«Parcours super naze, l’exclusion est en marche» ; «Même Darwin n’avait pas imaginé tant de sélection» ; «Fac pour tous»… Placée sous le signe de la convergence des luttes, la première journée d’action contre les réformes de l’entrée à l’université et du baccalauréat n’a pas fait le plein. Ils étaient plusieurs milliers (2 400 selon la police) à manifester jeudi après-midi à Paris, et environ 400 à se réunir devant le rectorat de Lyon.

Le premier syndicat chez les enseignants du supérieur (Snesup-FSU), l’organisation étudiante Unef, les syndicats lycéens UNL et SGL, FO, CGT, SUD et d’autres réclament le retrait du projet de loi sur les nouvelles modalités d’accès à l’université, jugées sélectives, via la plateforme d’inscription Parcoursup lancée il y a dix jours. Ils ont été rejoints par la FCPE, première fédération des parents d’élèves, qui souhaite que «le baccalauréat reste la seule porte d’entrée» à l’enseignement supérieur.

Premiers concernés, les lycéens étaient nombreux à marcher entre les facs de Jussieu et de la Sorbonne. Comme Adrien, 16 ans, en première ES à Palaiseau (Essonne). «Je trouve ça injuste, tout le monde devrait pouvoir accéder aux études qu’il veut. Quelqu’un de moyen au lycée comme moi peut tout à fait réussir à l’université. Je préférais le tirage au sort à ces critères arbitraires.» A ses côtés, Medhi, 16 ans, en seconde à Cergy (Val-d’Oise), est inquiet : «J’ai peur de ne pas trouver d’université, d’être dans le désarroi total en fin de terminale.»

Des étudiants étaient présents en signe de soutien aux lycéens. «Je n’aurais jamais pu accéder à l’université avec cette réforme. J’étais en terminale STG [sciences et technologies de la gestion] dans un lycée pas facile. J’aimerais que tous les lycéens aient les mêmes chances que moi, tonne Matthieu, 24 ans, en histoire à Paris-I. D’autre part, le contrôle continu au bac ne peut fonctionner que si tous les élèves ont la même éducation pour ne pas créer une France à deux vitesses, ceux des lycées d’élite et les autres. La sélection passerait aussi par ce biais-là.» Fabienne, prof de maths au lycée Jules-Ferry, abonde : «Ce qui est prévu est que ce soit les universités qui choisissent leurs étudiants, et non plus l’inverse. C’est aberrant.»

Marlène Thomas