Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Michaël Fœssel : «Le préfascisme réside dans une tendance à rechercher des coupables»...

27 Mars 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie, #Politique, #Histoire

EXTRAITS

Dans son dernier essai, le philosophe étudie l’entre-deux-guerres, non pour affirmer un retour des années 30, mais s’interroger sur les conditions qui les ont rendues possibles. Hier comme aujourd’hui, les questions sociales et démocratiques sont éclipsées par les angoisses identitaires. Or placer le centre du débat politique sur le terrain culturel entraîne inévitablement de la violence.

(...)

Concrètement, comment se traduit l’hypothèse d’un parallèle entre 1938 et 2018 ?

1938 et 2018 ont en commun d’être séparées par une décennie d’une crise générale du capitalisme (1929, 2007). Mon enquête m’a permis d’évaluer les effets de ce genre de crises sur les démocraties. 1938 concentre des évolutions spectaculaires : la radicalisation des positions conservatrices, le triomphe des politiques libérales en pleine crise du libéralisme économique, la perception des procédures démocratiques comme un obstacle à l’efficacité de ces mesures, la stigmatisation d’une minorité religieuse et des étrangers, le durcissement de la politique sécuritaire. Etrangement, les évocations de la crise économique sont très rares en 1938. On fait état des effets sociaux de la crise mais sans les relier à leur cause lointaine, ce qui permet d’incriminer les réformes sociales du Front populaire. En 1938, Edouard Daladier et ses soutiens stigmatisent la loi des quarante heures, votée par Léon Blum deux ans plus tôt. Il s’agit de «remettre la France au travail». On feint de croire que la récession française est due aux acquis sociaux sans incriminer les évolutions du capitalisme dérégulé. Aujourd’hui aussi, on trouve des experts pour expliquer que le taux de chômage en France s’explique par les trente-cinq heures. Malgré toutes les différences, un même sentiment que «La fête est finie» domine les deux périodes, l’idée que la France ne peut plus se payer le luxe d’un Etat social.

(...)

Comment qualifier cette demande pressante d’autorité commune aux deux périodes ?

La revue Esprit, de décembre 1938, prend pour titre «le Préfascisme français». Cette formule désigne moins un corps idéologique qu’une passion autoritaire pour l’ordre, sans considération de justice. Dans ce numéro d’Esprit, le philosophe Pierre Klossowski explique que le préfascisme réside dans une tendance à rechercher des coupables, un immense ressentiment qui prend pour cibles les Juifs, les «métèques» et tous ceux qui remettent en cause par leur simple existence une identité nationale fantasmée. J’ai vu, en 1938, comment les questions sociales et démocratiques étaient éclipsées par les angoisses identitaires. Ce déplacement me semble très actuel, avec ce qu’il comporte d’inquiétant. Placer le centre du débat politique sur le terrain culturel entraîne inévitablement de la violence. On prend le risque de substituer au clivage droite-gauche l’alternative entre les «nationaux» et les ennemis de la patrie. La démocratie est une victime collatérale de cette substitution.

Simon Blin

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

Michaël Fœssel : «Le préfascisme réside dans une tendance à rechercher des coupables»...
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :