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Vivement l'Ecole!

Alors, on la ramène moins, hein... "Tout ne se passe pas comme sur des roulettes pour le nouveau pouvoir"...

30 Septembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Alors, on la ramène moins, hein... "Tout ne se passe pas comme sur des roulettes pour le nouveau pouvoir"...

Tout ne se passe pas comme sur des roulettes pour le nouveau pouvoir. Les roulettes sont capricieuses.

Si j’ai bien compris, il y a un côté François Hollande chez Emmanuel Macron : la loi travail, l’état d’urgence et la courbe du chômage qui ne débande pas. C’est En marche dans la choucroute. Au moins, François Hollande faisait ses blagues en petit comité, alors qu’Emmanuel Macron se paie trop publiquement Comoriens et fainéants, ça passe moins bien. D’autant qu’avec la courbe du chômage, pas besoin d’être fainéant pour ne pas avoir de travail. Il y a les fainéants et l’effet néant. Il semblerait que dans la pensée complexe de l’actuel président, le travail soit le sauveur suprême, le plaisir entre tous, le nectar des dieux : c’est sans doute pour ça qu’il le dispense si parcimonieusement. Mais certains estiment qu’il faut avoir soi-même le cerveau fainéant pour ne rien imaginer de mieux dans la vie que le travail, le travail et encore le travail. C’est peut-être plus malin de ne rien faire que de tourner en rond. A force de voir comme le gouvernement étale dans le temps les bienfaits supposés de sa politique dont les fruits seront mûrs pour les prochaines élections, n’est-ce pas lui qui va s’étaler le premier ?

Après l’état d’urgence du travail, il y a l’état d’urgence des libertés et de la sécurité. C’est un secteur où on ne peut pas inventer l’eau tiède : ou on glace ou on se brûle, ou en même temps. Pour nous protéger, on a dégoté une loi qui répand la terreur. C’est toujours pareil : pour terroriser les terroristes, on commence par terrifier les démocrates tandis que les terroristes, qui ont les nerfs plus solides que nos législateurs le pensent, voient passer ces mesures telles des vaches les trains. Désormais, la fameuse expression «usual suspects» va désigner le corps électoral dans sa totalité. «Innocents, haut les mains !» Après le coup d’Etat social, le coup d’Etat sécuritaire - rappelons, pour mettre les termes en perspective, que François Mitterrand désignait en 1964 le pouvoir du général de Gaulle comme «le coup d’Etat permanent». Tout le monde est d’accord pour qu’il y ait moins d’attentats, mais la note à payer est parfois exagérée. Même les Russes en ont, et Dieu sait que Vladimir Poutine a donné, question sécurité. Même en Arabie Saoudite, on n’est pas à l’abri. Comme quoi il n’y a pas que des bénéfices à être une dictature. C’est une leçon que les démocrates devraient méditer : on peut avoir la tyrannie et, en même temps, le terrorisme. Il faudrait avoir la sécurité bio, la sécurité solidaire, la sécurité respectueuse.

Mais, bon, la démocratie, c’est, en même temps, les élections et la rue. On ne peut pas estimer que la rue est exclusivement constituée de mauvais joueurs, ou d’imbéciles qui n’avaient pas compris les enjeux des élections précédentes. Et pourquoi n’y aurait-il que les gouvernements qui auraient le droit de se tromper ? La rue aussi préférerait qu’on passe sous silence tous les lynchages, pogroms et autres pillages où elle a mis la main. La rue ne sent pas toujours la rose. Que le gouvernement ne s’énerve pas : à qui ça fait du mal que les mécontents prennent l’air de temps en temps, même quand ils ont raison ? Si j’ai bien compris, l’état d’urgence permanent et constitutionnel, c’est un peu paresseux.

Mathieu Lindon

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