Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Education - Quand le Ministre de l'Education Nationale peut tout se permettre...

23 Février 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Education - Quand le Ministre de l'Education Nationale peut tout se permettre...

24 septembre 2017

C'était il y a peu de temps... C'était hier... C'était presque tout à l'heure... Et cela a duré cinq ans!

Pendant cinq ans, de 2012 à 2017, quelques médias importants par l'audience et relayés toujours par les quotidiens régionaux ont systématiquement commenté les décisions des gouvernements successifs en semblant prendre un plaisir malin à démolir les ministres de l'Education nationale - Vincent Peillon; Benoit Hamon; Najat Vallaud-Belkacem - ayant occupé le bureau du 110 Rue de Grenelle.

Tout, absolument tout, jusqu'au ridicule parfois - souvenons-nous, entre autres, de la rumeur colportée  au sujet de l'apprentissage de la langue arabe dès le CP ou de cette absurde perte de temps et de salive concernant une "réforme de l'orthographe"; tension extrême à l'Académie trouvant son acmé avec l'accent circonflexe qui pourtant ne demandait rien à personne - fut sujet à débats sans fin ni conclusion car souvent sans objet, à articles argumentés et contre argumentés, à attaques sexistes et mâtinées de racisme lorsqu'elles s'adressaient à "Najat", réduite à un prénom, parfois à son seul nom de jeune fille, à titres incendiaires, offusqués et vengeurs:

"Incroyable cafouillage";  "Le sommet de l'incompétence"; "Du jamais vu"... Et j'en oublie... Ce fut un jeu de massacre, mensuel, hebdomadaire, quotidien dans les "grands moments"...

Pourtant, à la grande surprise de beaucoup, l'OCDE se montra très positive à l'égard des réformes menées par les ministres de François Hollande, par Najat Vallaud-Belkacem particulièrement. (Voir lien en bas de page).

Mais rien, jamais, n'y fit. Le mal se construisait. Même ses sourires trouvaient des opposants. Même un chemisier noir croisa un pamphlétaire.

Arriva donc ce qui devait arriver. La défaite électorale de la gauche, le triomphe jupitérien d'Emmanuel Macron, la nomination de Jean-Michel Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire (un Ministre "bis") sous Nicolas Sarkozy, servi avec zèle... Beaucoup de zèle... Puis vinrent les premières annonces... Commentées par les mêmes médias trouvant hier à dire et redire mais qui soudain devenaient tous parfaits thuriféraires.

Un seul exemple: les évaluations (en CP et 6e) décidées sans concertation, quelques jours avant les vacances d'été et imposées verticalement par le Ministère. Ces évaluations furent plutôt bien accueillies par la presse, très peu de critiques. Puis les exercices proposés furent divulgués publiquement - avant passation! - et les syndicats enseignants, pour une fois unanimes, dénoncèrent des épreuves difficiles, mal construites, sans intérêt pédagogique véritable.

Des chercheurs en sciences cognitives, sciences très appréciées par notre nouveau Ministre, s'inquiétèrent ouvertement. Je pense à  Liliane Sprenger-Charolles (CNRS, université d’Aix-Marseille) et à Edouard Gentaz (président du département de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Genève), faisant tous deux état de «sérieux problèmes» quant à la «validité scientifique et pédagogique» de ces évaluations diagnostiques. (Voir lien en bas de page).

La presse spécialisée se fit le relais de tout cela. Quant à la presse nationale généraliste, elle observa un silence quasi total.

Rue de Grenelle, prenant enfin conscience néanmoins du "ratage" en vue, il fut décidé, certainement en très haut lieu, peut-être dans cette pièce où trône le magnifique bureau ministériel de Jean Zay, de faire machine arrière toute! Les personnels de direction des écoles élémentaires reçurent un courrier (Voir lien en bas de page) enjoignant les professeurs d'école de faire à peu près ce qu'ils veulent de ces évaluations de CP, pourtant présentées comme capitales, essentielles, importantes, utiles, nécessaires. Bref, un outil de référence, la première pierre d'une "réparation" d'un édifice abimé par une ministre iconoclaste qui avait osé imaginer, l'impudente, pouvoir réformer l'Ecole...

Face à un tel pataquès, car c'en est un de première grandeur, j'ai imaginé ce qu'auraient écrit les contempteurs d'hier, les fidèles relais des auteurs de pamphlets - "Les assassins de l'école" de Nicole Barjon sévissant dans L'Obs, les billets de Jean-Paul Brighelli dans Le Point, les élucubrations d'Elisabeth Lévy dans Causeur et sur les plateaux de télévision où elle est complaisamment invitée, les éructations d'Alain Finkielkraut redoutant la mort de la civilisation (blanche et européenne), les propos de Natacha Polony, jusqu'à un éditorial de Laurent Joffrin jadis mieux inspiré, s'installant dans le même wagon que celles et ceux cités à l'instant - et je me rappelai ces titres:

"Incroyable cafouillage";  "Le sommet de l'incompétence"; "Du jamais vu"...

Mais je n'en trouvai aucun...

Rien! Absolument rien! Pas une critique. Pas un éditorial. Pas un seul de ces propos fielleux qui firent les mauvais jours de ministres harcelés et constamment désignés à la vindicte populaire!

Aujourd'hui, le Ministre de l'Education Nationale peut tout ou presque se permettre:

qu'il touche aux programmes, qu'il aborde la laïcité sans tenir aucun compte du travail de ses prédécesseurs, qu'il parle d'autonomie des personnels de direction pouvant aller jusqu'à embaucher (débaucher?) des personnels enseignants, qu'il évoque le retour à un apprentissage chronologique de la littérature au collège, qu'il interdise les téléphones portables (déjà interdits dans 98% des collèges), qu'il ne tienne pas compte du Conseil Supérieur des Programmes dirigé par Michel Lussault, rien, absolument rien ne lui est jamais reproché par ces mêmes médias et éditorialistes mitraillant Najat Vallaud-Belkacem à la moindre peccadille.

Que peut signifier ce soudain silence?...

Je pose la question... J'attends la réponse!

Christophe Chartreux

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :