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Vivement l'Ecole!

Parcoursup : des désirs derrière des chiffres...

2 Octobre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup : des désirs derrière des chiffres...

La ministre de l'Enseignement supérieur se félicite que moins d'un millier de lycéens soient sans affectation. Mais ceux qui ont obtenu une réponse positive de l'algorithme de la plateforme subissent parfois l'insatisfaction d'une orientation subie.

Tribune. Ces derniers jours, on a pu entendre un peu partout la satisfaction de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, à propos de Parcoursup, la nouvelle plateforme d’orientation des lycéens qui remplace Admission post-bac (APB). Moins d’un millier de lycéens seraient aujourd’hui sans affectation et leurs dossiers seraient activement suivis par les rectorats. Même si des questionnements existent quant à la pertinence des chiffres présentés par la ministre, notamment en ce qui concerne la prise en compte des «inactifs», ces futurs étudiants qui, par anxiété ou dégoût, ne se sont plus connectés à la plateforme ou l’ont simplement quittée, tout aurait donc finalement fonctionné sans encombre.

Je souhaite éclairer ce débat autour de Parcoursup par mon expérience d’enseignant à l’université, afin de montrer qu’au-delà de ces étudiants demeurant aujourd’hui sans formation, il convient de regarder plus précisément comment ceux qui ont eu une formation ont été affectés – à tous les sens du terme.

(...)

... on mesure aisément ici le formidable gâchis qu’entraîne cette réponse algorithmique et arbitraire qu’est Parcoursup à un problème bien plus fondamental : le droit que chaque entrant dans l’enseignement supérieur a à suivre la filière de son choix. Il n’y a rien de scandaleux à avoir des désirs et rien d’exagérer à vouloir les suivre. De la même manière qu’il est indécent de répondre à un diplômé d’horticulture qu’il n’a qu’à traverser la rue pour travailler dans la restauration, il est regrettable de ne pas trouver de places en psychologie ou sciences de l’éducation à des étudiants et des étudiantes qui le souhaitent. Combien de lycéens ont finalement accepté des formations post-bac qui ne correspondaient pas à leurs souhaits, par peur de se retrouver sans rien ? Combien de cases cochées par défaut ou par dépit ?

(...)

Que fait-on de ces désirs légitimes et que leur propose-t-on ? De «traverser la rue» ? Une société qui n’offre pas la chance à ses étudiants de s’épanouir dans une filière qu’ils ont choisie, dans des conditions dignes, est une société qui prépare le mal-être des générations futures. Il faut offrir autre chose à ces lycéens, autre chose qu’une case dans laquelle on les range par commodité et pour minimiser les statistiques des «recalés». Autre chose qu’être un chiffre sur le tableau de bord du ministère. Autre chose, c’est-à-dire un avenir qui corresponde à leurs souhaits. On n’y arrivera pas par le tri et le classement, comme nous le propose la loi ORE, dont Parcoursup n’est qu’un des avatars. Seule une politique d’éducation ambitieuse, qui mette des moyens dans des universités qui en sont de plus en plus dépourvus, est à même de faire des désirs des futurs étudiants une réalité.

Arthur Jatteau Maître de conférences en économie et en sociologie à l’Université de Lille

Tribune à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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