Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Initier les enfants à l’art, une mission pas impossible...

28 Avril 2019 , Rédigé par Telerama Publié dans #Education, #Art

Initier les enfants à l’art, une mission pas impossible...

EXTRAIT

Par quoi commencer ? Que faut-il dire, expliquer ? A partir de quel âge peut-on emmener les enfants au musée ? Marie Sellier auteure d’une quarantaine de livres d’initiation à l’art répond à nos questions.

Considérons les premières étapes franchies. Oui, il faut initier les enfants à l’art dès le plus jeune âge. Non, ça ne se fera pas tout seul. Oui, c’est bien de les emmener au musée ou à une exposition. Ok, je me lance. Reste un problème de taille : la perspective apparaît souvent anxiogène, voire prend carrément des allures de parcours du combattant. Il suffit de s’imaginer un samedi après-midi dans le hall bondé du Louvre, les enfants électriques, l’ambiance surchauffée et toutes ces œuvres en embuscade. Par quoi commencer ? Quel chemin choisir ? J’emmène le petit avec la grande ou vaut mieux séparer les visites ?

Si l’on veut bien être honnête, la difficulté vient ainsi d’abord des adultes eux-mêmes. Pas vraiment experts, pour la plupart, en histoire de l’art, ils tremblent à l’idée du discours à tenir devant tel ou tel tableau ou, pire, telle installation contemporaine. La Dentellière, c’est quel peintre déjà ? Véronèse, quel siècle ? Miró, quel mouvement ? Que faut-il dire, expliquer, raconter ? Leurs souvenirs d’interminables visites de musées quand ils étaient petits pèsent également une tonne. L’expérience les avait dégoûtés pour un bon moment.

Marie Sellier, auteure d’une quarantaine de livres d’initiation à l’art, a eu la chance d’échapper à cette malédiction grâce à une grand-mère bonne fée, qui l’a prise très tôt par la main pour lui faire découvrir en douceur la beauté des œuvres. En 1992, elle créait la collection « L’enfance de l’art » à la Réunion des Musées nationaux. Depuis, elle n’a cessé de rencontrer des enfants à travers animations scolaires et ateliers. Son expérience est précieuse.

“Ne pas leur asséner des dates, des noms de mouvements en ‘isme’”

« Tout commence par la peur des adultes, cette espèce de trouille de celui qui se sent exclu d’un monde dont les codes lui échappent. Je suis toujours étonnée du nombre de personnes qui me disent : “L’art, je n’y connais rien.” Ou des enseignants qui se rabattent sur le français ou les maths en lieu et place de l’initiation artistique qu’ils craignent de ne pas maîtriser. La démarche, pourtant, est d’abord sensible, ouverte à tous, il suffit d’ouvrir les yeux, sans préjugés. De laisser venir les émotions. Mais la plupart des gens qui se sentent à l’écart ne s’autorisent même pas à regarder l’œuvre d’art. Il faut donc saisir les enfants avant qu’ils soient contaminés par cette grande peur et leur montrer des œuvres. Ne pas jargonner, ne pas leur asséner des dates, des noms de mouvements en “isme”. Les mettre par exemple devant Les Nymphéas, de Monet, sans leur infliger toute la vie du peintre. Les laisser barboter, s’imprégner de la beauté de l’œuvre, parce que l’art, c’est ça, une œuvre n’existe que par le regard qu’on porte sur elle. Dans un premier temps, peu importe que l’artiste ait vécu à telle ou telle époque. Les adultes comme les enfants n’ont aucune raison d’avoir peur. »

“Les enfants ont le droit de ne pas être sensibles à Rembrandt par exemple.“

« On peut initier les enfants à l’art le plus tôt possible. Je suis émerveillée par la capacité des bébés à saisir ce qui les entourent, en particulier à sentir la beauté des reproductions qu’on leur présente. C’est incroyable ce qu’une œuvre d’art peut dire aux enfants. Elle n’est pas raisonnable, elle exprime autre chose du monde que les enfants entendent. Elle est intouchable, existe par elle-même, on ne peut rien lui ajouter ni rien lui enlever. Sa beauté est de l’ordre du sacré, et les tout-petits y sont parfaitement sensibles. Plus tard, à l’adolescence, la démarche sera plus difficile si elle n’a eu aucun précédent, car toutes les barrières sont alors installées qui éloignent de l’art. En particulier toutes ces injontions écrasantes, ceci est beau, cela ne l’est pas, cet artiste est reconnu, il faut l’aimer. Je suis désolée, mais les enfants ont le droit de ne pas être sensibles à Rembrandt par exemple. A 8 ans, il ne m’intéressait guère, je préfèrais des tableaux plus anecdotiques à ses grands portraits qu’aujourd’hui je place au sommet. A l’époque, j’aimais beaucoup La Mort de Sardanapale, de Delacroix, ces chevaux hennissants, ces femmes agonisantes, ces voiles qui volaient. Et pourquoi pas ? »

(...)

Propos recueillis par Michel Abescat

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :