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Vivement l'Ecole!

Quand le Ministre de l'Education Nationale se fourvoie gravement...

24 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Quand le Ministre de l'Education Nationale se fourvoie gravement...

Lire le JDD dimanche fut, pour moi comme pour de très nombreux enseignants/collègues, à la fois une curiosité, une série de "chocs" et un sourire.

Jean-Michel Blanquer répondait aux questions des journalistes pour évoquer, affirmait le titre, tout ce qui allait changer dans l'école à la rentrée 2017.

Rien de très nouveau à ce sujet puisque les annonces passées n'étaient que confirmées:

- division par deux des CP en REP+;

- "retour" (je tiens aux guillemets) de l'enseignement du latin/grec et des classes bilangues;

- la création du "devoirs faits" permettant aux élèves volontaires de faire leurs devoirs avant de rentrer chez eux;

- création d' "internats ruraux";

- utilisation du redoublement;

- la liberté laissée aux communes et écoles primaires de revenir à la semaine de 4 jours;

- une réflexion sur les vacances;

Et, comme le rappelle le JDD:

  • Face aux errements du système admission post-bac, le ministre promet une politique d'orientation profondément revisitée dès le début du lycée et une concertation dès l'automne sur le baccalauréat. 
  • La prime de 3.000 euros pour les professeurs allant exercer en REP+ (quartiers défavorisés) verra ses modalités définies "au cours du quinquennat".
  • Jean-Michel Blanquer veut relancer une politique volontariste des internats à la rentrée 2018, pour passer de "l'internat prison" à "l'internat liberté".
  • Les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) resteront l'objet d'une épreuve au brevet, mais avec une modulation possible des thématiques pour les établissements.

Autant d'annonces dont la traduction sur le terrain sera pour partie TRES difficile.

Je pense par exemple:

-  à la division des CP en REP+ - quels locaux? Quels personnels? A-t-on la certitude d'une quelconque efficacité de la mesure une fois ces CP passés dans des CE1 à 25 ou plus? 

- à la prime de 3000 euros pour les professeurs allant exercer en REP+ - primes qui "verra ses modalités définies au cours du quinquennat". Que de flou!

- au système "devoirs faits" dont personne ne sait par qui seront encadrés les élèves: faire des devoirs, apprendre ses leçons sont des actes pédagogiques qui ne peuvent être remplacés par une simple surveillance.

Mais les lecteurs eurent aussi droit à ces quelques déclarations qui tonnent comme autant de messages:

"L’ennemi du service public, c’est l’égalitarisme";

"Najat Vallaud-Belkacem, ce fut quand même une catastrophe";

Le ministre veut restaurer les cours de latin et de grec "chaque fois que c'est possible", ce qui est selon lui "un enjeu de civilisation";

"Je perçois Brigitte Macron comme la prof idéale";

Reprenons, point par point:

"L’ennemi du service public, c’est l’égalitarisme";

Le mot est une fois de plus lâché. "Egalitarisme". Un terme qui appartient au corpus des droites les plus traditionnalistes. Il faut se méfier des mots en "isme". Surtout lorsqu'un Ministre s'en sert pour accabler et dénaturer l'égalité. Car c'est bien de cela dont il s'agit.

L' "égalitarisme" est le terme trouvé par la droite, historiquement,  lui ayant permis de toujours justifier les injustices et inégalités à venir. "Donnons plus à ceux qui ont déjà plus. L' égalitarisme ne passera pas!".

Des mots d'ordre entendus chez SOS Education et dans les collectifs Racine, bras armé du Front National en matière de politique éducative.

Tristesse!

"Najat Vallaud-Belkacem, ce fut quand même une catastrophe"

Au détour de l'entretien, nous dit le JDD, Jean-Michel Blanquer glisse donc ce "tacle" à l'encontre de la Ministre qui l'a précédé. Ce n'est là que son point de vue, une prise de position idéologique fondée sur aucune étude, aucune évaluation, aucun recul lorsqu'on sait - lui le premier - qu'une réforme en matière d'éducation ne peut porter de fruits qu'après une période de cinq années minimum.

Non, le travail de Najat Vallaud-Belkacem (comme des deux autres ministres de l'éducation du quinquennat de François Hollande), n'a pas été une "catastrophe". Bien au contraire!

Certaines décisions auraient pu être prises plus tôt ou plus tard? Certaines autres auraient pu être plus ou mieux expliquées? Peut-être.

Mais au moins, avec elle, parlait-on d'EDUCATION!

Mais au moins avec elle s'est-on ENFIN penché sur le sort des plus faibles! 

Mais au moins avec elle y avait-il un réel intérêt pour les enseignants et les élèves!

Mais au moins avec elle, les inégalités étaient-elles les véritables ennemies!

(Lire à ce sujet le billet de Claude Lelievre dans Médiapart/Voir lien en bas de page)

Je n'ai pas aperçu, dans l'entretien au JDD, une ligne où il soit question d'EDUCATION. On y fait de la petite politique, on y manie un discours idéologique et l'on semble oublier que si catastrophe il y a, elle est à venir et, pire encore, a DEJA eu lieu entre 2007 et 2012, sous la présidence de Monsieur Sarkozy:

- 80 000 postes supprimés;

- mort de la formation initiale ("Prof, ce métier qui ne s'apprend pas");

- semaine de 4 jours en primaire;

Et j'en passe.

Le Directeur Général de l'Enseignement Scolaire qui mit en musique, avec zèle, cette politique de casse de l'école s'appelait... Jean-Michel Blanquer.

Pas Najat Vallaud-Belkacem!

Le ministre veut restaurer les cours de latin et de grec "chaque fois que c'est possible", ce qui est selon lui "un enjeu de civilisation".

Le "retour" de l'enseignement du latin/grec (qui n'a pas disparu. Il suffit pour cela de se rendre sur le terrain) est donc placé par le Ministre sous le signe d'un "enjeu de civilisation". Et il ajoute:

"Nous ne venons pas de nulle part. Nos racines sont gréco-latines".

Je ne vais pas ici, par manque de place et de temps, mais aussi je l'avoue, par immense lassitude, revenir trop lourdement sur ces affirmations. Elles sont tout simplement fausses, historiquement. Fausses par l'emploi du "Nos". J'imagine mes collègues et moi-même affirmant "nos" racines gréco-latines devant des classes composées d'élèves très surpris de l'apprendre car absolument pas "gréco-latins".

Quant à l'utilisation du mot "civilisation", il illustre lui aussi, comme l' "égalitarisme", l'idéologie véhiculée par les officines de droite et d'extrême droite, dont "Sens Commun" entre autres. D'après Jean-Michel Blanquer, hors le latin-grec, "preuve" irréfutable de civilisation - concept TRES large et affirmation discutable - hors ces racines-là, il n'y aurait que le "nulle part".

C'est tout simplement gravissime!

"Je perçois Brigitte Macron comme la prof idéale"

Cette dernière affirmation pourrait sembler anecdotique, voire ridicule et appartenant au registre de Gala et de la presse people en général.

Sauf qu'elle est tenue dans un média connu par un Ministre de la République.

Brigitte Macron n'est ici absolument pas en cause. Je la suppose d'ailleurs davantage gênée que flattée par la sortie étonnante de Monsieur Blanquer.

Que nous dit la phrase du ministre? Rien au sujet de la personne citée. Beaucoup au sujet de ce qu'elle incarne dans l'esprit du locataire de la Rue de Grenelle.

Madame Macron a été enseignante, sans doute excellente - je n'en sais strictement rien - et a accompli toute sa carrière dans l'enseignement privé. Ce qui, en soi, n'a rien d'un crime.

Mais Madame Macron est aujourd'hui "première dame" et Monsieur Blanquer est aujourd'hui Ministre de l'Education Nationale. La parole de ce dernier n'est pas, n'est jamais neutre. Si le Ministre choisit de citer en exemple la "première dame" et d'en faire un "exemple" pour tous les enseignants de France, il va falloir que cette désignation soit motivée. En quoi Madame Macron est-elle cet "exemple"?

J'attends avec impatience - car il serait criminel de nous priver des compétences supposées d'une telle enseignante désignée comme "exemplaire" - les conférences pédagogiques que le Ministre ne manquera pas d'organiser et au cours desquelles les enseignants en exercice pourront bénéficier des "leçons" que Madame Macron viendra dispenser pour le bien de tous les élèves de France, de Navarre et du lointain...

Christophe Chartreux

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