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Vivement l'Ecole!

Les pédagogues, ces êtres que les dictateurs détestent... (+ Extrait)

31 Octobre 2018 , Rédigé par AOC Publié dans #Pédagogie, #Politique

Les pédagogues, ces êtres que les dictateurs détestent... (+ Extrait)

Le projet éducatif de Jair Bolsonaro a été annoncé pendant la campagne électorale dont il est sorti victorieux dimanche dernier : extirper la philosophie de Paulo Freire des écoles. Interdit pendant la dictature, Freire est accusé d’avoir porté avant le coup d’État de 1964 une politique en faveur de l’alphabétisation et du développement en classe d’une conscience critique. Il est surtout porteur d’une lutte contre les discriminations insupportable à l’extrême droite désormais au pouvoir.

En 1964, un régime militaire, suite à un coup d’État, prend le pouvoir au Brésil. Il arrête les opposants. Parmi les premières cibles figure le pédagogue brésilien Paulo Freire. Ce dernier avait été mandaté par le gouvernement antérieur pour mettre en œuvre une campagne nationale d’alphabétisation dans un pays caractérisé par un très faible niveau d’éducation. Il est arrêté trois mois et torturé. Il est ensuite expulsé de force et ne pourra revenir dans son pays qu’à l’issue d’un exil de 15 ans. Son œuvre est interdite au Brésil. Il est accusé d’endoctrinement marxiste. Jair Bolsonaro n’a pas hésité à magnifier cette époque où le régime au pouvoir s’en prenait aux opposants. Il a ainsi déclaré par exemple : « L’erreur de la dictature a été de torturer sans tuer ».

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Irène Preira

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous (Pour abonnés)

EXTRAIT

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Paulo Freire : une éducation à la conscience sociale critique

Le fond de la pensée de Paulo Freire, ce qu’il n’a jamais cessé d’affirmer tout au long de son œuvre, c’est le passage de la conscience quotidienne à la conscience critique. Pour cela, il a mis au coeur de l’activité d’enseignement le dialogue. Ce qui rapproche ses thèses de l’éthique de la discussion du philosophe Jürgen Habermas.  En effet, le dialogue est ce qui pour Paulo Freire empêche l’enseignement de sombrer dans le dogmatisme. Car cette pratique implique que l’enseignante ou l’enseignant accepte d’être en situation de problématiser son discours et de recevoir des objections dans la salle de classe.

Mais ce n’est pas seulement parce que Paulo Freire a fait de la lutte pour l’alphabétisation et pour la conscience critique une priorité qu’il est insupportable aux régimes autoritaires, c’est aussi parce qu’il considère que l’objectif de l’éducation est la lutte contre les discriminations sociales : « Le rejet catégorique d’une quelconque forme de discrimination fait également partie du penser juste. La pratique fondée sur des préjugés relatifs à la race, la classe, le genre, offense la substantialité de l’être humain et nie radicalement la démocratie » (Pédagogie de l’autonomie).

C’est pour son attachement au rôle que doit jouer l’éducation dans la lutte contre les injustices sociales que Paulo Freire est devenu un auteur aussi important dans le monde. Il a inspiré de nombreux courants en éducation qui luttent contre les discriminations : pédagogie féministe (aux États-Unis et dans d’autres pays), pédagogie critique de la race (anti-raciste aux États-Unis), pédagogie critique des normes (éducation à la sexualité en Suède)….

On le voit, ce que combat Jair Bolsonaro à travers Paulo Freire, c’est ce qui est le plus insupportables aux régimes autoritaires et fascistes : la conscience critique et la lutte contre les discriminations à l’égard des minorités en particulier sexuelles et ethno-raciales.

Irène Pereira

PHILOSOPHE, CO-FONDATRICE DE L'INSTITUT BELL HOOKS/PAULO FREIR

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