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Vivement l'Ecole!

Quand l’extrême droite veut "virer" des enseignants montpelliérains...

26 Février 2018 , Rédigé par The World News Publié dans #Education, #Politique

Quand l’extrême droite veut "virer" des enseignants montpelliérains...

Riposte laïque, un site internet d'extrême droite, a tranché : il est des enseignants qu'il faut “virer de l'Éducation nationale”. Et parmi eux, trois Montpelliérains, Sébastien Cote, Michaël Delafosse et Delphine Lécureuil.

En cause, un extrait du manuel scolaire d'histoire-géographie édité en 2016 par Nathan pour les classes de quatrième et toujours en service, rédigé par une vingtaine d'auteurs. L'ouvrage cite deux condamnations pour illustrer des incitations à la haine : un blogueur jugé pour des écrits antisémites et une femme pour des propos “de nature à susciter le rejet des musulmans en les désignant comme un danger pour la France”. La femme en question n'est autre que Christine Tasin, organisatrice des apéros “saucisson-pinard” qui ont défrayé la chronique en leur temps. Selon elle, les deux extraits renverraient “dos à dos antisémites et critiques de l'islam”.

Si sa vindicte, lancée ce mois-ci, vient si tard, c'est que la mention de sa condamnation dans le manuel scolaire - anonymisée avec la première lettre de son nom - avait échappé jusque-là aux réseaux d'extrême droite. Il a fallu le séjour d'un sympathisant de Riposte laïque chez ses petits-enfants pour qu'il tombe sur le passage incriminé.

"Idéologues déguisés en enseignants"

Depuis, Christine Tasin a été relaxée en appel. Sébastien Cote, qui a dirigé la partie histoire du manuel et pas la séquence éducation morale et civique, convient qu'“il aurait fallu vérifier que la condamnation était définitive”.

“C'est normal que les enseignants s'appuient sur des décisions de justice pour dire que le racisme n'est pas une opinion mais un délit”, défend Michaël Delafosse. Les deux enseignants montpelliérains ont le profil pour exaspérer les réseaux d'extrême droite, qui ignoraient pourtant qu'ils étaient tous les deux militants au PS.

Christine Tasin, elle-même prof de lettres à la retraite, accuse les auteurs du manuel d'être des “falsificateurs (...) qui utilisent l'école pour faire passer leurs idées nauséabondes”, des “gauchistes (...) idéologues déguisés en enseignants”... Une version réfutée par Michaël Delafosse : “Ce n'est pas interdit aux citoyens d'avoir un engagement et ça ne se fait pas dans le cadre de l'école”, insiste-t-il.

Christine Tasin s'en prend au “militant de la MAIF” Sébastien Cote, professeur en classe préparatoire au lycée Joffre, et est allée exhumer ses tweets pour mieux assurer qu'il “condamne sans chercher à savoir”. Il s'est ému des activités des Brigandes, groupe identitaire à La Salvetat. “Oui c'est dans l'Hérault et c'est effrayant, sorte de secte d'extrême droite hallucinée”, écrivait-il.

Mais ce qui se joue est ailleurs. “Notre crime ? interroge un autre auteur du manuel, Laurence De Cock. Oser déconstruire le roman national et utiliser des outils critiques de l'historien.”

“Lynchage”

Une vidéo, notamment, a fait bouillir Christine Tasin. On y voit Laurence De Cock mimer par l'ironie la bataille de Poitiers en 732. “Charles Martel a repoussé les vilains musulmans arabes, des hordes venues avec femmes et enfants pour envahir notre beau pays, la Gaule”. Ça n'est pas du goût de Christine Tasin, qui y voit une “haine de la France”.

Laurence De Cock, au sein d'un collectif baptisé Aggiornamento histoire-géo, s'en prend à l'esprit d'un “récit national”. Sébastien Cote explique ne pas être sur cette ligne : “Ce n'est pas ma position, mais Riposte laïque, qui n'a de laïc que le nom, procède par amalgames. Je dirige des ouvrages scolaires depuis 15 ans, nos manuels sont inattaquables. On ne cache rien, contrairement aux fantasmes. Et je mets au défi quiconque de venir me dire que mes cours sont de la propagande ! Ce qui est insupportable, c'est d'établir une liste noire, d'appeler au lynchage d'enseignants, au harcèlement sur les réseaux sociaux.”

Selon Michaël Delafosse, “ça rappelle les pires heures de l'histoire de France”, regrettant au passage “le silence du ministre Blanquer sur cette attaque contre des personnels de l'Éducation nationale”.

Arnaud Boucomont

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