Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Non, il n'existe pas de grammaire officielle de l'Académie Française!...

15 Novembre 2017 , Rédigé par Langue-fr.net Publié dans #Politique, #Grammaire, #Academie Française

Non, il n'existe pas de grammaire officielle de l'Académie Française!...

Non. Il n’existe pas de grammaire officielle. L’Académie s’est essayée à l’exercice dans les années trente... avec un succès qu’on peut qualifier de « très relatif ». Le débat à ce propos permit de revenir sur la personnalité d’Abel Hermant et la contestation approndie des erreurs académiques par Ferdinand Brunot.

Débats en janvier 1999

Pierre Rougier (12 janvier 1999). — Existe-t-il une grammaire officielle, à l’image du Dictionnaire de l’Académie française ?

Luc Bentz (13 janvier 1999. —) Non. Ça nous priverait des débats entre grammairiens. Au demeurant, la grammaire évolue, puisque c’est une description ex post et non ex antede l’organisation de la langue.

Cela ne l’empêche pas d’être normative (c’est la notion de « bon usage »), mais même les grammairiens les plus conservateurs sont obligés de prendre en compte les évolutions attestées par les « bons écrivains ».

Il y a un siècle, on eût sans doute considéré comme une abomination le non-respect de la concordance des temps. Depuis, le subjonctif imparfait est quasiment tombé en désuétude.

Si l’on veut quelque chose qui soit très proche de la norme et très documenté — et s’il fallait surtout ne conseiller qu’un seul ouvrage, je ne saurais que conseiller le Bon Usage de Grevisse (qui est également l’auteur d’une grammaire [scolaire], mais qui n’est ni meilleure ni pire qu’une autre).

Grammaire de l'Académie française (1932)DB (13 janvier 1999). — Oui, l’Académie française, dont les statuts fondateurs avaient prévu la rédaction d’une grammaire, en a finalement « pondu » une, avec difficulté, dans les années trente [Note de l’éditeur : 1932, 1933], dont l’auteur, innomé, était semble-t-il Abel Hermant. La première édition de cette grammaire, qui contenait des simplifications et des approximations abusives, fut très vivement contestée et moquée par d’éminents linguistes de l’époque.

Une seconde édition, corrigée, fut publiée, qui se vendit à de très nombreux exemplaires (qu’on trouve facilement d’occasion). Depuis, je crois... plus rien n’est venu de l’honorable institution, dans ce domaine du moins. Il est vrai que la grammaire se renouvelle moins vite que le vocabulaire. [Voir plus bas le commentaire de l’Académie française sur ses essais grammaticaux et ce complément de DB, en juin 2002]

  • Jean-Pierre Lacroux (13 janvier 1999).( DB écrivait : « dont l’auteur, innommé, était semble-t-il Abel Hermant »)Surtout innommable... Exclu de l’Académie française à la Libération, condamné à perpète, libéré en 1948, mort deux ans plus tard...
    • Benoit Leraillez (13 janvier 1999) - C’est donc pour ça ! J’ai eu un rendez-vous avec quelqu’un de l’Académie française parce que je voulais mettre leur grammaire sur le net. La réaction fut : « Oui, bon, bin on peut pas trop vous en empêcher parce que c’est plus ou moins dans le domaine public mais on préfèrerait oublier cet épisode de notre histoire. »
    • Jean-Pierre Lacroux (13 janvier 1999).(Benoit Leraillez écrivait : « C’est donc pour ça ! ») Pour ça... c’est bien possible, mais surtout pour le reste. Cette grammaire est nulle. Je conçois que l’Académie ne voie guère d’un bon oeil sa mise au net sur le machin virtuel...
  • DB (13 janvier 1999). — (Jean-Pierre Lacroux a écrit à propos d’Abel Hermant : « Surtout innommable... Exclu de l’Académie française à la Libération, condamné à perpète, libéré en 1948, mort deux ans plus tard... » C’est exact, mais je trouve qu’on ne doit pas tout mélanger. Il aurait pu être compromis avec les Allemands et excellent grammairien ; ce ne fut pas le cas.
    Cela dit, on se régale à lire les nombreux livres rassemblant ses chroniques langagières parues dans le journal le Temps (bien avant la guerre) et signées du pseudonyme Lancelot [1] ; il était bon écrivain mais pas linguiste pour deux sous, archi-conservateur, ronchon en diable, de mauvaise foi souvent, méchant à l’égard des contradicteurs et surtout des femmes (qu’il n’aimait pas, mais vraiment pas du tout) ; en dépit ou à cause de tout cela, ses chroniques sont généralement très drôles, caustiques, mordantes, et naturellement écrites dans un excellent français classique.
    Bien sûr, bon nombre de ses positions sont aujourd’hui complètement dépassées, d’autant qu’elles l’étaient déjà bien des fois à l’époque même où il écrivait, comme par exemple son refus total de l’expression « ne pas ...que ».
  • Jean-Pierre Lacroux (13 janvier 1999).(DB écrivait : « Cela dit, on se régale à lire les nombreux livres rassemblant ses chroniques langagières [...] signées du pseudonyme Lancelot ».) Mouais... j’ai connu ces plaisirs pervers... je me suis imposé de lire tous les Xavier. Pour quelques moments de grâce, que d’épreuves à endurer...
    (« il était bon écrivain ») Hum... J’ai également tenté de lire sa prose romanesque... Là, j’ai vite renoncé...
    (« mais pas linguiste pour deux sous ») Ça, c’est son seul trait positif... Plus sérieusement, je n’aime pas du tout ce bonhomme, évidemment pour les raisons déjà évoquées, mais pas seulement. Après tout, il ne fut pas le seul à se fourvoyer (et je suis un groupie du bon docteur Destouches). Je le trouve « détestable » dès le début de sa carrière. Pour une raison assez simple : avec d’autres (avant et après lui...), il est parvenu à convaincre une part non négligeable de la population que conservatisme social (pour rester poli) et attachement aux beautés de la langue écrite étaient intimement liés. Vous me direz que sur ce forum nous ne manquons pas d’illustrations neuves (dans les deux sens...). Certes... et ça m’énerve aussi...

(...)

La Grammaire de l’Académie vue par l’Académie

Voici ce que l’on trouve sur le site de l’Académie française (choisir la rubrique Dictionnaire, puis l’avant-propos de la IXe édition).

« On a souvent rappelé que, d’après les statuts d’établissement de 1635, l’Académie devait, en même temps que le Dictionnaire, composer une grammaire. Elle s’y essaya par deux fois, sans trop de réussite. Sa première grammaire, due à la plume de Régnier-Desmarais, et publiée au début du XVIIIe siècle, fut jugée comme une production bien imparfaite. L’Académie attendit deux cents ans pour récidiver ; elle aurait pu attendre plus longtemps encore, car la grammaire qu’elle édita dans les années trente du XXe siècle n’eut guère de succès, fût-ce d’estime. »
(Accès direct)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :