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Vivement l'Ecole!

Discours de remerciement à Madame Najat Vallaud-Belkacem - Remise des Palmes Académiques

24 Juin 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Discours de remerciement à Madame Najat Vallaud-Belkacem - Remise des Palmes Académiques

Madame Vallaud-Belkacem, chère Najat,

Monsieur le Maire de Longueville,

Madame Delandre, chère Béatrice

chers collègues, chers élèves, chers parents, mesdames et messieurs...

merci à toutes et tous d'avoir répondu à mon invitation. Je remercie aussi les absents qui ne pouvaient être là mais, ils me l'ont dit, auraient été très heureux de partager ce moment de convivialité avec nous toutes et tous.

S'il y a bien quelque chose que je ne sais pas faire, c'est parler de moi. Alors, je vais vous parler de personnes que vous ne connaissez pas ou peu. A travers eux, c'est évidemment de moi dont il sera question. Mais surtout de ce métier qui m'a tant apporté et m'apportera encore...

Vous comprendrez aisément que je m'attarde tout d'abord sur la présence exceptionnelle de Najat Vallaud-Belkacem qui nous fait, qui ME fait l'honneur et le plaisir d'être présente pour me remettre les Palmes Académiques. Jamais dans mes rêves les plus fous je n'aurais pu imaginer un tel "moment privilégié" comme disait Proust lorsqu'il désignait un souvenir venant cogner à sa mémoire. Je peux t'assurer, Najat, que ce moment présent restera pour moi à jamais un "souvenir proustien".

Najat c'est l'Amie majuscule, celle qui avant d'être Ministre, puis Ministre, puis "plus Ministre" est restée la même. Une femme de très grande valeur et fidèle à SES valeurs.

Evidemment, elle est aussi, par le pays de sa naissance, ce trait d'union entre notre passé et notre présent. La couturière de nos souvenirs en quelque sorte...

Je voudrais aussi saluer trois personnes absentes mais que je tiens à citer. Toutes trois auraient aimé être parmi nous mais la distance ou, pour l'une d'entre elles, un petit problème de santé sans gravité, les ont empêchées de partager ce moment avec nous:

Il s'agit de:

Claire Bussienne, agrégée d'arabe, chargée du développement des programmes d'arabe dans les établissements français au Maroc, avec qui j'échange beaucoup et qui m'apprend énormément.

Cécile Alduy, professeure de littérature de la renaissance à l'Université de Stanford en Californie qui m'apprend aussi à chacun de nos échanges par-delà l'Atlantique et le continent nord américain.

et mon ami Philippe Meirieu qui m'enrichit presque quotidiennement de son immense savoir en matière de recherches pédagogiques.

Et puis celles et ceux sans lesquels ni moi ni aucun enseignant ne serions ce que nous sommes.

Nos élèves.

Ils nous mettent parfois en colère mais au bout du compte, nous les aimons et nous vivons ensemble, au quotidien des moments exceptionnels et privilégiés. Ils sont celles et ceux qui nous permettent d'exercer une profession particulière: celle consistant à transmettre, tels des relayeurs sur une piste d'athlétisme, le "bâton/témoin" de nos connaissances. Que serions-nous sans eux?

Parfois ils désobéissent...

A ce sujet, écoutons Louise Tourret, journaliste à France Culture et qui collabore au site Internet SLATE:

"Il faut s'abstenir de regarder les enfants comme des êtres qui nous déçoivent quand leurs propos s'écartent de ce qui est attendu d'elles et eux. La transgression permet finalement de mieux éduquer, parce qu’elle offre plus d'opportunités d'échanger." *

Il n'y a rien à ajouter tant le propos est juste.

Recevoir une distinction offre l'occasion de regarder en arrière. Me sont revenus certains visages, certains noms...

Ces personnes ont jalonné mon parcours et ont participé à me construire.

Des professeurs. D'abord, à El Jadida au Maroc où je suis arrivé trois ans après ma naissance en Algérie. Je me souviens en particulier de Michèle Revol, une enseignante qui pratiquait la bienveillance - rien à voir avec le laxisme - avant que ce mot soit à la mode. Elle est restée gravée dans ma mémoire à jamais. J'ai toujours essayé de copier sa manière de transmettre. Je ne crois pas y être parvenu tant elle était exceptionnelle.

Je me souviens aussi de Casablanca et  du Lycée Lyautey (ces lycées français de l'étranger qu'il faut soutenir. Les professeurs qui y travaillaient, celles et ceux qui y travaillent aujourd'hui accomplissent un travail absolument remarquable dans la diffusion, dans le partage de ce que la France peut offrir de mieux en matière de culture). C'est au lycée Lyautey que j'ai découvert Camus...

Je me souviens de ma directrice de mémoire de maîtrise et de DEA, Françoise Joukovsky, professeur à l'université de Mont Saint Aignan, spécialiste en littérature de la Renaissance. Elle aussi d'une incroyable bienveillance, d'un dévouement de tous les instants. Une humaniste, forcément. Cette femme appliquait à la lettre cette recommandation de Michel Foucault lorsqu'il parlait d'enseignement. Il disait: "Il faut érotiser les savoirs!". Cela me convient tout à fait. Et Françoise Joukovsky le faisait mieux que personne, érotisant ses connaissances pour que nous ayons toujours plaisir à découvrir, à comprendre, à savoir. Un immense bonheur!

Je me souviens forcément de ma mère qui m'a accompagné dans les bons et moins bons moments de mon adolescence.

Et puis une femme que je n'ai jamais oubliée. Elle s'appelait Khadija; je la surnommais Khadouj. Elle était notre "bonne" au Maroc ("Bonne" avec d'immenses guillemets car je déteste ce terme). Elle était d'abord, avant tout et seulement la grande soeur à qui je me confiais lorsqu'enfant j'avais à partager un moment heureux ou moins heureux. Cette femme ne savait ni lire ni écrire mais elle savait mieux que personne lire dans mon regard et écrire dans ma mémoire. Rien d'elle ne s'est jamais effacé. J'ai appris énormément d'une femme illettrée... Paradoxe intéressant.

Je me souviens aussi d'un homme

Mon père préparant ses cours...

Mon père revenant du lycée...

Il était l'incarnation d'une école émancipatrice, libératrice. Libératrice de tous ces déterminismes sociaux qui font que le beau mot EGALITE inscrit aux frontons de nos bâtiments publics, de ce collège, reste encore - et restera toujours - un combat permanent, permanent et absolument nécessaire.

L'EGALITE des droits et des moyens bien plus que l'égalité des chances, cette égalité des chances que Philippe Meirieu aime ranger du coté de La Française des Jeux. L'avenir d'un enfant ne se joue pas aux dés. Il se construit jour après jour. Une tache difficile mais tellement exaltante!

L'EGALITE, que l'on caricature parfois en parlant d' "égalitarisme", c'est cet idéal commun qui n'appartient à personne mais qui ne peut que se partager. Un idéal commun qui permet aux enseignants, femmes et hommes que nous sommes de ne jamais nous satisfaire des inégalités. Ces inégalités qui hélas ont une fâcheuse tendance, vous l'aurez remarqué, à toujours se reproduire dans les mêmes groupes sociaux, en les frappant toujours d'une inexorable et identique fatalité. Cette fatalité, je la refuse et la refuserai toujours.

Mon père, que j'observais préparer ses cours, corriger ses copies sur la grande table du salon aux volets fermés pour nous protéger des morsures du soleil marocain, mon père dont j'attendais assis sur les marches de la maison le retour du lycée et qui en revenait toujours avec le sourire. Mon père m'a légué cela: le bonheur d'enseigner. J'espère que de là où il est, il est fier de son fils...

Enfin je voudrais remercier ma compagne qui me supporte depuis plus de 20 ans et je peux vous assurer que c'est un exploit. Merci à toi d'être ce que tu es, toi qui es aussi enseignante, en primaire où d'autres problématiques se posent mais nous faisons le même métier. Un jour, je suis persuadé que tu seras à ma place, que Najat t'épinglera cette belle médaille au revers de la veste... Et tu l'auras mérité bien davantage que moi.

En conclusion très brève, je laisserai la parole à Monsieur Germain, l'instituteur d'Albert Camus, un autre natif d'Afrique du Nord... Voilà ce qu'il disait à son élève dans une lettre restée célèbre:

"Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu'il y a de plus sacré dans l'enfant: le droit de chercher sa vérité."

Merci encore Najat d'être présente, de t'être rendue disponible, toi qui - je vais révéler un secret - n'as pas le permis de conduire et, plus sérieusement, sachant que ta vie professionnelle et ta vie familiale sont très prenantes. Donc, une fois encore, un immense merci à toi, merci d'être l'amie tellement précieuse et fidèle que tu es chaque jour...

Merci à vous toutes et tous!

Bonne soirée! Profitez des bonnes choses! Et surtout, surtout, n'en laissez pas une miette!!!!

Christophe Chartreux - 22 juin 2018

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