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Vivement l'Ecole!

"Le ministre de l'Éducation nationale n’en a rien a foutre de l’égalité entre les sexes"...

29 Novembre 2017 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Egalite

EXTRAIT

Égalité filles-garçons: j’ai corrigé la copie de Jean-Michel Blanquer

J’ai cherché d’autres façons d’écrire cela de manière plus élégante et nuancée. Mais je n’ai pas trouvé: le ministre de l'Éducation nationale n’en a rien a foutre de l’égalité entre les sexes.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, était l’invité de la matinale de France Inter le 27 novembre; il a d’emblée et longuement été interrogé sur l’un des grandes causes d’Emmanuel Macron: «la lutte contre les inégalités filles-garçons à l'école». Plusieurs heures après, j’entends encore l’écho provoqué par chacune de ses réponses, chutant avec fracas dans la vacuité sidérante de sa pensée sur le sujet. 

Nul. 

Sur la forme d’abord: balbutiant, pas très concentré, peu convaincu par ses propres sorties… Une impréparation qui aurait pu nous offrir un peu de fraîcheur, bienvenue en ces temps de langue de bois macronienne et d’éléments de langage, mais ses propositions, la sémantique comme ses évitements n’ont fait que confirmer ce que l’on pressentait déjà: peu lui importe les enjeux sociologiques de l’école en général, ceux de l’égalité en particulier. 

Prenons ses réponses aux questions de Nicolas Demorand dans l’ordre chronologique. Pas parce que c’est plus simple, mais parce que Jean-Michel Blanquer est si peu structuré idéologiquement sur le sujet qu’il est impossible de tirer une doctrine et de grandes lignes directrices de ce qu’il évoque pourtant comme une «offensive» menée par ses équipes contre les inégalités. Et comme le ministre ne jure que par l’évaluation pour connaitre l’état des connaissances et le savoir-faire, appliquons lui le même traitement et corrigeons sa copie.

«Le président de la République a indiqué samedi, dans le cadre de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, que l’école serait en première ligne de ce combat. Qu’allez-vous proposer dans le cadre de cette lutte?»

Jean-Michel Blanquer: «Le respect d’autrui […]. Je dis toujours que l’école primaire doit apprendre à lire, écrire, compter et respecter autrui. À partir du moment où on respecte autrui, bien entendu, on respecte les femmes dans le rapport hommes-femmes, avec tout ce que cela signifie…»

Le hic, c’est que «le respect d’autrui» ne signifie rien d’autre que «le respect d’autrui», même s’il doit être inculqué. C’est-à-dire que l’égalité entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons ne peut en aucun cas être réduite au fait d’enseigner aux enfants à se respecter mutuellement. Stricto sensu, respecter autrui, c’est avoir pour lui de l’égard, de la considération. Pas nécessairement le considérer comme son alter ego, et admettre qu’il bénéficie des mêmes droits. On connaît tous des hommes profondément sexistes et misogynes, mais respectueux des femmes dans les codes sociaux qu’ils adoptent. Ce sont ceux qui se targuent d’être galants, et donc en cela, respectueux des femmes. Alain Finkielkraut, par exemple, pas connu pour être un égalitariste échevelé, est un fervent défenseur de la galanterie, définie comme hommage rendu à la féminité, expression de la courtoisie et d’une tradition française.

Cette réflexion autour du respect d’autrui comme rouage essentiel de l’égalité filles-garçons a aussi hérissé le poil de Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-Unsa, qui soupire: «On peut respecter une femme cantonnée dans sa cuisine». J’ai connu des porcs qui m’ont tenu la porte et hélé un taxi.

Évaluation: 0/20. Hors-sujet. L’élève Blanquer n’a pas compris l’intitulé.

«Voilà pour le principe général, comment fait-on pour l’appliquer?»
Puis Blanquer en vient à ce qu’il appelle «la mesure la plus importante: la mallette des parents». C’est décidemment une lubie les petites valises. En 2009 déjà, quand il était recteur de l’académie de Créteil, Blanquer avait expérimenté ce qu’il qualifiait de «coaching parental»: des parents recevaient un DVD avec des conseils et astuces dedans, puis étaient conviés trois soirées par an dans l’établissement de leur enfant pour parler autorité, temps de sommeil, etc. Des sortes de soirées Tupperware de l’éducation, en somme.

Voilà donc que Blanquer, huit ans après ses premiers kits pédagogiques, et pas très disruptif pour le coup, dégaine à nouveau sa mallette et ses «petites réunions, en petit groupe, en début d’année avec les parents» mais cette fois avec pour objectif de «sensibiliser les parents sur l’ensemble des enjeux qu’il y a dans la relation hommes-femmes et dans le respect des femmes. Nous savons que nous sommes efficaces […] quand nous incluons les parents. Un des facteurs de réussite des enfants à l’école, c’est la convergence des valeurs entre l’école et les parents.» 

Vous la voyez, la patate chaude lancée depuis le toit du ministère de l’Éducation nationale et qui va atterrir dans votre salon? 

Bien sûr que dans un monde idéal, les parents proposeraient tous à leurs enfants des modèles éducatifs absolument paritaires, les éduqueraient de façon à leur enseigner l’égalité entre les femmes et les hommes. Bien sûr aussi que l’éducation pourrait être l’un des remparts au sexisme. Mais finalement, de façon assez marginale. 

Car 1. Tout ne se joue pas au sein du foyer. Loin de là. Et c’est épuisant cette rhétorique consistant à renvoyer systématiquement la balle aux parents quand les enfants déconnent. Comme s’ils étaient les seuls dépositaires des comportements de leur progéniture. C’est un peu comme ces publicités qui engueulent les mères de harceleurs en leur disant de mieux éduquer leurs fils, ou ceux qui contactent les mères de harceleurs pour leur dire «regardez comme votre fils me menace de viol».

En plus de déresponsabiliser ces hommes de leurs actes, cela est extrêmement réducteur. Tous les harceleurs, agresseurs, violeurs ou «simples» misogynes n’ont pas été élevés dans un foyer où on leur a appris à mépriser et asservir les femmes. Par ailleurs, beaucoup de femmes qui ont été élevées avec des valeurs féministes et encouragées à ne pas se soumettre finissent par intérioriser la domination masculine, voire à s’en faire elles-mêmes les chantres. 

Un enfant est exposé et se construit avec bien d’autres modèles que ceux qui lui sont proposés à la maison. La télé, les médias, la rue, le cinéma… sont autant de canaux véhiculant les stéréotypes sexistes. Sans compter que contrairement à ce qu’a l’air de penser Blanquer, tous les parents ne disposent pas des ressources littéraires, historiques, pédagogiques ou même économiques qui leur permettraient d’aborder ces questions-là avec leurs enfants. 

(...)

Nadia Daam

Suite et fin en cliquant ci-dessous... C'est à déguster...

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