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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... François Mauriac...

23 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Pourquoi me  soutenir que tu sais ta leçon? Tu vois bien que tu ne la sais!...Tu l'as  apprise par coeur ? vraiment ? "une gifle claqua.

"Monte dans ta  chambre. Que je ne te voie plus jusqu'au dîner."L'enfant porta sa main à  sa joue, comme s'il avait eu la mâchoire brisée :"oh! là! là! vous  m'avez fait mal !(il marquait un point, il prenait son avantage.) je le  dirai à Mamie..."

Paule saisit avec rage le bras fluet de son fils  et lui administra une seconde gifle. "A mamie ? et celle-là ? Est ce à  papa que tu vas aller t'en plaindre ? Eh bien, qu'est ce que tu attends ?  allons, va !"Elle le poussa dans le couloir, ferma la porte, la rouvrit  pour jeter à Guillaume son livre et ses cahier. Il s'accroupit et les  ramassa, toujours pleurant. Puis d'un seul coup, le silence : à peine un  reniflement dans l'ombre. il détalait enfin ! Elle écoutait le bruit  décroissant de sa course. Bien-sûr, ce n'était pas dans la chambre de  son père qu'il irait chercher un refuge. Et puisque à ce moment même, sa  grand mère, sa "Mamie", tentait pour lui une démarche auprès de  l'instituteur, il irait se faire plaindre à la cuisine par Frailein.  Déjà il devait"lécher une casserole" sous le regard attendri de  l'Autrichienne. "Je le vois d'ici..."Ce que Paule voyait, quand elle  pensais à son fils, c'étaient des genoux cagneux, des cuisses étiques,  des chaussettes rabattues sur les souliers. A ce petit être sorti  d'elle, la mère ne tenait aucun compte de ses larges yeux couleur mûres,  mais en revanche elle haïssait cette bouche toujours ouverte d'enfant  qui respire mal, cette lèvre inférieure un peu pendante, beaucoup moins  que ne l'était celle de son père, mais il suffisait à Paule qu'elle lui  rappelât une bouche détestée. La rage en elle refluait : la rage, ou  simplement peut être l'exaspération ? mais il n'est pas si aisé de  discerner l'exaspération de la haine. Elle revint dans la chambre,  s'arrêta un instant devant la glace de l'armoire. Cette blouse de laine  verdâtre, elle la reprenait chaque automne, l'encolure était trop  larges. Ces taches avaient reparu malgré le nettoyage. La jupe marron,  mouchetée de boue, était légèrement relevée par-devant comme si Paule  eût été enceinte. Dieu savait pourtant ! 

François Mauriac - Le Sagouin

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