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Vivement l'Ecole!

Parcoursup : « En France, la sélection par l’échec est une coutume » ...

6 Septembre 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup : « En France, la sélection par l’échec est une coutume » ...

EXTRAITS

« Nous fabriquons des jeunes honteux de ce qu’ils sont », déplore la pédopsychiatre Catherine Jousselme.

Eduquer pour faire croître et non pour « casser » les vocations. Tel devrait être le centre de nos préoccupations, selon Catherine Jousselme, pédopsychiatre et chef du pôle enseignement-recherche de la Fondation Vallée, institution de soins en pédopsychiatrie située à Gentilly (Val-de-Marne). Au sein d’une société « méprisante par son élitisme », elle s’inquiète de voir monter le stress chez des jeunes dont les passions et compétences n’ont été ni repérées ni cultivées par le système scolaire.

Pour une pédopsychiatre, la procédure Parcoursup, c’est quoi ?

(...)

Parcoursup s’articule à la réforme du bac 2021, qui n’est pas encore en place. Donc les générations actuelles sont entre deux et c’est très compliqué. Et puis en France, la sélection par l’échec est une coutume. « Tu ne pourras pas aller en S », « tu finiras en bac pro »… Nous fabriquons une classe de jeunes honteux de ce qu’ils sont, et de « ne pas avoir le niveau ». Certaines séries sont toujours vues comme des dépotoirs. Comment considérerait-on l’élève Victor Hugo aujourd’hui, alors que la filière littéraire est encore dévalorisée ? Finalement, le sujet de la sélection n’est pas tant APB ou Parcoursup, il se situe bien en amont.

Qu’a changé Parcoursup dans la vie des lycéens ?

Parcoursup – comme APB – demande aux élèves de se projeter après le bac alors qu’ils ne l’ont pas encore. Faire ses choix d’orientation en janvier, c’est délirant ! Et avoir des réponses positives ou négatives avant même les épreuves écrites du bac, ça met une pression difficile à gérer pour beaucoup. Le critère principal de cette sélection reste les bulletins scolaires de première et ceux du premier trimestre de terminale : comment garder l’envie d’apprendre dans ces conditions ?

La gestion de l’attente est de plus en plus anxiogène. Avec l’application Parcoursup, le stress de la vérification est quotidien. Ça peut vraiment devenir maltraitant ! Parmi les candidats encore en attente cet été, les plus sages auront éteint leur portable et confié à des proches la mission de faire le point. Les plus fragiles seront restés collés à leur téléphone avec une tachycardie matinale et la sensation d’être « pas comme les bons qui savent déjà où ils vont ».

(...)

A quel moment les enfants découvrent-ils la notion de sélection ?

Très tôt malheureusement… Dès la petite section de maternelle, quand l’enseignant lit une histoire, les enfants qui ont l’habitude des livres depuis toujours naviguent facilement dans l’organisation temporelle (début, cheminement, fin). Mais ceux pour qui c’est nouveau sont perdus. Alors il y a ceux qui s’agitent et sont vite punis, ceux qui s’inhibent, mais ne gênent personne, ceux qui gardent l’envie de s’accrocher. D’emblée, les enfants qui apprécient la lecture se distinguent de ceux qui restent « à côté » de l’histoire. Ce sont ces derniers qu’il faut aller chercher, au risque de les perdre et de cliver la classe, en oubliant la richesse qu’ils peuvent apporter au groupe à leur façon, avec leurs outils propres. C’est pour cela qu’il est si important d’avoir des classes à petits effectifs, avec des enseignants formés.

Les bulletins scolaires, à leur manière, creusent aussi les écarts. Dans mes consultations, j’en vois de toute sorte : avec des notes, des couleurs, des « notions acquises », « en cours d’acquisition », etc. La façon de rendre compte des résultats des élèves diffère selon les établissements, cela pose question dans un pays où la scolarité est censée être la même pour tout le monde. L’enfant qui est déjà dans les notes comprend tout de suite la sélection par les résultats scolaires. Comment permettre à chacun de développer au mieux toutes ses capacités si les élèves eux-mêmes construisent leurs valeurs identitaires à partir de leurs notes, de la nature de leur série (la sacro-sainte « S sinon rien »…) ou de l’estampillage de leur lycée (avec cette idée qu’un 16/20 ici ne vaut pas un 16 là…) ? Quelle société méprisante dans son élitisme…

(...)

S’il me paraît contreproductif de vivre dans le monde des Bisounours, en alimentant des rêves, sans tenir compte de la réalité des capacités de chacun, il me paraît très grave de laminer la créativité de certains, parce qu’on n’a pas cherché à l’analyser et à la comprendre. Pour avancer ensemble dans une solidarité qui seule fait le ciment des sociétés solides, il faut éviter la stigmatisation, l’humiliation, les choix par défaut et par facilité. Un être humain, a fortiori quand il est jeune, c’est une promesse de multiples bourgeons et l’arbre de la vie doit toujours rester vert.

Propos recueillis par

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