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Vivement l'Ecole!

La  "blanquérisation" de l'éducation : radioscopie d'un système trop éloigné des vrais enjeux...                                                                                                                                

26 Août 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

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Lorsque Najat Vallaud-Belkacem transmit les "clefs" du bureau occupé par elle, et avant elle par Benoit Hamon et Vincent Peillon à son successeur, elle ne se doutait pas être en train de tenir la porte, non seulement à un Ministre, mais aussi et surtout à un "système" qu'il serait fort inopportun de moquer et de ne pas prendre au sérieux.

Qu'est-ce qu'un "système"? C'est, si l'on se fie à sa définition scientifique communément admise, un ensemble de règles, d’éléments, interagissant entre eux.

Depuis l'arrivée de Jean-Michel Blanquer rue de Grenelle, la communauté éducative a assisté, avec enthousiasme pour certains, avec indifférence pour d'autres, mais surtout médusée et sidérée, à la "blanquérisation" de l'éducation.

Depuis 16 mois, parfois quotidiennement, de nombreuses annonces et décisions - sans concertation véritable -  ont dessiné les contours d'une politique qui, sans le dire, se construit sur quelques messages dont voici ceux principalement répétés:

- l' "égalitarisme" est source d'injustices ;

- le "pédagogisme" est source d'échecs ;

- les fondamentaux ont été oubliés ;

- l'école primaire doit retrouver les 4 jours hebdomadaires ;

- les symboles (Fables/Dictées/Redoublements/Uniformes) doivent marquer une rupture avec le "laxisme" passé ;

Le tout saupoudré de deux mesures "sociales":

- les études du soir (Devoirs faits) ;

- le dédoublement des CP en REP+ 

Le but tacitement avoué des fondations du "système" est ici évident :

il s'agit de construire sur la confiance aveugle des parents qui, après avoir été bombardés pendant cinq ans d' "informations" véhiculées par les plus réactionnaires des "experts" autoproclamés en éducation, ont acquis la certitude que vouloir être juste, que vouloir réduire les inégalités socio-scolaires n'étaient en fait que laxisme de gauche, dangereux pour l'élite, inquiète d'un supposé "nivellement par le bas".

Il s'agit aussi - c'est tellement visible et audible - de donner des gages aux forces de droite, jusqu'aux plus réactionnaires d'entre elles. Aucune ne se prive de tresser des lauriers à la politique éducative actuelle. Pas une semaine sans que des Luc Ferry, Nadine Morano, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, et même Marine Le Pen, n'adressent leurs félicitations au locataire du Ministère de l'Education Nationale.

Voilà rapidement dressé le "portrait" d'une politique éducative. Elle se veut rassurante, traditionnelle, seulement audacieuse par sa sympathie affichée pour les "neurosciences". Rassurante, traditionnelle et "scientifique" mais tournant le dos à tout ce qui se fait de mieux chez nos voisins proches au sein de l'Union Européenne. Ce qui ne laisse pas de surprendre lorsqu'on connait la fibre très sincèrement européenne du Président de la République. Comment en effet ne pas être inquiet en assistant impuissant à cette "blanquérisation", fondée sur un passé qui a échoué - souvenons-nous des errements des de Robien, Ferry, Darcos, Chatel - et que pourtant l'on copie-colle à quelques variantes près? Comment ne pas être effrayé devant la certitude affichée d'une "école franco-française" repliée sur ses - mauvaises - habitudes anciennes?

Tournant aussi le dos aux vrais enjeux de l'Ecole.

Ceux-ci ont été magistralement rappelés par Philippe Meirieu le dimanche 26 août 2018 sur France Inter:

Quels ELEVES veut-on?

- Des consommateurs en concurrence permanente/politique actuelle?

- Des ELEVES pratiquant l'entr'aide, la recherche et ayant le temps de PENSER?

Je cite, pour compléter, de mémoire:

"Il ne s'agit pas de promouvoir telle ou telle méthode pédagogique mais de dire: "Telle pédagogie pour QUOI faire?"

"Une école qui favorise la concurrence permanente et flatte les instincts consuméristes ou une école du partage, de la solidarité, de l'entr'aide?"

Voilà où devrait se situer le débat pour l'école. On est très loin des sujets traités actuellement. Hélas.

Lorsqu'on est Ministre, disait récemment François Hollande, "il ne faut pas chercher à être populaire. Il faut chercher à être juste". Le système qui, petit à petit, installe une école des "premiers de cordée" risque fort de plaire encore quelques temps. Je crains néanmoins, pour l'école que je sers modestement mais fidèlement depuis plus de trente ans, d'assister à la construction d'un édifice connu. Il y a longtemps. Dans les années 1960. Cet édifice qui savait si bien sélectionner les meilleurs sans jamais dire clairement ce que l'on faisait des autres. 

Et cela, il convient de prendre les discours gouvernementaux sur l'Ecole très au sérieux. S'en désintéresser, c'est être assurés d'en subir les conséquences néfastes redoutables pour le pays.

Christophe Chartreux

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