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Vivement l'Ecole!

A Lire... La fascination de l'ogre - Ou comment desserrer l'étau de la finance, par Laurence Scialom/Fayard

6 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #economie

A Lire... La fascination de l'ogre - Ou comment desserrer l'étau de la finance,  par Laurence Scialom/Fayard
Pour démystifier la finance et rendre le citoyen capable d’intervenir dans ce domaine, Laurence Scialom explique avec limpidité pourquoi nos dirigeants sont fascinés par cet «  ogre  » que représente le monde de la finance... et comment les sortir de cet état.
 
La finance fonctionne aujourd’hui en vase clos, au service avant tout de ses propres intérêts. Or les banques sont censées répondre aux besoins des sociétés.
 
De financer des projets et de gérer les risques : comment a-t-on pu oublier ainsi l’essentiel ? Pourquoi les États servent-ils aussi docilement les intérêts du secteur financier ? Pareilles questions échappent au débat démocratique car le jargon qui règne dans ces milieux les rend inintelligibles aux citoyens.
 
L’essai de Laurence Scialom ambitionne de démystifier la finance et de permettre une réflexion autonome de chacun sur ces interrogations. Il renforce les capacités d’autodéfense de nos économies face à une finance souvent devenue prédatrice : cessons de nourrir l’ogre ! En appliquant les réformes esquissées dans cet ouvrage, nous parviendrions à considérer la finance avec lucidité et à la remettre à sa juste place.

Laurence Scialom est professeure à l’Université Paris Nanterre. Elle est membre du conseil scientifique de l’Autorité de contrôle  prudentiel et de résolution (ACPR) et de la commission consultative épargnants de l’Autorité des marchés financiers (AMF), responsable du pôle régulation financière du think tank Terra Nova et membre qualifiée de l’ONG Finance Watch.

Extrait

Une société capturée par la finance

Une finance peu ou mal régulée est nécessairement instable et produit des crises à répétition. En témoignent les crises financières et bancaires récurrentes depuis la fin des années 1980, c’est-à-dire précisément depuis la généralisation de la déréglementation et de la libéralisation financière dans les pays développés. Sans souci d’exhaustivité, en voici un petit florilège : crise des savings and loans aux États-Unis à la fin des années 1980, crises bancaires scandinaves du début des années 1990, crise mexicaine et krach obligataire en 1994, crise asiatique en 1997, crise russe en 1998, faillite du hedge fund LTCM dans la foulée, crise des valorisations d’actifs en 2002 à la suite des scandales Enron, Worldcom et autres firmes adeptes de la « comptabilité créative ». Enfin, la grande crise financière de 2007-2008, qui fut une sorte d’apothéose dans cette chronique de crises. Par sa gravité et son étendue géographique, par ses effets dévastateurs sur les finances publiques, par son impact négatif sur la croissance et le chômage, cette crise financière hors norme atteste la nécessité d’une finance plus et mieux régulée. Plus de dix ans après, la finance reste une menace peut-être encore plus grave qu’elle ne l’était dans les années 2000, car les États n’ont plus les moyens de soutenir massivement les banques et autres intermédiaires financiers comme ils l’ont fait à l’automne 2008.

La finance ou Dr Jekyll et Mr Hyde

Pour autant, ne nous trompons pas de combat. La finance n’est pas un mal en soi. Au contraire, les banques et la finance sont vitales pour le bon fonctionnement de l’économie, pour sa prospérité et son dynamisme. Elles permettent de s’endetter et de ne pas être contraint à tout moment par ce que l’on gagne, de financer les études de nos enfants ou une nouvelle voiture. C’est aussi grâce aux institutions de la finance que l’on peut mettre de l’argent de côté dans les périodes où l’on dépense moins que ce que l’on gagne et le faire fructifier. La finance nous permet donc, à l’échelle personnelle, de différer nos consommations pour nous assurer que notre pouvoir d’achat ne sera pas trop écorné au moment de la retraite. Elle permet également aux entreprises de financer un investissement sur la base des anticipations de rentabilité de celui-ci, et non pas uniquement sur la base de l’autofinancement. En d’autres termes, pour se projeter dans l’avenir, pour desserrer la contrainte de financement à chaque période, la finance est indispensable. C’est le carburant d’une économie en mouvement, elle fait le lien entre le présent et le devenir de nos sociétés. La finance ainsi entendue crée du lien social et de la confiance. Pour emprunter, il faut que quelqu’un accepte de prêter, ce qui fondamentalement signifie avoir confiance dans le fait d’être remboursé. Mais tout cela n’est pas sans risque. Les aléas de la vie des individus, des firmes et des sociétés peuvent faire que certaines dettes ne seront pas remboursées. Dettes des uns, créances des autres, enchevêtrement des trajectoires individuelles, c’est précisément ce qui fait une société, et la finance y a toute sa place.

Créanciers et débiteurs n’ont pas les mêmes préférences quant à leur rapport au temps et au risque. Les premiers souhaitent le plus souvent que leur investissement financier soit réversible afin de pouvoir rapidement récupérer de la liquidité en cas de besoin. Les emprunteurs, quant à eux, ont au contraire souvent besoin que les fonds leur soient prêtés sur des périodes longues. Pour dire les choses simplement, ceux qui peuvent prêter – les épargnants – préfèrent en général le faire sur de courtes périodes sans prendre trop de risque, alors que les emprunteurs préfèrent souvent emprunter à moyen ou long terme. La finance, quand elle fonctionne bien, ajuste et réconcilie ces préférences qui semblent irréconciliables.

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