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Vivement l'Ecole!

Le prédicat est-il subversif?...

6 Janvier 2018 , Rédigé par Pratiques Publié dans #Education, #Predicat

Le prédicat est-il subversif?...

EXTRAIT

Résumé

Les programmes d’enseignement ont fait l’objet d’une réécriture qui a été confiée au Conseil supérieur des programmes. À la suite des consultations effectuées et de l’avis de nombreux linguistes, les programmes publiés en 2015 simplifient la terminologie grammaticale, tout en conservant les distinctions opératoires pour l’orthographe, et introduisent la notion de prédicat. Cet article présente les raisons qui ont présidé aux choix opérés en matière de grammaire et expose les réactions démesurées et déraisonnables qu’a suscitées l’introduction du prédicat dans les programmes scolaires. En effet, à partir de janvier 2017, la presse écrite et audiovisuelle et les réseaux sociaux ont abondamment traité du prédicat. Les critiques ne se fondent ni sur la lecture des programmes, ni sur l’analyse des notions, mais elles s’en prennent au prédicat, accusé d’être responsable d’une détérioration à venir des apprentissages orthographiques et grammaticaux, voire d’être l’instrument de tentatives de dégradation de l’enseignement.

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Plan:

 
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Miguelito : Rien à faire ! la maitresse a beau expliquer, je ne comprends rien à la règle du sujet et du prédicat.

Mafalda, montrant les détritus amoncelés sur la chaussée : C’est facile, Miguelito. Si je te dis par exemple « Cette ordure salit la rue ». Quel est le sujet ?

Miguelito : Le maire ?

Dialogue extrait de la bande dessinée Mafalda revient (Quino, 1983 ; Éd. Lumen)

D’une querelle sur la grammaire au procès en sorcellerie

Le 26 novembre 2015 parait un numéro spécial du Bulletin officiel de l’Éducation nationale contenant les programmes scolaires des différents cycles de l’école élémentaire et du collège. Dans les semaines et les mois qui suivent, ces programmes sont commentés et font, inévitablement et sainement, l’objet de réactions contrastées ; mais celles-ci sont plutôt positives dans l’ensemble, et les critiques qu’on peut lire ne provoquent pas d’émoi particulier.

Cependant, un premier épisode fiévreux se déclare en février 2016 à l’occasion de la parution de manuels scolaires. En effet, l’un de ces manuels porte sur sa couverture un macaron signalant qu’il applique l’orthographe rénovée, et cette vignette ingénue provoque un scandale que les auteurs du manuel ne pouvaient guère prévoir : les rectifications orthographiques adoptées par l’Académie française en 1990 sont la référence en matière d’orthographe dans l’enseignement depuis les programmes de 2008. Néanmoins, certains commentateurs habitués à s’exprimer publiquement sur l’école découvrent ce fait, ou feignent de le découvrir, et s’en émeuvent. On assiste alors au grand retour des longs débats d’il y a 25 ans, accompagnés des mêmes ruminations sur la langue française.

Puis les vociférations s’espacent et la sérénité revient.

Mais il a fallu juste une étincelle pour que resurgissent les mauvaises querelles, les rumeurs et les attaques personnelles. Le prédicat, notion introduite dans les programmes du cycle 3 de l’école, se trouve être l’origine puis le carburant de ce nouveau départ de feu. Une soixantaine d’articles dans différents médias, la une ou une pleine page dans plusieurs journaux nationaux ou régionaux, des émissions de radio ou de télévision, des chats, des forums sont soudain consacrés au prédicat. L’emballement débute en janvier 2017 à la suite d’un blog, va crescendo jusqu’en mars puis le prédicat disparait des préoccupations, remplacé par d’autres sujets d’actualité. Pourtant, à la rentrée 2017, il est à nouveau question du prédicat, mais cette fois, il ne s’agit plus de débats ou d’attaques, mais de l’annonce d’une décision proscrivant son enseignement.

  • 1 B. Bouard (2008) montre que le concept de complément était mobilisé par les grammairiens avant même (...)
  • 2 Autre débat terminologique en anglais, où l’équivalent du « complément d’objet » est nommé object o (...)
  • 3 On notera à cette occasion que Brunot ne réserve pas le complément d’objet au seul verbe, puisque d (...)

Cet article est consacré à la brève histoire de cet épisode singulier qui a mis sur le devant de la scène médiatique un concept grammatical et provoqué des réactions passionnelles violentes. Que la grammaire suscite des querelles et soit à l’origine d’argumentaires très toniques n’est pas une chose étonnante : on se souvient que L.-N. Bescherelle et ses collaborateurs en 1838, année où ils font paraitre leur propre Grammaire de l’école pratique, intitulent un de leurs ouvrages Réfutation complète de la grammaire de MM. Noël et Chapsal ; ou que l’adoption du terme complément, présent dans les analyses de la langue depuis C. C. Du Marsais et N. Beauzée1 a fait l’objet de batailles face à la concurrence redoutable de régime, d’attribut, et d’objet2 ; ou encore que cet étrange compromis qu’est le complément d’objet3 dans la nomenclature de 1910 ne se comprend que comme une réponse qu’adresse la commission présidée par F. Brunot à d’autres catégorisations reposant sur des principes hétéroclites (Vergnaud,1980 ; Boutan, 1997 ; Fournier, 1998).

Mais les mésaventures récentes du prédicat ne sont pas du même ordre : il ne s’agit pas d’une controverse entre grammairiens, mais d’un formidable déferlement d’opinions peu informées qui, prenant prétexte du prédicat pour critiquer des courants pédagogiques, envahit l’espace public et, à grand renfort de répétitions en boucle, diffuse des représentations erronées de ce concept grammatical, empêchant ainsi tout débat de fond et livrant à la vindicte populaire les concepteurs des programmes.

(...)

Sylvie Plane, « Le prédicat est-il subversif ? », Pratiques [En ligne], 175-176 | 2017, mis en ligne le 22 décembre 2017, consulté le 06 janvier 2018. URL : http://journals.openedition.org/pratiques/3753 ; DOI : 10.4000/pratiques.3753

Université Paris-Sorbonne, STIH, EA 4509, F-75230, France
Conseil supérieur des programmes

La totalité de l'article est à lire en cliquant ci-dessous

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