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Vivement l'Ecole!

«Serai» ou «serais», c’est un peu trop facile de se moquer...

22 Mars 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

«Serai» ou «serais», c’est un peu trop facile de se moquer...

Le 16 mars 2019, l’ancienne porte-parole du parti la France Insoumise, Raquel Garrido, tweete la photo d’une petite fille arborant un gilet jaune, sur lequel il est écrit: «Je suis en CM2 mais l’année prochaine je serais en 6e République.»

Le tweet est repris quelque temps plus tard par la maire adjointe du XIVe arrondissement de Paris, qui se moque explicitement de l’ignorance supposée de la fillette entre conditionnel et futur:

"Elle est en CM2 et ne sait pas conjuguer le verbe « être » au futur, il y a de grandes chances que l’année prochaine elle soit encore au CM2..."

Le tweet générera un grand nombre de réactions, notamment après son partage par la chercheuse en langue française Laélia Véron (@Laelia_Ve), co-autrice de ce texte, qui souligne la banalité de cette erreur, très courante en français.

Des valeurs et des formes proches

D’une part, il n’est pas toujours facile de faire la différence entre le futur (je serai) et le conditionnel (je serais) du point de vue du sens, notamment dans ce contexte. Selon le linguiste Gustave Guillaume, futur et conditionnel appartiennent tous deux à l’époque du futur, mais le conditionnel serait un «futur hypothétique». Le conditionnel peut donc permettre d’évoquer un procès possible dans le futur.

Comme l’écrivent les spécialistes Martin Riegel, Jean‑Christophe Pellat et René Rioul dans leur Grammaire méthodique du français, il est «apte à exprimer l’imaginaire. Il met en scène un monde possible, en suspendant la contradiction que lui oppose le monde réel».

La petite fille au gilet jaune a-t-elle réellement commis une erreur? Tout dépend de la manière dont on envisage le procès évoqué. «Je suis en CM2 mais l’année prochaine je serais en 6e République»: futur à valeur quasi prédictive? Conditionnel qui indique une éventualité possible?

D’autre part, nombre de locuteurs et locutrices ne font pas la distinction, à l’oral, entre la terminaison du futur (je serai) et celle du conditionnel (je serais), les uns utilisant une voyelle mi-fermée dans les deux cas (/e/, comme dans piqué ou prenez), les autres une voyelle mi-ouverte (/ɛ/), comme dans bête ou bel) dans les deux cas.

Bon nombre de twittas et twittos ont contesté ce second argument, en précisant que dans leur usage, la forme au futur, je serai, ne se prononce pas de la même façon que la forme au conditionnel, je serais.

(...)

... cette stigmatisation de la part d’une élue envers une petite fille représente sans doute bien autre chose qu’un attachement à l’orthographe – il suffit d’ailleurs regarder les tweets de Valérie Maupas pour s'apercevoir qu’elle n’est pas Bernard Pivot.

Elle témoigne d’une tendance qui a plusieurs fois été soulignée, par exemple dans cette chronique d’Arrêt sur images ou cette réaction du journal 20 minutes, de stigmatisation sociale à tout prix de la parole de ces «jojos avec un gilet jaune», comme le disait un certain Emmanuel Macron.

Mathieu Avanzi et Laélia Véron

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