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Vivement l'Ecole!

Sélection à l'entrée de l'université - APB n'est pas le problème...

22 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Sélection à l'entrée de l'université - APB n'est pas le problème...

APB est depuis quelques mois la cible de celles et ceux favorables à une "sélection" à l'entrée de l'Université. Sous quelque forme que ce soit.

Ceux-là, sous prétexte d'empêcher les échecs dès la première année à l'université, souhaitent instituer des "pré-requis" (qui dans certaines filières existent déjà sans interdire le moins du monde les abandons dès la première année).

Cette solution est certainement la plus paresseuse et surtout celle qui, en des temps où l'obligation de faire des économies est particulièrement prégnante, permettra au gouvernement de dépenser le moins possible, notamment en ressources humaines supplémentaires. Oubliant, comme souvent, qu'en matière d'éducation, un euro dépensé est d'abord un investissement.

Oubliant que d'autres filières, pourtant très sélectives, connaissent aussi - sans qu'on n'en parle jamais - ce phénomène d'abandon précoce. Je pense aux classes préparatoires aux grandes écoles.

Ce n'est pas l'outil APB qui crée, en amont, des élèves fragilisés par des orientations souvent plus imposées que choisies, entraînant de fait des inscriptions dans des filières ne correspondant pas aux attentes ni au niveau pour des étudiants très rapidement... "désorientés".

Ce n'est pas l'outil APB qui crée, en aval, l'engorgement des filières "sur-demandées".

En revanche, c'est bien un choix politique délibéré qui, par la seule instauration d'une sélection, veut interdire l'accés des études supérieures à des bacheliers presque considérés comme indignes et encombrants: bacheliers technologiques et bacheliers professionnels. L'immense majorité appartenant à des classes sociales moyennes et défavorisées.

Depuis des années, d'autres choix sont faits, souvent imposés aux gouvernements successifs, par les universités elles-mêmes:

- pas de créations de postes d'enseignants;

- restriction des effectifs des premiers cycles post-bac;

- pas d'investissement dans le renouvellement des locaux. Encore moins dans la création.

APB semble donc être un prétexte fort utile à celles et ceux ne souhaitant pas s'engager dans une politique d'investissements destinés à rendre à l'université française ses "habits" historiques. Ceux qui faisaient d'elle la dispensatrice d'une culture générale de très haut niveau appuyée sur un esprit critique tellement nécessaire dans une société dite "de la connaissance".

Enfin, rappelons avec Sophie Orange et Romuald Bodin - L'Université n'est pas en crise. Les transformations de l'enseignement supérieur: enjeux et idées reçues. Ed Le Croquant, Paris 2013 - que le taux d'abandon en premier cycle est très ancien, qu'il remonte au milieu du XXe siècle et qu'il est stable: environ 30%.

La France, comme tous les pays, développés ou pas, a un besoin pressant de professionnels diplômés. Plus la base sera importante en effectifs, plus nos élites seront faciles à former.

Restreindre l'accès à l'université et ne croire qu'en cette seule solution sans en imaginer d'autres, sans même s'en donner les moyens, c'est prendre le risque de voir notre pays, 5e puissance mondiale, se priver de ces élites indispensables.

Christophe Chartreux

Cette réflexion m'est inspirée:

- par le livre cité

- par les propos de Sophie Orange recueillis dans Le Monde, page 27 en date du 21 juillet 2017

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