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Vivement l'Ecole!

ENA, ENS, Polytechnique… faut-il encore payer les élèves...

20 Juillet 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

ENA, ENS, Polytechnique… faut-il encore payer les élèves...

EXTRAITS

La question de la rémunération dans certaines grandes écoles est absente des discussions sur l’avenir de la formation de la haute fonction publique.

1 617 euros net par mois à l’Ecole nationale d’administration (ENA), 1 342 euros à l’école normale supérieure (ENS) Paris, quelque 900 euros à Polytechnique… Dans certaines des plus prestigieuses écoles publiques, destinées à former l’élite des professeurs, d’ingénieurs et d’administrateurs, les élèves sont payés par l’Etat. Le président de la République a ouvert le chantier de la formation de la haute fonction publique, le 25 avril, avec la fracassante annonce de la suppression de l’ENA.

Reste un grand absent des débats : la rémunération des élèves de ces grandes écoles. Pas un mot de Frédéric Thiriez, énarque chargé de faire ses propositions à Emmanuel Macron d’ici à l’automne. Selon son entourage, la question « ne devrait pas être abordée dans le champ de cette mission ».

« Evoquer le sujet, c’est toujours s’attirer les foudres, mais on se situe au cœur des “inégalités de destin” dont parle le président dans ses discours », défend Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, qui a publié une note en août 2017 sur les « privilégiés de l’école » que l’on « paie pour étudier ». Difficile de connaître le nombre total de jeunes concernés, en l’absence de données globales officielles, mais ils représenteraient quelques milliers d’étudiants.

Ce salaire a-t-il encore un sens, quand la majorité des élèves de ces établissements prestigieux viennent de milieux favorisés ? On compte 83 % d’élèves de famille CSP+ à l’ENS Paris, 7 % d’enfants d’agriculteurs, d’artisans, d’ouvriers et d’employés à Polytechnique, ou encore 4,4 % d’élèves de l’ENA ayant un père ouvrier… « C’est totalement décalé de payer des enfants qui sont majoritairement issus de familles fortunées », estime Louis Maurin, qui prône l’application du système de bourses étudiantes classique.

« Cette rémunération procédait d’une logique qui ne fonctionne plus en partie, abonde Emmanuel Aubin, professeur de droit à l’université de Poitiers. Elle était la conséquence du statut de fonctionnaire stagiaire des élèves, mais aussi une manière d’attirer vers la fonction publique et de permettre le recrutement de personnes venant de tout milieu social. » A l’Ecole polytechnique, aujourd’hui, plus de 80 % des élèves ne se dirigent pas, à la sortie, vers la haute fonction publique, mais vers le secteur privé ou celui de la recherche.

(…)

« Fonctionnaires stagiaires »

« On sait qu’on est des privilégiés », reconnaît un normalien parisien, qui préfère garder l’anonymat. Il s’apprête à rompre son engagement décennal pour aller travailler dans une start-up et à rembourser sa pantoufle. Il admet sans difficulté que « supprimer ce privilège du salaire n’aurait rien de scandaleux ». Sa famille, de classe moyenne, ne verrait peut-être pas les choses de la même manière : « Ce n’était pas vital, mais mes parents étaient bien contents de cette aide pour financer en même temps les études de mon frère, sinon il y aurait eu des trous dans la trésorerie. »

Les écoles se défendent en rappelant qu’il s’agit d’abord d’un « principe général de la fonction publique et de l’armée, qui veut qu’on paye les élèves durant leur formation », entend-on à l’ENA, où l’on cite les nombreuses écoles concernées, de celle des directeurs d’hôpitaux à l’administration pénitentiaire en passant par les greffes. « Nos élèves sont des fonctionnaires stagiaires », insiste son directeur, Patrick Gérard. Ces derniers travaillent pour l’Etat durant leurs études, par le biais de stages en préfecture, dans les ambassades, etc. Et d’ajouter qu’à l’heure où l’on veut ouvrir socialement la haute fonction publique, il serait peu cohérent de retirer ce soutien qui bénéficie aux élèves modestes – quand bien même ils sont minoritaires.

(…)

Camille Stromboni

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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