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Vivement l'Ecole!

Ce que Najat Vallaud-Belkacem disait, faisait... A comparer avec la politique éducative actuelle... (Fin de l'état de grâce)

20 Mars 2019 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique, #Blanquer

Ce que Najat Vallaud-Belkacem disait, faisait... A comparer avec la politique éducative actuelle... (Fin de l'état de grâce)

Il semblerait que l'état de grâce dont bénéficiait le Ministre de l'Education Nationale ne soit plus qu'un souvenir.

Je n'ai personnellement jamais cru à cet état de grâce.

Il n'existait que chez les électeurs de droite (donc les macroniens), soutenus par quelques éditorialistes matinaux et/ou omniprésents sur les plateaux des talk-show, béats d'admiration pour le "Ministre le plus populaire du gouvernement".

CC

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C'était en octobre 2018

EXTRAITS (Le surlignage est réalisé par mes soins/CC)

Najat Vallaud-Belkacem
Paris, mai 2017.

Au moment de quitter le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, je souhaite livrer quelques réflexions issues de mon expérience qui n’ont pas d’autre ambition que de servir, dans un état d’esprit républicain, ce que je crois être l’intérêt général dans le cadre d’une alternance démocratique qui doit marquer des changements, mais aussi une certaine forme de continuité dans les politiques publiques.

Je ne souhaite rien d’autre, en effet, que la réussite des prochains gouvernements dans les réformes qu’ils entreprendront pour faire progresser l’École de la République, assurer la réussite de tous et vaincre des inégalités qui altèrent la confiance que chacun des citoyens porte en elle.

(...)

Depuis 2012, nous avons ainsi pour la première fois depuis plus de dix ans investi massivement dans l’École pour faire de l’éducation le premier budget de la Nation, avec la création de 60 000 postes, le rétablissement de la formation des enseignants, la priorité à l’école primaire et à l’acquisition des fondamentaux, la refonte des programmes de la scolarité obligatoire, la réforme du collège, la carte des langues vivantes, la refondation de l’éducation prioritaire et la mise en place d’une politique durable pour l’école rurale, la lutte contre le décrochage, la revalorisation de l’enseignement professionnel mais aussi la refonte des cursus de l’enseignement supérieur et l’augmentation sans précédent du nombre d’étudiants boursiers qui accèdent à l’enseignement supérieur.

Qui peut aujourd’hui nier que cet effort inédit par son ampleur et son caractère global était nécessaire, et qu’il doit trouver une prolongation plutôt qu’une négation ?

(...)

Parce que nous sommes entrés dans une société de la connaissance, nous devons renforcer et systématiser les liens entre la (les) recherche(s) en éducation, d’une part, et la formation – initiale et continue – des enseignants et les pratiques pédagogiques, d’autre part. C’est le sens du travail que j’ai engagé autour d’une alliance de recherche en éducation.

(...)

Depuis 2012, la formation initiale en alternance a été rétablie et plus de 60 000 futurs professeurs sont désormais en formation chaque année dans les Espe au sein des universités, au plus près des lieux où les savoirs sont interrogés. La formation continue a été relancée en commençant par les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire et la réforme du collège. 320 000 enseignants du 1er degré ont été formés aux nouveaux programmes ; 170 000 enseignants de collèges ont été formés aux nouveaux programmes, aux nouveaux dispositifs et aux usages pédagogiques du numérique à hauteur de cinq jours en moyenne en 2015-2016. Près de 200 M€ ont été consacrés, rien que sur l’année 2016, au financement de la transition numérique et 72 M€ à la formation continue des enseignants, soit 75 % de plus par rapport à 2012.

(...)

... Nous avons commencé à recréer les postes de remplaçants indispensables pour autoriser le départ en formation de nos enseignants avec 1 500 emplois de remplaçants supplémentaires dans le 1er degré et des centaines de nouveaux emplois dans le 2d degré.

Mais ce n’est pas tout : nous devons aussi être capables d’attirer les bons enseignants là où les apprentissages des élèves y sont plus difficiles. Avec la réforme de l’éducation prioritaire, nous avons doublé l’indemnité perçue par les personnels exerçant dans les Rep+ et augmenté de 50 % celle perçue en Rep. Ces personnels bénéficient d’un accès plus rapide à la hors-classe et sont éligibles à la nouvelle classe exceptionnelle. L’efficacité de ces mesures devra faire l’objet d’une évaluation constante afin d’en assurer le succès, mais aussi envisager et mettre en œuvre tous les dispositifs complémentaires qui s’imposeront.

(...)

L’École des savoirs fondamentaux réunit aujourd’hui l’école élémentaire et le collège. Or les tout premiers apprentissages démarrent dès l’école maternelle. C’est pourquoi, je suggère de revoir maintenant l’âge de la scolarité obligatoire en le faisant débuter à 3 ans, en amplifiant dans le même l’effort de scolarisation précoce, dès 2 ans, qui a été conduit dans les territoires les plus fragiles. C’est par un apprentissage progressif de la petite section de maternelle jusqu’à la classe de 3e, c’est par le lien pédagogique toujours renforcé entre l’école maternelle et l’école élémentaire, puis entre l’école élémentaire et le collège que tous les élèves de France parviendront à une véritable maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

(...)

J’ai, en particulier, la conviction qu’il faudra poursuivre le développement du dispositif Plus de maîtres que de classes au cycle 2 et l’élargir au cycle 3 : le maître surnuméraire est un appui à la différenciation pédagogique et permet notamment que les élèves en difficulté ne soient plus extraits des classes. Alors que sa mise en œuvre fait l’objet d’un consensus large dans la communauté éducative, en favorisant l’autonomie et l’accompagnement personnalisé des élèves qui en ont le plus besoin, toute remise en cause précipitée serait un grave recul.

(...)

La réflexion sur ce que doit être l’autonomie des établissements se poursuivra, mais il ne faudra pas omettre l’enjeu d’une gouvernance plus horizontale, qui fasse davantage confiance à ses professionnels, qui leur laisse prendre plus d’initiatives. J’ai ainsi engagé la simplification des tâches administratives des directeurs d’école, l’amélioration de leurs décharges et la mise à disposition d’assistants administratifs. Ces derniers sont aujourd’hui des contrats aidés. Comme nous l’avons fait pour les assistants de vie scolaire progressivement transformés en accompagnants d’élèves en situation de handicap au statut pérenne, il m’apparaîtrait très vertueux à l’avenir de procéder à cette pérennisation pour les assistants administratifs et d’éducation.

(...)

Nous avons agi partout, y compris là ou tant d’autres avaient renoncé : dans les 1 095 réseaux d’éducation prioritaire et dans les 450 lycées les plus fragiles, les moyens et le nombre d’adultes sont renforcés. Tous les territoires fragiles sont aidés : en Seine-Saint-Denis, 1 566 postes auront été créés depuis 2012. Pour les écoles de l’académie d’Aix-Marseille, nous avons créé 1 129 postes dans le 1er degré pour 11 800 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 10 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Créteil, nous avons créé 2 713 postes dans le 1er degré pour 23 168 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 9 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Lille, nous avons créé 835 postes dans les écoles alors même que le nombre d’élèves reculait de 5 200. C’est un choix clair, concret que j’ai porté : mettre plus d’enseignants, baisser le nombre d’élèves par classe dans les territoires qui le nécessitent. C’est cela l’égalité des chances en actes.

Pour les lycées et lycées professionnels relevant de l’éducation prioritaire, ainsi que pour ceux qui scolarisent les élèves les plus défavorisés, une réforme d’ampleur sera nécessaire. Elle devra à la fois être cartographique pour actualiser la liste des établissements, financière et pédagogique, avec l’élaboration d’un référentiel permettant d’atteindre les ambitions fixées à l’éducation prioritaire. Dans cette attente, j’ai mobilisé 450 ETP pour la prochaine rentrée scolaire et pris les dispositions pour sécuriser jusqu’en 2019 les indemnités des enseignants de ces lycées et leurs droits pour mutation.

Je souhaite aussi insister sur l’importance d’amplifier encore la politique de mixité sociale au collège. Voilà une politique construite à partir des acteurs de terrain, fondée sur l’autonomie, la confiance et la responsabilité. Une politique qui fait l’objet d’une évaluation et d’un accompagnement scientifiques rigoureux. Une politique qui crée des solutions à partir d’une analyse partagée des acteurs concernés, sans chercher à imposer telle ou telle modalité. À ce jour, 47 départements sont engagés au sein de 82 territoires pilotes qui concernent 249 collèges. En dépit de tous les scepticismes, la dynamique est réelle et les réussites incontestables sur le terrain. Toutefois, il faudra maintenir l’impulsion nationale et l’implication au plus haut niveau du ministère pour la prolonger.

(...)

Au-delà de l’indispensable rétablissement de l’autorité des maîtres et de la transmission des principes laïques, renforcer la pédagogie de la laïcité nécessite d’agir sur tous les leviers pour permettre à nos élèves d’être capables de penser les savoirs dans leur contexte, dans leur environnement. C’est tout l’enjeu de l’esprit critique dans un contexte où se développent le complotisme, la radicalisation, la pensée en kit. L’enjeu des prochaines années sera d’actualiser sans cesse les contenus, les dispositifs ou actions proposés, les formations en lien avec les chercheurs pour adapter nos réponses à l’évolution rapide des nouvelles pratiques des élèves.

Il est plus que jamais besoin d’outiller nos élèves dans leur construction citoyenne. Nous avons pour cela démultiplié les partenariats avec les acteurs de la citoyenneté au sens le plus large pour bâtir de véritables alliances éducatives : associations, fédérations et grands mouvements d’éducation populaire engagés sur le terrain de la citoyenneté, de l’égalité filles-garçons et de la lutte contre les discriminations, institutions mémorielles, musées, acteurs sociaux, culturels et sportifs, professionnels des médias et de l’information, et tous ceux qui avec eux ont immédiatement proposé de nous aider dans cette mission. Nous avons créé un portail de ressources sur les valeurs de la République avec le concours de chercheurs, de penseurs, de praticiens et d’intellectuels parmi les plus reconnus pour la qualité de leurs travaux et réflexions.

(...)

La politique de lutte contre le harcèlement porte ses fruits. Les élèves se sentent bien à l’École dans leur immense majorité mais ce n’est pas encore le cas d’environ 10 % d’entre eux. Un tabou a donc été brisé dans ce domaine, mais nos efforts doivent se poursuivre, chaque jour, pour que le harcèlement cesse de détruire l’enfance et l’adolescence de certains de nos élèves. Ces violences reposent sur le rejet de l’autre, sa mise à l’écart, le refus de sa singularité. Éduquer prend ici tout son sens : dans la famille, à l’École, dans les médias pour que cessent ces violences répétées, subies. De même, il faut faire cesser les cyberviolences subies quotidiennement par de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes mais aussi combattre les haines anti-LGBT. Une prise de conscience des élèves et de notre société est urgente : l’École a tout son rôle à jouer.

Parler de bien-être, c’est parler de la santé. Le parcours éducatif de santé relève en effet de la protection, de la prévention, mais aussi de l’éducation. Le Président de la République a engagé un plan national pour le bien-être et la santé des 11-21 ans. J’estime incontournable que les mesures expérimentées dans trois académies et par trois agences régionales de santé, puissent être menées jusqu’au bout et diffusées sur l’ensemble du territoire.

Garantir le bien-être des élèves, c’est aussi le moyen de lutter contre le décrochage. Redonner, à tous ceux qui l’ont perdu, le goût d’apprendre est essentiel. Dans ce domaine, je ne crois pas à la coercition, mais à l’accompagnement grâce à des dispositifs adaptés à la vie des jeunes d’aujourd’hui, au plus près des réalités de terrain. Pour cela, l’implication des enseignants est essentielle : un vaste programme de formation a été lancé en 2016 afin de mobiliser, autour de l’objectif de la prévention, l’ensemble des personnels intervenant dans la lutte contre le décrochage scolaire (enseignants, corps d’inspection, chefs d’établissement, responsables des réseaux « formation qualification emploi » et « référents décrochage scolaire » en établissement). Il s’agit de sensibiliser les professeurs aux signes précurseurs du décrochage (absentéisme, évolution soudaine du comportement, baisse des résultats scolaires, etc.). Cette action de prévention bénéficie aussi de la création du nouveau corps unique des psychologues de l’éducation nationale dont le rôle et les actions pour prévenir les ruptures scolaires et prendre en charge les jeunes sortis sans qualification ont été inscrits récemment dans leur circulaire de mission.

Les progrès qui ont été réalisés ces dernières années sont considérables, puisque moins de 100 000 jeunes étaient en situation de décrochage scolaire à la rentrée 2016, contre 136 000 il y a cinq ans. Et nous avons renforcé l’effort pour la prochaine rentrée, notamment pour favoriser le maintien au lycée en cas d’échec au bac, pour diminuer le nombre des décrocheurs jusqu’à 80 000.

(...)

Pour créer un lien plus étroit avec les parents, nos premiers alliés pour l’éducation et la réussite des enfants, nous avons posé les bases, au nom de la coéducation, de leur association plus étroite à la vie des écoles et établissements. Le statut du parent délégué, tant attendu, a été mis en place en 2016. Il structure la participation des parents dans les instances et la vie de l’école ou de l’établissement scolaire et facilite la reconnaissance de l’engagement des parents d’élèves délégués. La création des espaces parents permet désormais la mise en place d’un dialogue plus régulier tandis qu’avec la mallette des parents ou l’expérimentation du dernier mot laissé aux parents, j’ai voulu répondre aux demandes des parents, soucieux de transparence et de dialogue, de mieux comprendre l’École dans ses attentes, comme ses décisions.

(...)

Je veux surtout lui dire à quel point le débat public sur l’éducation est piégé, et combien il est important de lui consacrer du temps, de l’énergie, de la patience et de la pédagogie pour que nos concitoyens perçoivent le sens de l’action conduite. Pour cela, il faudra affronter au quotidien, sans se désespérer ni rien mépriser, un bruit de fond fait de polémiques permanentes, de faits divers élevés au rang de généralités qui feront foi bien davantage que tous vos faits, chiffres et arguments toujours suspects de manipulation. Il faudra se battre, ligne à ligne, contre les difficultés de l’opinion, à voir et à tenir compte de ce qui réussit et qui fonctionne, ce qui constitue malgré tout la réalité d’ensemble de l’École aujourd’hui. Il faudra ne jamais renoncer à faire face aux fake news propagées par les réseaux sociaux en continu, aux procès d’intention, à la mauvaise foi caractérisée dans l’interprétation des études et enquêtes dont personne ne veut jamais comprendre qu’elles n’évaluent pas la mesure décidée en début de semaine, mais la réforme d’il y a dix ans. Tout cela ne devra pas venir à bout de vos nerfs et de votre capacité profonde à faire confiance à l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, en dialoguant et en travaillant toujours avec elle, quelles que soient les circonstances, le contexte politique ou syndical. Affrontez tous les jours cette mer démontée du débat sur l’éducation en même temps que vous agissez car sinon, vous n’aurez plus qu’une seule chose à faire: rien. C’est arrivé à d’autres par le passé. Croyez-moi, persévérer dans l’action fera de vous un ministre de l’Éducation nationale heureux. Je vous souhaite courage, et réussite dans ce que vous entreprendrez.

Najat Vallaud-Belkacem,
Mai 2017

Commentaire

Outre l'honnêteté politique et intellectuelle remarquable contenue dans ce texte, il était essentiel de rappeler ce qui a été fait.

Najat Vallaud-Belkacem et avec elle, Vincent Peillon puis Benoit Hamon, ont porté un projet POUR l'Ecole.

Le discours politique actuel consiste trop souvent (toujours?) à laisser penser que rien n'a été réalisé avant l'élection d'Emmanuel Macron. C'est un déni du passé récent. C'est un mensonge.

L'actualité récente a entraîné, dans la précipitation, l'annonce de  mesures qui ne correspondent en aucun cas aux besoins des élèves, des enseignants, des personnels de direction, des parents. Il s'agit seulement de gesticulations politiques à destination de parents-électeurs. 

Le quinquennat précédent n'a sans doute pas TOUT réussi. Nul ne s'est jamais prévalu de la perfection. Mais chaque ministre de l'Education Nationale, entre 2012 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem plus longtemps que ses deux collègues locataires de la Rue de Grenelle, a œuvré dans le souci de l'EDUCATION avant toute autre considération. 

Très loin heureusement des mesures strictement comptables déjà appliquées pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, mesures qui ont toutes démontré leur inefficacité.

Christophe Chartreux

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