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Vivement l'Ecole!

Bougainvilliers, mimosas et thé à la menthe...

16 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Bougainvilliers, mimosas et thé à la menthe…

(À lire en écoutant, doucement, « Scènes d’enfance » de Schumann par Martha Argerich)

Je suis un grand amoureux. De Kerouac, des « road movies », de ces chansons qui invitent à emprunter les routes mythiques, la Nationale 7 ou la « Route 66 ». J’aime conduire. Mon amie cherche fébrilement une chanson à me faire écouter. Elle s’enthousiasme pour tout ou presque. On ne peut qu’être bon lorsqu’on s’acharne à ce point pour seulement trouver une chanson. Non? Les kilomètres sont avalés. Elle a trouvé ! Juliette… « Une Petite Robe Noire »… Appuyée contre la portière, légèrement tournée vers moi, les pieds nus, le regard perdu vers la liberté… Elle écoute... Et je me souviens...

Il y avait tellement de couleurs dans mon jardin ! Des géraniums aux fleurs énormes, des arums à donner le vertige, en cornettes de bonne sœur avec un rayon de soleil au milieu, des pois de senteur, des soucis et mes chers bougainvilliers qui escaladaient tout, en retombant lourdement, épuisés… Je m’enivrais des parfums mélangés… J’étais au paradis.

Au printemps explosaient d’autres senteurs. Celles de fleurs d’orangers. De l’oranger devrais-je dire. Il n’y en avait qu’un. Mon bel oranger.

Au marché d’El Jadida, tout dégoulinait de fruits et de légumes divers. À mourir de plaisir au milieu des cris et des bousculades. Les paniers s’emmêlaient. Même l’étal du boucher, ruisselant de sang, attirait mon regard. Ce rouge virant au noir sur les tabliers blancs…

Et puis les mimosas ! Ma mère les adorait. Elle en faisait des bouquets décorant la maison de jaune à la Van Gogh. Le vase sur le piano était toujours le plus fourni. Je n’ai jamais su pourquoi. Un hommage à la musique sans doute…

Elle est belle cette chanson de Juliette…

« Tu as remarqué. Il n’y a plus de débats en France » me dit-elle aux environs de Mantes…

Mon père et ses amis enseignants débattaient souvent. Politique, pédagogie, que sais-je encore ? La France est le pays de la « disputatio », du débat humaniste. Quel repas de famille, quelle rencontre entre collègues ne contient pas son débat, ses propos contradictoires, ses arguments défendus pied à pied ? Nos assemblées résonnent encore, des siècles après, des envolées lyriques d’un Hugo, d’un Jaurès, d’un Mitterrand. Tout en France fait débat.

J’adorais le bleu des fleurs de Volubilis. Plus tard, je découvrirai les ruines du même nom. Mon Tipasa à moi… Sans la mer ni les absinthes. Mais la même caresse sur les pierres et le ciel incrusté dans la brûlure du temps. Ici pas de « maître des horloges ». Quel orgueil de seulement croire pouvoir le devenir !

La France en effet se voit privée de débats. Se voit privée de politique. Le nouveau pouvoir autoproclamé « nouveau monde » ne veut ni droite ni gauche. Le citoyen, au sens étymologique du terme, devient un « collaborateur » dans une France startupisée. Les oppositions sont sommées de ne pas exister. Même la presse, le « quatrième pouvoir », se voit accusée de « ne pas chercher la vérité ». Alors qu’elle ne fait que cela. Le peuple est délégitimé.

- C’est bien pire que la disparition du débat. Car ce sont nos libertés qui risquent la disparition

Le regard de mon amie sembla s’assombrir. Je m’en voulus de la peiner.

J’aimais tant courir sur le sable vers la mer. Antoine Doinel à la fin des « Quatre Cents Coups ». Mais je ne m’arrêtais pas. Je ne me retournais pas pour, face caméra, regarder s’éloigner mon enfance. Non ! Je plongeais tête la première dans les rouleaux Atlantique pour hâter la caresse de l’eau sur mon corps. Et je priais n’importe qui pour que cela ne s’arrête jamais. Le sel brûlait mes yeux que je gardais ouverts, toujours !

- Il faudra qu’on partage un thé à la menthe bientôt...

Oui mais servi dans un verre, tombant de haut. La théière ventrue souplement soulevée, dessinant dans l’espace une hanche de femme… J’aimais tant les parfums de Khadija qui se mêlaient à ceux du thé et de la menthe… A ceux des fleurs et des arbres du jardin…

- Oui, nous partagerons un thé à la menthe. C’est promis.

Son sourire était revenu…

Christophe Chartreux

"L’imagination est la liberté de l’esprit"

Angel Parra

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