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Vivement l'Ecole!

Nos élèves en milieu rural...

30 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Nos élèves en milieu rural...

Des conséquences de toutes les pauvretés en milieu rural...

 

Depuis trente-six ans dans le même collège rural en Pays-de-Caux (Seine-Maritime, quelque part entre Rouen et Dieppe, sur les bords de la vallée de la Scie), je suis bien placé pour observer les ravages provoqués par les pauvretés de toutes sortes, pauvretés alourdies par le fait qu'elles naissent, se développent et se reproduisent en milieu rural :

 

  • pauvreté financière;

  • pauvreté intellectuelle;

  • pauvreté des ambitions. (Comment être ambitieux quand il y a si peu à ambitionner);

  • pauvreté des situations familiales (Mères isolées ; divorces difficiles);

  • pauvreté des moyens de divertissements (A peine 10% des enfants du collège partent en vacances)

 

On parle souvent des difficultés des enfants des cités. Beaucoup moins souvent de celles des élèves en milieu rural. Elles sont certes d'un autre ordre mais mériteraient une attention plus soutenue.

 

Ce tableau très noir n'est évidemment pas le seul. Il existe un tableau blanc. Avec des élèves et des familles heureuses. Mais la croissance des « grandes misères » doit nous inquiéter. Leur gravité et leur durée également. Tout enseignant en établissement rural ne peut ignorer, lorsqu'il est dans sa classe, qu'il a face à lui des élèves toutes et tous porteurs d'un vécu social, bagage léger pour certains, extraordinairement lourd pour d'autres. Aucun professeur ne peut ignorer cela, sous peine de passer à coté d'une réalité qui vit pourtant chaque jour sous ses yeux et que les « enfants/pré-adolescents » ne cherchent même plus à cacher.

 

Sans verser dans la compassion, il est néanmoins criant d'évidence que lorsqu'on est pauvre, quelle que soit cette pauvreté qui n'est pas circonscrite à la misère financière (on peut être riche et « pauvre »), l'effort demandé à l'élève pour s'élever est souvent surhumain. Contrairement à des idées reçues et véhiculées par confort ou par lâcheté, l’École est certes un havre de paix, de transmissions de savoirs et de savoirs-faire, mais elle n'est pas, par je-ne-sais quel enchantement, dispensée des malheurs qui frappent celles et ceux dont nous partageons les journées.

 

Il nous faut donc repenser nos manières de répondre à cette pauvreté aux mille visages qui frappe des filles et des garçons auxquels on demande l'excellence sans se soucier parfois des obstacles invisibles, cachés, tus dans un lourd silence qui rendent l'objectif absolument inaccessible.

 

Alors ils deviennent des « mauvais élèves ». S'ils étaient déjà en difficultés, c'est la double peine qui les attend au sortir des conseils de classe : pauvres chez eux; pauvres en classe... Pauvres partout.

 

Pourtant -et je me pose souvent la question- le « mauvais élève » n'est-il pas tout simplement un bon élève laissé à lui-même, depuis la maternelle ? Les seules explications culturelles à la pauvreté sont très éloignées de la réalité. Très insuffisantes en tout cas.

 

Si seulement on pouvait comprendre vite, très vite et très tôt, que beaucoup de « mauvais » élèves de milieux ruraux le seraient moins si l'institution les aidait, ainsi que leurs parents, à prendre les bonnes décisions, à faire les bons choix, à saisir les bonnes opportunités, à s'engager dans la bonne orientation.

 

Hélas, ces bonnes décisions, ces bons choix, ces bonnes opportunités, ces bonnes orientations semblent encore trop souvent réservés à ceux qui ont échappé -et heureusement pour eux!- aux pauvretés accablantes, qu'elles soient sociales, morales, intellectuelles ou toutes à la fois !

 

Christophe Chartreux

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