Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Nouvelles évaluations: l’enfant chargé de chiffres...

1 Octobre 2018 , Rédigé par Stella Baruk - Mediapart Publié dans #Education, #Pédagogie

Nouvelles évaluations: l’enfant chargé de chiffres...

EXTRAIT

Ce que ces évaluations semblent laisser prévoir, c’est qu’avec les meilleures intentions du monde, le petit sujet connaissant qui entre en classe aujourd’hui a toute chance d’être regardé par l’institution scolaire comme un « sujet neurocognitif » qui, plutôt qu’un apprentissage, subira un entraînement, sur le mode sportif de la recherche de performance.

Contribuant aux hautes températures de la rentrée, et pour qui l’ignorerait, depuis le 17 septembre et jusqu’au 12 octobre ceux de nos écoliers qui entrent en CP et en CE1, ont été ou seront soumis à des « évaluations ». Ce qu’il s’agit d’évaluer, ce sont leurs « compétences » dans les matières reines, français et mathématiques[1]. La démarche d’ensemble concernant plus de un million et demi de « petits » élèves, elle ne peut laisser indifférent quiconque s’intéresse à l’école ; et une fois examinée de plus près, ne peut manquer de donner le désir d’intervenir.

La presse a largement fait écho aux réactions désapprobatrices des enseignants, qui de plus ne seront que des exécutants, les résultats devant être analysés par une machine. Face à ces protestations, le ministre  reste ferme sur le fond, ces évaluations ayant  été élaborées « de manière scientifique par les meilleurs experts ». « Conçues au plan national», elles proposent à tous les «mêmes tests fondés sur des critères transparents et objectifs», proposés « dans un esprit de bienveillance». Seront ainsi identifiées les compétences de chaque élève pour un bon apprentissage de la lecture et des mathématiques.

Voyons cela en mathématiques, par exemple pour les  petits du CE1, en entrant dans le vif du sujet.

Ils auront entre les mains un livret de 9 exercices, numérotés de 1 à 8 sur les nombres entiers, le dernier, 9,  sur les «figures géométriques», le tout devant être ‘exécuté’ en 30 minutes.

Le meneur de jeu est lui-même invité à se soumettre à un protocole précis, les consignes de passation étant assorties d’éléments de langage qui le sont tout autant. Les enfants éprouveront-ils le même étonnement qu’un adulte qui les découvre ?

Il leur est demandé d’emblée de ne pas avoir peur (items 2,5, 6,7,8).

Il y aurait donc lieu d’avoir peur ? Demander aux élèves de ne pas avoir peur alors qu’ils savent parfaitement qu’ils vont être jugés sur ce qu’ils vont produire est hautement contre-performatif. Car ils ont peur, - imaginez ceux qui sortent de la maternelle ! - précipités qu’ils sont dans ces « séances » hors du temps, du temps de vie en classe, où quand on les interroge, c’est sur des sujets qui ont pris chair et âme parce qu’on a les découverts ou appris tous ensemble avec le maître ou la maîtresse.

Il sera donc, avec insistance, demandé aux enfants de ne pas s’en faire : s’ils ne savent pas « ce n’est pas grave» (2, 5, 6, 7, 8) ;  mais s’ils savent « un petit peu » il leur est conseillé de répondre, même s’ils ne sont pas «très sûrs» (2, 5, 7, 8). Faudrait savoir. Si ce n’est pas grave, que fait-on là ? Et pourquoi répondre si on n’est pas sûr ? Pour donner du grain à moudre à la machine ?

Confusion, contradictions qui révèlent peut-être une sorte de mauvaise conscience de faire passer ‘malgré tout’ à des enfants des « épreuves », parfois sur des sujets qu’ils n’auront pas travaillé en classe. « Ces tests ont pour mission d’évaluer des compétences cognitives pas uniquement des tâches spécifiques déjà apprises en classe ». Mieux : « avec ces tests, que nous appelons « Repères », l’idée est d’avoir une photographie de toutes les dimensions cognitives de l’enfant » [2].

(...)

Stella Baruk

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :