Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... John Fante...

17 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Pourquoi fais-tu autant de bruit en mangeant ?" elle m'a demandé.

Brusquement je me suis senti insulté, blessé, et je lui ai lancé un regard froid. Qui était cette femme ? Mon épouse, naturellement, mais que savais-je vraiment d'elle après vingt-cinq ans de mariage ? Quelle part d'elle et quelle part de moi avaient donc hérité nos enfants ingrats ? Tous, sauf Tina, avaient hérité ses yeux, sa charpente, ses dents. Pourquoi ressemblaient-ils autant à leur mère ? Pourquoi n'étaient-ils pas petits et râblés comme leur père ? Pourquoi évoquaient-ils des employés de magasin et pas des tailleurs de pierre ? Où étaient passées l'âpreté paysanne de mon père et l'innocence de ma mère, les yeux bruns et chauds de l'Italie ? Pourquoi ne parlaient-ils pas avec leurs mains au lieu de les laisser pendre comme des choses mortes pendant la conversation ? Où étaient passés la dévotion et l'obéissance typiquement italiennes envers le père, l'amour clanique du foyer et de la famille ?

Tout cela était parti en fumée. Ce n'étaient pas mes enfants. Ils étaient simplement quatre graines égarées dans quelque obscure trompe de Fallope. C'étaient ses enfants à elle, les derniers rejetons d'une souche anglo-germanique arrivée en Californie après avoir vécu dans le New Hampshire et en Allemagne. Tous des protestants. Une sacrée équipe, pour ne pas dire plus. Comme son oncle Sylvester, le juge de paix qui jouait de la cithare dans son tribunal en condamnant à des peines cruellement inhumaines des contrevenants au code de la route qui avaient eu le malheur de se tromper de rue dans quelque trou sordide du compté d'Amador. Et puis il y avait son cousin Rudolph, qui habitait Mill Valley et dont on parlait uniquement à voix basse, car il écrivait régulièrement à Alexander Hamilton afin de l'avertir du complot que tramait Aaron Burr pour l'assassiner.

Rien de tel parmi mes géniteurs. Tous originaires des campagna ensoleillées de l'Italie, d'honnêtes paysans respectueux du Seigneur. Ma mère s'appelait Maria Martini, mon père Nicola Molise. Des gens simples, sans complication, qui descendaient sans doute de Jules César.

John Fante - Mon Chien Stupide

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :