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Vivement l'Ecole!

L'enseignement "chronologique" de la littérature, c'est le massacre des innocents!...

13 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie, #Littérature

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Les annonces récentes du Ministre de l'Education Nationale - elles sont multi-quotidiennes - reprises par Europe1, L'EXPRESS et tous les médias, vont bien au-delà du détricotage de tout le travail entrepris par Najat Vallaud-Belkacem et ses prédécesseurs.

Je remarque tout d'abord avec surprise que l'autonomie des équipes, la liberté pédagogique garantie aux enseignants, le droit à l'innovation sont très largement oubliés.

Les décisions se succèdent, de manière très verticale, sans laisser le moindre espace à la liberté. C'était pourtant une promesse électorale du candidat Macron. Celle-là a été mise de coté.

Je remarque aussi que toutes ces décisions se font en l'absence de concertation. Absence de concertation qui fut particulièrement reprochée - à tort - aux Ministres de l'Education Nationale du quinquennat précédent. Qui ne semble - pour le moment - ne provoquer aucune colère particulière chez celles et ceux protestant hier.

Dans le détail:

En français, il serait donc question d'enseigner la littérature "dans l'ordre chronologique, en respectant les courants littéraires". Autant, j'y suis très attaché pour l'enseignement de l'Histoire - ce qui est d'ailleurs fait - autant pour la littérature, c'est une bêtise!

Imaginez un instant - si j'ai bien compris la pensée du ministre - des élèves de 6e, par exemple,  confrontés pendant un an aux SEULS textes fondateurs (L'Odyssée et les grands mythes) puis la poésie et les premiers romans médiévaux. Autant de textes magnifiques mais d'une difficulté extrême, très arides. Si l'on veut tuer le désir et le plaisir de lire, on ne s'y prendrait pas autrement! Même les élèves les plus brillants y laisseront des plumes, frustrés d'être enfermés dans le carcan imposé. Il ne s'agit pas de sombrer dans la facilité ni les textes médiocres, mais d'offrir la possibilité aux élèves de ne pas s'essouffler dans l'ennui.

Je plains amèrement les enfants de celles et ceux qui n'auront pas les parents éclairés pour les accompagner.

Le chef d'oeuvre littéraire entretient, par essence, des relations avec son époque (Germinal et tant d'autres) MAIS le message qu'il transmet est universel et intemporel. Penser la littérature et en transmettre la passion par le biais de la chronologie, c'est ne rien comprendre à son enseignement. Je veux continuer de pouvoir passer avec mes élèves de 6e (et de toutes mes classes) d'un poème de Ronsard à un extrait de Le Clézio - je les cite par pur hasard - si ma séquence le JUSTIFIE!

L'enseignement "chronologique" de la littérature, c'est le massacre des innocents! Celui qui a conduit tant de mes condisciples, et moi-même, à nous ennuyer ferme, penchés sur les "morceaux choisis" des Lagarde et Michard ou Castex et Surer. Moi qui n'aimais rien tant que butiner un livre puis un autre, sans souci aucun de la chronologie!

Je lis aussi, dans L'EXPRESS, que le Ministre veut en finir avec le "prédicat" (oui, nous en sommes ENCORE là! Comme s'il n'y avait pas plus important!). J'enseigne cette notion qui n'a rien de difficile et apporte beaucoup aux élèves, notamment ceux en difficultés en grammaire. Mais peut-être choisit-on ce prédicat pour en faire le condamné exemplaire d'une époque qu'il conviendrait d'effacer.

J'apprends enfin que les téléphones portables seront, "comme en conseil des ministres", interdits au collège. Promesse électorale du candidat Macron. Celle-là, dont vous avez toutes et tous conscience de l'importance capitale, n'étant pas oubliée.

Sauf que...

Je rappelle respectueusement qu'un téléphone portable peut - je suis de ceux-là - être utilisé à des fins pédagogiques et qu'il est de MA liberté d'enseignant d'utiliser les outils de MON choix.

C'est là mon autonomie, ma liberté et ma minuscule participation à la construction d'une "école innovante".

En cela, je respecte à la lettre les promesses du Président de la République et j’œuvre avec lui à la préservation des acquis de l'Ecole - au sens le plus large - sans la défigurer.

Christophe Chartreux

Post-scriptum:

les courants littéraires sont enseignés. Même en travaillant par thèmes, rien n'interdit de fournir - les manuels le font - une frise chronologique avec les courants successifs.

Mieux encore: la faire fabriquer par les élèves.

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