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Vivement l'Ecole!

Libertins de pensée...

9 Mai 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Littérature, #Philosophie

Libertins de pensée...

EXTRAIT

Le siècle des Lumières a connu le succès des romans obscènes mêlés de philosophie. Colas Duflo rétablit le rôle sous-estimé de cette littérature dans la transmission des idées subversives.

Ils ont pour titre Margot la ravaudeuse, Thérèse philosophe, la Religieuse en chemise, les Bijoux indiscrets ou Mémoires de Suzon… Ils fleurent le grivois et le foutre. Ces ouvrages souvent anonymes du XVIIIe siècle appartiennent à la catégorie que Colas Duflo appelle «roman libertin à ambition philosophique». Un grand nombre de ces textes obscènes donnent en effet dans le débat entre les récits d’ébats. Cette intrication peut surprendre le lecteur contemporain. Les deux choses, sexe et philosophie, ne relèvent pas du même registre et ne touchent a priori pas les mêmes types de destinataires. Et pourtant, il y aurait de la matière dans ce nœud entre philosophie et pornographie, dans ses effets littéraires et idéologiques.

C’est à cet endroit que se tient cette Philosophie des pornographes : «Qu’une littérature même mineure puisse viser, en procurant de la jouissance et du désir de jouissance, à libérer son lecteur en l’obligeant à interroger ses idées morales toutes faites et ses préjugés, jusque dans leur origine religieuse, voilà qui ne nous semble pas anodin à rappeler aujourd’hui.» Pourquoi cet apparent dévoilement ? Comme si ce rôle de diffuseur des idées des Lumières dans une certaine littérature clandestine n’avait pas été mis en avant auparavant. «La double indignité de l’objet (non seulement il s’agit d’un roman, mais en plus il est cochon) interdisait sans doute qu’on le considérât d’un œil docte», écrit Colas Duflo, professeur à l’université de Paris-Nanterre, spécialiste de littérature et de philosophie du XVIIIe siècle. Seuls les historiens du livre, en particulier Robert Darnton (1), souligne-t-il, ont montré que les textes les plus osés circulaient par les mêmes canaux que les traités philosophiques hétérodoxes du baron d’Holbach (en particulier son fameux Système de la nature, pour qui seule existe la dynamique de la nature et qui nie explicitement l’existence de Dieu). Et ces deux catégories de livres touchaient probablement les mêmes cibles : des lecteurs en quête du plaisir d’écriture interdite, aussi bien dans l’expression de la pensée que dans la description des mœurs…

Paradoxalement, de l’autre bord disons, le versant libertin, on apprécie peu les coupures réflexives dans les récits lascifs. Le livre référent (2) dans la famille des récits licencieux considère ainsi que «le discours du roman pornographique fait figure de hors-sujet. Il suspend le récit et distrait l’intérêt du lecteur».

(...)

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

Frédérique Roussel

Colas Duflo - Philosophie des pornographes/Les ambitions philosophiques du roman libertin

Seuil «L’Ordre philosophique», 300 pp., 23 €.

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