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Vivement l'Ecole!

Espérance Banlieues? Derrière le "modèle" tant vanté, une catastrophe éducative...

24 Octobre 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Politique

Espérance Banlieues? Derrière le "modèle" tant vanté, une catastrophe éducative...

EXTRAIT

Espérance banlieues : derrière la vitrine médiatique…

Jordi Le Cointe est professeur de SVT dans un collège de Montfermeil. Comme ses collègues, il accueille dans sa classe des élèves passés par le cours Alexandre-Dumas, première école créée par le réseau Espérance banlieues. Son témoignage et son expérience sur le terrain sont précieux pour mieux cerner les pratiques pédagogiques à l’œuvre dans ces écoles low cost et en mesurer les inquiétants résultats… On semble bien loin du rêve vendu par Espérance banlieues, trop souvent et trop naïvement relayé par de nombreux médias.

Pourquoi les élèves d’Espérance banlieues reviennent-ils au collège public de Montfermeil ?

Il existe trois raisons principales :

- Les parents se rendent compte des manquements de cet établissement (ou sont en désaccord avec certaines méthodes) et reviennent dans le public.

- À la fin de la 4e, les élèves qui ont un niveau trop faible sont orientés dans une classe « spéciale » baptisée, la « B1 ». Cela évite de les présenter au brevet mais entraîne un surcout pour les parents qui préfèrent les remettre dans le public.

- À la fin de la B1 ou de la 3e, les élèves se retrouvent sans orientation (les élèves du hors contrat passent après les autres dans l’affectation des lycées professionnels publics) et nous reviennent.

(...)

Entretien avec Jordi Le Cointe/Propos recueillis par Grégory Chambat

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

Et pour compléter...

CC

Des écoles low cost et une pédagogie au rabais

Moins d’une douzaine d’établissements pour à peine un demi-millier d’élèves… Si les écoles privées hors contrat Espérance banlieues sont bien un phénomène marginal, leur succès médiatique est indéniable. Des dizaines de reportages dans les principaux JT, des documentaires et plus d’une centaine d’articles dans la presse nationale et locale encensent le projet, la plupart du temps sans véritable recul critique [1].

Salut au drapeau, Marseillaise main sur le cœur, uniforme (une couleur pour les garçons, une autre pour les filles), récompenses sous forme de médailles (Clovis ou Jeanne d’Arc, là encore selon le sexe) et surtout éloge de la pédagogie d’avant-hier : tout un programme… et surtout de quoi exhiber de beaux « clichés » !

Ce réseau est né en 2013, à l’initiative de la Fondation pour l’école. Cette puissante officine liée à la Manif pour tous (et reconnue d’utilité publique sous le gouvernement de François Fillon) décide alors que son lobbying en faveur des écoles hors contrat doit être « plus en phase avec la conjoncture sociopolitique actuelle. » (Rapport d’activité de la Fondation pour l’école de 2013) C’est Xavier Lemoine [2], le très réactionnaire maire de Montfermeil en Seine-Saint-Denis, qui accueille avec enthousiasme le premier établissement Espérance banlieues.

Une braderie générale...

Pour « relooker » l’image du hors contrat, ces écoles low cost (75 € par mois + le prix de l’uniforme – qui se mérite !) ciblent le public des quartiers sensibles. Et on y brade aussi les exigences pédagogiques et les savoirs (toutes les matières ne sont pas enseignées) au profit d’un scoutisme de bons pères missionnaires avec comme ultime finalité « l’amour de la France ».

Peu importent alors les résultats (au brevet des collèges, par exemple), bien loin de ceux des écoles publiques, c’est l’affichage qui prime. Avec ce coup de génie de faire parrainer le réseau par des personnalités people, tel le journaliste Harry Roselmack. Comme l’illustre le témoignage présenté ici, les animateurs de ce réseau ont davantage misé sur la « com’ » que sur la pédagogie. Derrière la vitrine médiatique, les intentions et les enjeux sont très éloignés du projet affiché de réenchanter la banlieue.

… Bien financée

Côté financement, le président d’Espérance banlieues, M. Éric Mestrallet, qui préfère se présenter en « père de famille » plutôt que comme ancien attaché parlementaire du sénateur villiériste Bernard Seillier, assure avec succès le relationnel auprès des fondations du CAC 40, promettant des exonérations fiscales et aussi un positionnement sur un marché potentiellement porteur (ainsi en Suède, depuis un an, des écoles privées sont cotées en bourse).

En alimentant le déclinisme ambiant et le fétichisme des recettes pédagogiques de grand-mères, le véritable projet d’Espérance banlieues est de partir à la conquête des « périphéries » et de se développer à tout prix, y compris en attirant des familles désespérées au risque de grandes désillusions, comme à Marseille où des plaintes ont été déposées contre le directeur.

Éclairer les ressorts et les motivations (politiques, religieuses, économiques, etc.) de ce réseau, sans nier ni se résigner aux défaillances du service public d’éducation ou à son discrédit auprès de certaines familles, est une nécessité : un combat social et pédagogique…

Grégory Chambat
Enseignant, membre du collectif Questions de classe(s)

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