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Vivement l'Ecole!

Singapour et les conceptions obsolètes dans l’enseignement du nombre à l’école ...

4 Février 2018 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education, #Mathematiques

Singapour et les conceptions obsolètes dans l’enseignement du nombre à l’école ...

EXTRAIT

(...)

Rappelons que, pour la Grande Section et le début du CP, l’appellation « méthode de Singapour » apposée à des ouvrages commercialisés en France, constitue une véritable arnaque : les activités proposées sont basées sur le comptage-numérotage, elles sont à l’opposé de ce qui se fait réellement à Singapour (Brissiaud 2017). De manière générale, la culture pédagogique des pays asiatiques est proche de celle de notre pays entre 1945 et 1986 et on n’imagine pas l’école de Singapour enseigner le comptage-numérotage. De fait, quand on compare la soi-disant « méthode de Singapour GS » commercialisée dans notre pays avec les ressources que l’éditeur de la méthode originale publie pour le Kindergarten, l’écart est considérable. En France, aujourd’hui, il n’y a pas pire méthode pour la GS que celle qui se dit « de Singapour ». Le guide pédagogique du CP, lui, est un véritable cours d’enseignement du comptage-numérotage selon les principes de Rochel Gelman.

Alors que les programmes récents ont fixé le cadre pour un renouveau de la pédagogie du nombre en France, alors que les recherches récentes en sciences cognitives confortent ce mouvement de renouveau, la mise en avant du comptage-numérotage via la traduction française de la méthode de Singapour, risquerait d’annihiler cet espoir de renouveau.

Or, de ce point de vue, la composition de la commission Villani-Torossian inquiète. Elle n’a pas été rendue publique mais on en a un aperçu à travers les tweets de Charles Torossian et l’on découvre que la consultante internationale qui a coordonné la « traduction » de la méthode de Singapour en fait partie. L’objectif de cette commission étant la recherche de « pédagogies efficaces » (l’expression est reprise d’un des tweets cités plus haut), cette personne est évidemment juge et partie.

Le planning des travaux de la commission inquiète tout autant : lui non plus n’a pas été rendu public mais, toujours à partir de la même source, on peut constater que l’éditeur de la traduction française de la méthode de Singapour est invité à plusieurs reprises et que, de manière générale, un nombre important de séances de travail est consacré à cette méthode.

La commission se livrera-t-elle à une analyse suffisamment circonstanciée de la traduction française de la méthode de Singapour ? Soulignera-t-elle la discordance entre la version originale et sa « traduction »  concernant l’enseignement du comptage-numérotage ou passera-t-elle sous silence cette problématique alors qu’elle est au cœur des débats pédagogiques et scientifiques ?

Aujourd’hui, par ailleurs, il n’y a pratiquement pas de formation des professeurs des écoles à la nouvelle approche préconisée par les programmes 2015-2016. Parmi les mesures préconisées par la commission, y aura-t-il celle d’élaborer un plan de formation visant à expliquer aux professeurs des écoles les changements majeurs survenus avec ces programmes et les raisons de ces changements ?

Nous le saurons bientôt.

Rémi Brissiaud

Maitre de Conférences honoraire de psychologie cognitive

Chercheur associé au Laboratoire Paragraphe, EA 349 (Université Paris 8)

Membre du conseil scientifique de l'AGEEM

La tribune est à lire en cliquant ci-dessous

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