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Vivement l'Ecole!

La petite société des enfants...

29 Octobre 2017 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Enfance

Comment les enfants perçoivent-ils le monde qui les entoure, du plus proche – les parents, les amis – au plus lointain – le travail, la politique ? La sociologie dialogue ici avec la psychologie pour décrire les processus socialement différenciés par lesquels les enfants en viennent à penser et se penser.

Recensé : Wilfried Lignier et Julie Pagis, L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Paris, Seuil, 2017, 320 p., 23 €.

Parce qu’ils seraient en voie de socialisation, les enfants ne seraient que des êtres sociaux en devenir — tout ne serait, au fond, qu’une question d’âge, et pour parler le langage de la psychologie, de « stade de développement ». En proposant une sociologie des perceptions enfantines du monde social, Wilfried Lignier et Julie Pagis mettent à l’épreuve cette idée commune. Ils montrent, à l’appui de nombreuses données empiriques, ce que ces perceptions doivent aux interactions que les enfants, depuis leurs premiers pas, entretiennent avec leur environnement social. En entrant dans le détail des opérations mentales constitutives des habitus enfantins, à tout le moins de leur part cognitive, ce livre révèle la portée heuristique d’un regard sociologique sur un objet — le développement de l’enfant — longtemps abandonné à la psychologie.

Wilfried Lignier et Julie Pagis ont enquêté durant deux années auprès des enfants de deux classes (CP-CM1 et CM1-CM2), dans deux établissements scolaires. Ils ont déployé un dispositif méthodologique élaboré au sein duquel le recueil de la parole, par la réalisation d’entretiens avec des duos d’enfants et l’animation de discussions en classe, se double de la passation d’exercices écrits — ils ont notamment demandé aux enfants de classer des métiers, ou encore, dans le volet de l’enquête consacré aux perceptions enfantines de la vie politique, d’expliciter ce qu’ils entendent par « la droite » et « la gauche ». Les analyses que font les auteurs de ces matériaux qualitatifs sont systématiquement rapportées aux caractéristiques sociales des enfants et de leur famille, ainsi qu’à la composition socio-démographique des classes au sein desquelles ils évoluent dans le cadre scolaire — et a fortiori, dans celui de l’enquête. Si les auteurs soulignent à quelques reprises les limites d’une enquête qui, fondée principalement sur la réalisation d’entretiens, laisse de côté l’usage des méthodes ethnographiques, l’observation n’est pas totalement absente de leur démonstration. De fait, les entretiens en duo ou les discussions collectives ont aussi été l’occasion, pour les chercheurs, d’observer les interactions entre enfants. Loin d’être considérées comme des « biais », ces interactions — au cours desquelles les enfants se jaugent et se jugent, s’imitent ou se distinguent — sont appréhendées comme l’un des moyens ordinaires par lesquels les enfants forgent leurs perceptions du monde social, et leur conscience de soi.

(...)

Nicolas Salée

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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