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Vivement l'Ecole!

A Lire... "Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique" - Maria Candea, Laélia Véron

11 Avril 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Langue

A Lire... "Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique" - Maria Candea, Laélia Véron

La langue française est-elle vraiment en péril, comme on l'entend si souvent? Qu'est-ce qu'aimer le français? Quels sont les liens entre langue, politique et société? Ces questions et bien d'autres sont explorées par Laélia Véron, docteure en langue et littérature françaises, et Maria Candea, docteure en linguistique française, dans Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique, qui paraît ce 9 avril 2019 aux Éditions La Découverte.

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Extrait

(...)

Pourquoi a-t‑on peur de faire des fautes?

Les discours normatifs entretiennent un sentiment général d’insécurité linguistique, en construisant des discours autour de la notion centrale de faute, mot qui implique une connotation morale. La faute est l’alpha et l’oméga des discours normatifs, sans que la notion de faute soit définie ou mise en perspective historique: on fait des fautes sans le savoir, les fautes sont un fléau, nous n’accordons jamais assez d’importance aux fautes, et améliorer sa maîtrise du français revient à faire moins de fautes… Ces discours sont si répandus qu’on en arrive souvent à se laisser convaincre que le français est de toute façon une langue difficile et à se consoler avec le cliché selon lequel sa beauté viendrait en grande partie des difficultés de sa grammaire ou de son orthographe.

Une faute que tout le monde adopte cesse d’être une faute.

Il convient de souligner que ce que nous considérons comme faute est très relatif. Le linguiste Henri Frei a proposé dès les années 1920 une Grammaire des fautes, en partant du constat qu’un grand nombre de mots, d’expressions ou de constructions se sont imposées dans la langue à la suite d’une coexistence en concurrence avec des variantes, et que, dans de nombreux cas, c’est la variante considérée comme erronée qui a fini par s’imposer comme correcte. Frei tente de décrire les principaux mécanismes d’évolution de la langue à partir de différents besoins universels qui entrent parfois en conflit. Par exemple, le besoin d’assimilation qui pousse à l’analogie («émergent, ça émerge» -> « urgent, ça urge», jugé incorrect; «la moitié s’en va» -> « la plupart s’en va», jugé incorrect), le besoin de différenciation qui pousse à éviter les homophones ou les mots devenus trop brefs («choir, chu» -> « tomber, tombé», devenu la norme), le besoin inverse de brièveté, qui pousse à raccourcir les mots ou les expressions («apéritif», «autobus» -> « apéro», «bus», entrés dans la norme), etc.

Derrière chaque faute courante, il y a une histoire. Une faute que tout le monde adopte cesse d’être une faute. Ce que nous considérons maintenant comme correct pouvait auparavant être considéré comme fautif et vice versa. Connaître l’histoire de la langue peut nous donner les clés pour comprendre pourquoi certaines tournures cessent d’être considérées comme fautives et pourquoi au contraire d’autres tournures érigées par la norme n’ont aucune chance de s’imposer dans le langage courant. Ensemble, nous continuons à écrire l’histoire du français.

Laélia Véron, docteure en langue et littérature françaises, et Maria Candea, docteure en linguistique française, dans Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique, qui paraît ce 9 avril 2019 aux Éditions La Découverte.

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