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Vivement l'Ecole!

La disparition des centres d’information et d’orientation « privilégiera les plus privilégiés »...

3 Mai 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Orientation

La disparition des centres d’information et d’orientation « privilégiera les plus privilégiés »...

EXTRAITS

Le projet de loi sur la réforme de la formation professionnelle contient des dispositions peu commentées mais dangereuses, estime le chercheur Jean-Yves Rochex dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel – outre une logique de marchandisation et d’individualisation de la formation professionnelle, considérée comme devant obéir à la seule logique de l’offre et de la demande, sans régulation collective par les partenaires sociaux – comporte des dispositions passées relativement inaperçues en matière d’orientation.

Y sont prévus la suppression des délégations régionales de l’Office national d’information sur les enseignements et professions (Onisep) et le transfert de leurs missions et de leurs personnels aux régions ; la suppression des centres d’information et d’orientation (CIO) et le rattachement des psychologues de l’éducation nationale (PsyEN), ex-conseillers d’orientation psychologues (COP), qui exercent dans les établissements scolaires, et de leurs directeurs aux rectorats ou aux inspections académiques.

(...)

Doute sur l’objectivité de l’information diffusée

La voie serait ainsi libre pour la dissolution de missions nationales de service public dans les politiques régionales… et pour la montée en puissance des officines privées qui se sont déjà jetées sur le marché juteux du « coaching » des lycéens – du moins de ceux qui en ont les moyens – confrontés aux incertitudes et à la complexité bureaucratique de Parcoursup.

La dévolution d’une partie des missions et personnels de l’Onisep aux régions ne peut que jeter un doute sur le statut et l’objectivité de l’information qui serait diffusée aux élèves et aux adultes. Chaque région ne pouvant qu’être tentée de faire prévaloir ses orientations en matière de formation, elle risque également de soumettre cette information à la logique économiste à court terme de l’adéquation formation-emploi, logique dont tous les travaux, depuis ceux de Lucie Tanguy, ont montré le caractère simpliste et fallacieux.

Quant à la disparition des CIO et au rattachement (provisoire avant disparition ou décentralisation ?) des psychologues aux établissements secondaires, ils priveront ces professionnels de tout lieu d’élaboration et de réflexion collectives, de toute possibilité de travail d’équipe, voire de toute indépendance à l’égard des chefs d’établissement (indépendance pourtant constitutive de la professionnalité et de la déontologie du psychologue) ainsi que de toute collaboration avec des partenaires hors éducation nationale.

Mais le caractère néfaste des mesures annoncées ne se limite pas là.

(...)

L’exercice de la profession de psychologue ou de conseiller d’orientation ne cesse de se confronter à l’importance des processus et déterminants sociaux dans la production de la personnalité des élèves, de leurs résultats et parcours scolaires, tout en interdisant de dissoudre le caractère singulier de chaque histoire scolaire dans des déterminismes sociologiques ; il contraint à se mouvoir, théoriquement et pratiquement, dans une zone où les régularités et les concepts de l’approche macrosociologique paraissent se diluer dans la diversité des biographies et des individualités, mais où ni l’approche microsociologique ni la psychologie seules ne sauraient parvenir à donner du sens à ces histoires et destinées individuelles sans en penser les rapports complexes avec les structures et les rapports sociaux et scolaires, avec leurs contradictions et dissociations.

Toute logique visant à penser le développement individuel hors de ses cadres sociaux et des activités dans lesquels il se réalise, ou encore conduisant à dissocier rapport à l’école et aux apprentissages d’une part, information et orientation professionnelles d’autre part, repose sur une conception appauvrie de la complexité du réel.

Ce faisant elle ne peut contribuer à la transformer, et ne peut que conduire à en épouser la ligne de plus grande pente, celle du renforcement des inégalités sociales, à l’école et au-delà.

Jean-Yves Rochex (Psychologue, professeur des sciences de l’éducation à l’université Paris-VIII)

La tribune complète est à lire en cliquant ci-dessous

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