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Vivement l'Ecole!

Ne sont-ce pas les enseignants D'ABORD qui font d'une "nouveauté" une réussite ou un échec?...

7 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie, #Evaluation

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Toutes les "nouveautés", lorsqu'il s'agit d'éducation encore davantage, sont analysées, évaluées, jugées de manière objective et subjective.

J'ai accueilli dans le courant de l'année dernière une collègue remplaçante qui a du, puisqu'elle était en charge du français dans une des cinq 6e évaluées par compétences,  s'habituer à cette méthode qu'elle n'avait jamais pratiquée. Ses premiers mots furent les suivants :

"Les élèves sont contre. Les parents aussi". Elle n'avait encore rencontré que les élèves.

Cette réflexion, très abrupte et définitive, qui tient compte de l'avis d'élèves de 6e, quand on n'en tient si peu compte en d'autres occasions et sur d'autres sujets, illustre à quel point toutes les réformes, et celle de l'évaluation en collège fait partie de celles qui sont à la fois urgentes et particulièrement piégeuses, sont acceptées ou pas en fonction du regard, du degré d'approbation, de la "croyance" en telle ou telle "nouveauté". (Les guillemets s'imposent, l'évaluation par compétences étant une "nouveauté" déjà fort ancienne dans les écoles élémentaires.)

L'évaluation par compétence est pratiquée par l'ensemble des professeurs de 6e dans toutes les disciplines depuis la rentrée 2014. Je parle ici évidemment de l'établissement qui est celui où j'enseigne. J'ai fait partie de celles et ceux qui ont encouragé ce changement d'habitude, rendu d'autant plus nécessaire que le niveau 6e est désormais intégré dans un seul et même cycle: le cycle 3 : CM1/CM2/6e, l'évaluation par compétences étant pratiquée, je viens de le rappeler, en élémentaire depuis fort longtemps.

Dans les 6e placées sous ma responsabilité, les réticences au changement ont été très vite dissipées. Les années passant, plus rapidement encore que les années initiales. Plus aucun élève, plus aucun parent n'expriment la moindre volonté de retour en arrière. L'évaluation par compétences n'est plus l' "usine à gaz", expression si souvent utilisée par celles et ceux qui faute d'arguments caricaturent et falsifient. Elle n'est pas non plus cette baguette magique que d'autres, par excès d'enthousiasme, par conviction pédagogique très (trop?) forte ont voulu croire capable de résoudre tous les problèmes liées aux apprentissages et à leurs évaluations. Parce que j'y crois, parce que j'ai pris et continue de prendre le temps d'expliquer la méthode, parce que j'écoute les inquiétudes légitimes des parents, ce qui semblait si incompréhensible à la naissance de la mise en place est devenu un "confort" aussi bien pour les élèves que pour moi-même. Ce "confort" n'interdit absolument pas, bien au contraire, l'exigence nécessaire requise par le "métier d'élève". L'élitisme républicain repose sur l'exigence pour tous, on l'oublie trop souvent.

Dans quelques autres 6e, des collègues - et c'est leur droit le plus absolu - y croient moins. L'influence des enseignants est telle, surtout avec des élèves de cet âge, qu'évidemment l'auditoire a tendance à moins y croire aussi, qu'il soit composé d'enfants ou de parents.

Alors, une jeune remplaçante peut avoir ce mot : " Les élèves sont contre. Les parents aussi"... Mais ne sont-ce pas les enseignants D'ABORD qui acceptent ou pas telle ou telle "nouveauté", qui sont "contre" ou "pour"  ? Ne sont-ce pas les enseignants D'ABORD qui font d'une "nouveauté" une réussite ou un échec selon la réception puis la transmission qu'il en font  ? Ces questionnements provoqués par la réflexion de ma collègue - à laquelle je ne fais aucun reproche  ! - sont ceux provoqués par toutes les réformes. Leur succès dépend souvent de la traduction qui en est faite, des caricatures dont elles sont l'objet, des dithyrambes excessifs qui leur assignent des responsabilités trop importantes.

L'évaluation par compétences - mais le propos peut être élargi à tous les changements d'habitudes - fait partie de ces réformes qui, comme la réforme du collège, entraînent des débats d'experts, des guerres pédagogiques, des chamailleries "twittesques" et "facebookiennes" absolument passionnantes parfois, très ennuyeuses et inutiles souvent.

Et qui, in fine, ne font que les mêmes malheureux:

- les élèves très éloignés idéologiquement de ces champs de bataille mais qui y "vivent" au quotidien, victimes collatérales de disputes picrocholines;

- les enseignants, qu'ils soient favorables ou opposés à tel ou tel texte officiel, décision ministérielle pourtant toujours très longuement discutée et débattue, eux aussi victimes des enkystements si préjudiciables à un univers, l'éducation, qui devrait être celui des enthousiasmes quand il n'est, depuis trop longtemps et encore plus ces derniers mois, que celui des immobilismes injustifiables.

Christophe Chartreux

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