Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Evaluations au CP... Que sont-elles devenues? Quels résultats?

21 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #EvalCP

D'autres oeuvres de Pawel Kuczynski en lien de bas de page

D'autres oeuvres de Pawel Kuczynski en lien de bas de page

25 septembre 2017... Que sont devenues ces évaluations?

EXTRAITS

Trop longs, mal adaptés, potentiellement sources de confusion ou de stress… Les exercices mis en place par le nouveau ministre de l’Education nationale afin d’évaluer le niveau des élèves entrant en primaire sont critiqués, davantage sur la forme que sur le principe, par les syndicats d’enseignants.

(...)

«Outil invalide»

Beaucoup d’enseignants interrogés par Libération expriment des critiques, d’abord sur la forme. «Les consignes de passation ne sont pas simples pour tous… Parfois les élèves confondent les exercices», déplore Anaïs, qui n’est pourtant pas opposée au principe : «Ça nous donne une base.» Il arrive aussi que l’on passe d’une consigne où il faut barrer les réponses à une autre où il est demandé de les entourer. Pas simple, quand on a tout juste deux semaines d’école élémentaire derrière soi. Selon Francette Popineau, la secrétaire générale du Syndicat national des instituteurs et professeurs des écoles (Snuipp-FSU), premier syndicat du primaire, «c’est assez peu adapté à un enfant de 6 ans. C’est présenté sur une grande page avec quatre exercices. Or, à cet âge, on a des problèmes de repérage et on a normalement deux exercices maximum par page. L’usage du crayon de papier n’est pas très adapté non plus».

Marion, elle, enseigne dans une école de la rive droite de Paris : «J’ai commencé à faire passer les évaluations en mathématiques, et c’est très compliqué pour eux de se repérer sur le fichier !» Même remarque du secrétaire général du Syndicat des enseignants (SE-Unsa), Stéphane Crochet : «Les exercices ne sont pas très solides, les dessins sont source d’erreur et d’interprétation… Les élèves ont plusieurs raisons de se tromper.» Sur la forme, donc, le scepticisme règne. Sur le fond aussi : le choix des compétences évaluées interroge Francette Popineau. «Il y a un problème sur la compréhension de l’écrit. Les exercices ne comprennent qu’un seul item : la compréhension de ce qu’on lit. Or c’est là qu’il y a le plus de difficultés», par rapport au «simple» déchiffrage. Dans une tribune publiée sur le site le Café pédagogique, le président du département de psychologie de l’université de Genève, Edouard Gentaz, et la directrice de recherche au CNRS Liliane Sprenger-Charolles partagent cette interrogation sur «la pertinence du contenu des épreuves». Et relèvent un problème méthodologique de ces évaluations, qu’ils qualifient d’«outil invalide» : sans «repère statistique» pour comparer les résultats de leurs élèves à la façon dont se comportent «"normalement" les enfants de ce niveau scolaire en France», difficile pour les enseignants, notamment les plus jeunes, de «repérer les capacités déficitaires qui doivent être travaillées en priorité». En d’autres termes, évaluer, d’accord, mais par rapport à quoi ? Selon l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, les évaluations au début du CE1 et de la 6e, lancées par Lionel Jospin à la fin des années 80, permettaient effectivement aux enseignants d’estimer comment s’en sortaient leurs élèves «par rapport à la moyenne». Trente ans plus tard, les évaluations au CP n’incluent pas de tel outil.

(...)

«Peser sur la maternelle»

«Ces évaluations peuvent être prises comme une évaluation cachée de la maternelle, relève Claude Lelièvre. Avec tout le passé et le passif [de Blanquer, ancien directeur général de l’enseignement scolaire sous Xavier Darcos], il y a de quoi s’interroger. Sous prétexte d’évaluation et de diagnostic, on vise en réalité une sorte de bilan pour peser de façon indirecte et technocratique sur l’école maternelle.» Un soupçon partagé par l’Association française des enseignants de français (Afef), qui y voit une façon de renvoyer «les enseignants de maternelle à la responsabilité des difficultés des élèves : ils n’avaient qu’à appliquer la bonne méthode». «L’attaque est perfide face au programme [de maternelle] : en cibler et mettre en exergue quelques points dénie la validité d’ensemble d’un programme récent, appliqué depuis la rentrée 2015», écrivent ses dirigeantes dans une tribune.

Le ministère assure qu’aucune remontée nationale n’aura lieu. Il ne pourrait donc pas se servir des résultats pour remettre en cause les programmes de 2015. Mais les syndicats enseignants partagent une crainte : que la grande section de maternelle devienne l’antichambre du CP, où l’on ferait bachoter les élèves sur les points évalués à leur entrée à l’école élémentaire.

(1) Les prénoms des enseignantes que nous avons interrogées ont été modifiés.

Kim Hullot-Guiot

Article complet à lire ci-dessous

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :