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Vivement l'Ecole!

"Pognon de dingue"...

13 Juin 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

"Pognon de dingue"...

Pognon de dingue

La vidéo mise en ligne par l’Elysée, où Emmanuel Macron parle à ses collaborateurs du «pognon de dingue»  dépensé en vain par les pouvoirs publics en aides sociales, est l’un  des objets médiatiques les plus étranges de ces dernières années. La  volonté de frapper les esprits par un langage cru est patente. On passe  de Jupiter à Audiard, le comique en moins. Le citoyen pénètre soudain  dans le secret du bureau présidentiel (le «salon vert», pour être  précis) et entend un propos de comptoir : la collision des registres est  d’un baroque achevé. Jusqu’à maintenant ce genre d’aphorisme élyséen  transpirait dans des confidences de témoins ou de journalistes. On s’en  fait cette fois un étendard. Il y a du Trump dans cette méthode de  communication. O tempora…

Car sur le fond, la réflexion présidentielle rejoint les préjugés les plus éculés de la bonne bourgeoisie, mis en forme sur le plan théorique par les économistes libéraux.  Les aides sociales ne sont que de l’assistanat à effet pervers  garanti : elles installent les pauvres dans la dépendance de l’Etat, les  incitent à la paresse et à l’oisiveté. Alors que ces aides, dans  l’immense majorité des cas (il y a des tricheurs, mais c’est une petite  minorité), vont à des gens qui ne demandent qu’à travailler mais en sont  empêchés par l’état du marché de l’emploi. Dans «l’ancien monde», on  avait l’idée saugrenue de rendre les pauvres moins pauvres en leur  donnant un peu d’argent. Désormais, il faut les «responsabiliser», ce  qui les sortira de la misère. In fine, pour qu’ils soient moins pauvres…  il faut leur donner moins d’argent. On concédera qu’il y a une  faiblesse dans le raisonnement.

Le discours public subséquent du Président, devant la Mutualité  française réunie à Montpellier mercredi, a usé d’un langage plus  soutenu. Il a été rehaussé d’une confirmation : «le reste à charge» des  assurés sociaux en matière d’optique, de prothèses dentaires ou  auditives sera bientôt ramené à zéro. Cette réforme, pour le coup, doit  être saluée sans mélange, comme une avancée sociale incontestable,  puisque le coût des lunettes, des implants dentaires ou des appareils  auditifs dissuade souvent les plus modestes de se les procurer.

Mais comment ne pas comprendre, pour le reste, que le raisonnement  augure forcément d’une diminution, directe ou subreptice, des  prestations financières dispensées aux plus défavorisés ? On retrouve,  sous une forme plus abrupte, l’objectif officiellement affiché d’une  baisse des dépenses publiques de quatre points de PIB, obtenue cette  fois, non par une meilleure utilisation des fonds publics ou par des  efforts de productivité au sein de l’Etat, mais par des coupes franches  dans le budget social. Comme on a déjà, par ailleurs, détaxé sans  barguigner le capital et les revenus qu’il produit, au grand bénéfice  des classes les plus prospères, la conclusion s’impose d’elle-même :  pour que tout aille mieux en France, il faut que les favorisés soient  plus favorisés et les défavorisés, moins.

Laurent Joffrin - Libération                      

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