas comme des gens de leur âge. Lorsqu’un sujet devient obsessionnel pour eux, ils l’explorent avec une précision incroyable. Ce pourrait être leur force lorsque leur sujet de préoccupation est d’intérêt général ( c’est le cas avec le climat). C’est aussi et surtout leur drame car leur façon de s’exprimer avec autant de précision dérange et provoque souvent le rejet, ce qui renforce leur isolement. Très difficile à vivre pour eux.

Michel Onfray a beau se justifier : « Il n’y a rien à reprocher à une enfant qui veut voir jusqu’où va son pouvoir d’agenouiller les adultes, c’est dans l’ordre des choses. » En raillant l’attitude de Greta Thunberg en grande partie déterminée par son syndrome d’Asperger ( et l’importance démesurée que l’on accorde à ses propos), il vient de rejoindre cette partie de l’humanité qui regarde avec empathie des reportages sur l’autisme mais qui fuit les gens trop différents qui ne communiquent selon d’autres codes sociaux. Sa façon de s’en prendre à la jeune fille renforce l’ostracisme dont sont victimes bon nombre d’autistes Asperger.

Mais peut-être ne s’agit-il pour lui que d’écrire un bon billet amenant une réflexion sur le transhumanisme et les cyborgs. Si tel est le cas, il instrumentalise à sa façon une jeune fille fragile, faisant d’elle un cyborg en lui déniant sa sensibilité et son humanité.

Greta Thunberg n’est peut-être pas en mesure de stopper le réchauffement climatique mais elle a réussi à faire trébucher Michel Onfray.

Martina Charbonnel

(Et d'autres passionnants billets en cliquant sur le lien ci-dessous)

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