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Vivement l'Ecole!

Des enseignements sous contrôle?...

31 Mai 2019 , Rédigé par La Vie Des Idees Publié dans #Education, #Politique

Des enseignements sous contrôle?...

EXTRAITS

À propos de : Jérémie Dubois et Patricia Legris (dir.), Disciplines scolaires et cultures politiques. Des modèles nationaux en mutation depuis 1945, Presses universitaires de Rennes

L’influence du politique sur les manuels scolaires est un sujet gorgé de passions et de polémiques. Un ouvrage collectif en fait la recension depuis la guerre dans divers pays, autour du colonialisme, des grands personnages de l’histoire, et du nationalisme.

L’école française a été à de multiples reprises accusée de « politisation », terme aussi ambivalent que souvent péjorant. Ces critiques viennent d’ailleurs de champs parfois très éloignés, de l’extrême-droite catholique accusant à la fin du XIXe siècle le système éducatif républicain d’être irréligieux, à certaines gauches extrêmes dénonçant en sens contraire l’école comme un instrument aux mains de la bourgeoisie. C’est peu dire donc que l’ouvrage dirigé par Jérémie Dubois et Patricia Legris, issu d’un colloque organisé les 19-20 mars 2015 à Rennes, s’aventure sur un terrain gorgé de passions, celui de l’influence politique sur les pratiques et institutions éducatives. Les deux historien(ne)s, spécialistes des programmes scolaires et des politiques publiques les définissant, s’intéressent aux contenus d’enseignement, qu’ils soient ceux des programmes d’enseignement ou des manuels scolaires. Ceux-ci sont largement investis, certes, par les sciences sociales de l’éducation sous l’expression de « curriculum » (p. 11). Mais, concrètement, comment les pouvoirs et les enjeux politiques les influencent-ils ?

Les auteur(e)s, dans une solide introduction, rappellent l’état (foisonnant) de la production scientifique sur les programmes scolaires – dont l’importance est spécifique dans le modèle scolaire français, d’autres systèmes étant plus basés sur les manuels. Le livre s’organise en trois axes : l’interaction entre contenus d’enseignement et sorties de systèmes coloniaux, la perception dans les manuels scolaires de grandes figures ou périodes du passé, et enfin les adaptations et mutations des programmes et des manuels dans des sociétés contemporaines en mutation. L’ouvrage privilégie l’histoire et l’éducation civique, sans cependant se priver des incursions dans d’autres disciplines scolaires (sciences, préhistoire, langues vivantes).

(...)

Les grands personnages

Dans la deuxième partie, l’ouvrage s’intéresse à la manière dont les enjeux politiques influencent les contenus d’enseignement, par le biais de personnages et périodes historiques dans les manuels, aussi bien dans des situations démocratiques qu’autoritaires ou post-autoritaires. Jérémie Dubois analyse ainsi, dans les manuels scolaires italiens de l’après-Seconde Guerre mondiale (p. 81-91), le cas de Garibaldi, à la fois figure unificatrice, au propre comme au figuré, de la mémoire nationale italienne, et enjeu des conflits politiques. Les manuels d’auteurs de gauche italienne mettent l’accent sur son progressisme social face à l’autre figure (plus à droite) de l’unification italienne, Cavour, là où les ouvrages conservateurs proposent une lecture unanimiste des pères du Risorgimento. Manon Laurent, s’intéressant aux manuels scolaires d’enseignement du mandarin en Chine depuis les réformes de Deng Xiaoping à la fin des années 1970 (p. 93-104). Avec une analyse quantifiée particulièrement intéressante (p. 102), elle montre un reflux des récits communistes traditionnels (guerre civile, grands personnages) et la montée en contre-plan de thèmes nationalistes, confucéens et écologiques. Olga Konkka s’attache à étudier les variations de perception de Joseph Staline dans les manuels de la Russie post-soviétique (p. 105-120). Elle en montre la trajectoire sinueuse, de la condamnation progressive dans les années 1990 à une réhabilitation dans les années 2000-2010 s’appuyant sur la victoire antinazie et l’accession au statut de superpuissance. Avec humour, Pascal Semonsut (p. 121-134) étudie les représentations de la préhistoire dans les manuels d’histoire-géographie français, du premier comme du second degré, depuis les années 1940. Du lien entre les menhirs et le niveau de pratique religieuse de la société française, à celui entre exode rural et place des cavernes, il éclaire la manière, souvent inconsciente et involontaire, dont leurs auteurs projettent leur période sur celles de Cro-Magnon et Lucy.

(...)

Ismaïl Ferhat

Jérémie Dubois et Patricia Legris (dir.), Disciplines scolaires et cultures politiques. Des modèles nationaux en mutation depuis 1945, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018. 234 p., 22 €.

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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