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Vivement l'Ecole!

Conseil Scientifique de l'Education: de quoi s'interroger... Hubert Montagner parle...

9 Mars 2018 , Rédigé par Le Blog de Bernard Collot Publié dans #Education, #Neurosciences

Conseil Scientifique de l'Education: de quoi s'interroger... Hubert Montagner parle...

EXTRAIT

Pour Hubert MONTAGNER, reconnu depuis longtemps dans la communauté scientifique internationale pour ses travaux, la composition du conseil scientifique mis en place par le ministre Blanquer pose vraiment problème. Si nous avons été nombreux praticiens à nous interroger aussi sur cette composition, n’étant pas des « scientifiques » il nous était assez difficile d’émettre des critiques argumentées en dehors des soupçons « d’enfumage ». Nous savons parfaitement que l’utilisation de la « science » dépend en grande partie du choix des travaux et des scientifiques qui ne troublent pas les systèmes en place, en particulier la chaîne tayloriste scolaire inchangée depuis plus d’un siècle. D’autre part la complexité humaine ne se réduit pas à des mécanismes, fussent-ils neurobiologiques. Je l’avais déjà souligné dans plusieurs billets.  

Les remarques d’un scientifique, qui plus est se bat depuis longtemps pour une école publique respectant la diversité de chaque enfant, confirment une certaine... perplexité ou méfiance à l'égard d'un tel conseil scientifique qui orienterait ou même simplement conforterait les décisions déjà plus ou moins prises. Avec son accord je reproduis ci-dessous des extraits du courrier qu’il m’a envoyé ainsi qu’à d’autres personnes.

Il est étonnant, et surtout consternant qu’il y ait eu peu de réactions à l’annonce de la composition du Conseil Scientifique du Ministère de l’Education Nationale. Présidé par Monsieur Stanislas DEHAENE, il  comprend en effet essentiellement (pour ne pas écrire exclusivement) des universitaires ou chercheurs dont le domaine de recherche est la Psychologie Cognitive. De nouveau, il faut souligner que la Psychologie Cognitive ne se confond pas avec les Neurosciences... loin de là. C’est ce que confirmerait l’ensemble des chercheurs « de  FRANCE et de NAVARRE » dont les études s’inscrivent dans le vaste champ des  Neurosciences, sauf peut-être quelques neurologues ou psychologues ancrés dans le « tout cognitif ». C’est en effet une hérésie d’assimiler les Neurosciences à la Psychologie Cognitive, et inversement. Les collègues étrangers que j’ai informés sont interloqués, et s’interrogent sur les raisons et les buts d’une telle confusion.

Fort heureusement, et bien évidemment, les êtres humains ne sont pas « sous la dictature » des « systèmes cognitifs », et les fonctions d’intégration du cerveau ne se résument pas « simplement » à une mobilisation sélective ou exclusive des « mécanismes » et processus cognitifs pour comprendre et apprendre.

En outre, qui peut extrapoler les résultats obtenus en situation contrôlée de laboratoire aux conduites des enfants placés en classe dans une situation d‘apprentissage, même si les études scientifiques ont été réalisées au moyen de méthodes et technologies sophistiquées telles que celles utilisées dans l’imagerie cérébrale, quelle que soit la rigueur des protocoles ? Dans une perspective éventuelle de « transposition scientifique » du laboratoire « au terrain », est-il ou serait-il pertinent, légitime au plan scientifique et conforme à l’éthique de faire porter à des élèves un casque d’électrodes alors que, en classe ou en situation de classe, ils énoncent, répètent, lisent, écrivent, dessinent, « manipulent »... des lettres, des syllabes, des mots, des phrases, des chiffres...

S’agissant des aspects scientifiques, de nombreuses questions se posent. Par exemple,  dans la « capture » et le « défilement » des images cérébrales, quels paramètres, « formes », particularités, algorithmes... sont pertinents pour décoder et interpréter le sens et la signification des activations, non activations ou désactivations de telle ou telle zone ou structure cérébrale ? Non pas seulement « en situation de laboratoire », mais dans les contextes et situations de classe, selon que les enfants apprennent à lire avec « la méthode » dite syllabique, « la méthode » dite globale ou une autre « méthode » ou sans méthode ?

Plus généralement,  il est évident que le « traitement cognitif » des informations par le cerveau (le « décryptage » du sens et de la signification), les perceptions, les comportements, les conduites, les interactions et relations sociales, les analyses, les synthèses, la réflexion, la pensée... ne sont pas « simplement » façonnés, structurés et « portés » par des processus cognitifs, c’est à dire, en termes plus « ordinaires », par la « rationalité cartésienne » et la « déduction logique », ou apparemment logique. Sans être scientifique et sans être spécialiste de la cognition, chacun sait que la signification et la prise de sens d’une stimulation, d’une information, d’un message, d’une question, d’une énigme, d’une modification ou d’une nouveauté dans l’environnement... sont aussi influencées, façonnées, guidées, structurées, inhibées, « portées »... par les émotions, l’affectivité, les expériences individuelles (conscientes ou non), le vécu, les facteurs sociaux et environnementaux, les interprétations, l’imaginaire, les fantasmes. Parmi d’autres, le livre « L’erreur de Descartes » du neurobiologiste américain Antonio DAMASIO (édité depuis peu par Odile JACOB), est une réponse pertinente, argumentée, documentée et scientifiquement fondée aux dogmes, positions ou allégations des idéologues de la Psychologie Cognitive. Sans compter les autres ouvrages internationaux et les multiples publications scientifiques qui ne réduisent pas les Neurosciences aux seuls processus cognitifs.

Au nom de quelle légitimité, la Psychologie cognitive parle t‘elle au nom des Neurosciences ?   Les conséquences de la confusion entre les processus cognitifs et les fonctions d’intégration du cerveau, pourraient être très dommageables. En tout cas, si on voulait organiser la transmission des savoirs et des connaissances à partir de stimulations, situations, formatages, méthodes, procédés, « recettes »...  qui, selon l’imagerie cérébrale, activeraient au maximum, de façon « sélective » ou apparemment de façon optimale, le fonctionnement des zones ou structures cérébrales habituellement considérées comme impliquées dans le traitement, l’intégration et la mémorisation des informations, au cours ou à l’issue de tel ou tel  conditionnement, acquisition ou apprentissage. En particulier, dans les apprentissages scolaires.

(...)

Hubert Montagner

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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