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Vivement l'Ecole!

Macron... Lecture d'image...

1 Juillet 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Art, #Politique

Macron... Lecture d'image...

L'icône glacée (EXTRAITS)

(...)

En guise d’encadrement de sa présence très imposante dans le cadre format smartphone, on distinguera donc, disposés négligemment à la faveur de l’inspiration du moment, deux drapeaux (l’un français, l’autre européen, comme il est d’usage depuis Sarkozy), le coq doré ornant un probable presse-papiers, une horloge (qui donne l’heure, 8 h 20 ou 20 h 20), pas moins de deux smartphones superposés, à la marque très identifiable (un double placement de produit, qui a priori donne l’heure aussi) et enfin trois volumes de la Pléiade, disposés de part et d’autre du bureau, dont les fins limiers du journal Gala nous apprennent qu’il s’agirait du Rouge et le Noir de Stendhal, des Nourritures terrestres d’André Gide et des  Mémoires de guerre de Charles de Gaulle. Rien ne permettant toutefois de l’affirmer avec certitude, on ne balaiera pas tout à fait l’hypothèse qu’il s’agisse là des Mémoires de la vie à Versailles de Saint-Simon, d’ Ubu roi d’Alfred Jarry et de l’intégrale des œuvres du marquis de Sade. L’un des livres est grand ouvert, en écho à la tradition de président lettré du portrait mitterrandien, tenant à pleines mains le recueil des meilleures punchlines de Montaigne plutôt que de laisser la littérature pourrir sur les étagères, comme ses prédécesseurs de la Ve.

D’autres choix s’inscrivent ici en résonance ou démarcation directe de la tradition présidentielle, modulée par chacune de ses manifestations photographiques. A la seule exception de Valéry Giscard d’Estaing, complètement hors sujet avec son affiche de campagne déguisée en portrait officiel (ce qui en fait ainsi de très loin la tentative la plus moderne du genre à ce jour), tous les chefs d’Etat français depuis 1958 se sont partagés entre le huis-clos aveugle de la bibliothèque de l’Elysée (De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Sarkozy) et l’open space verdoyant de ses jardins (Chirac et Hollande). Dans un nouvel accès de syncrétisme centristo-pavlovien, Macron refuse de choisir, se tenant pile dans l’axe vertical de la composition et soudant le dedans au dehors, par la grâce d’une fenêtre ouverte sur un ciel sans abeilles, en une journée opportunément non orageuse. Il se tient là, donc, au boulot, là où ça se passe, Emmanuel, et en même temps à un fauteuil en rotin de l’ailleurs, l’horizon national - auquel, certes, il offre son dos, obstruant au passage toute perspective.

Par delà la plastique flashée de l’image, à l’effet d’à-plat déréalisant, où tout objet semble greffé à la hâte par un retoucheur novice reconverti au graphisme grâce au plan de formation ultrarapide et néanmoins performant proposé lors de son récent licenciement économique flexisécurisé, ce qui interpelle plus que tout ici, c’est cette pose pour le moins inédite. Croyant parer à l’embarras hollandais des bras ballants, et sans aller dans le mimétisme obamalâtre des bras croisés, le plus jeune président de notre République éprouve manifestement le besoin de se cramponner avec l’autorité d’un Frank Underwood à sa table de travail, comme s’il n’était pas disposé à la lâcher de sitôt. Arrimant ainsi une posture à peu près aussi naturelle que s’il avait exécuté une salutation au soleil, les mains veinées à force de broyer celles de chefs d’Etat étrangers en visite, et qui surjouent la symétrie de l’image jusqu’au détail déjà abondamment commenté des deux alliances - une à chaque annulaire.

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Didier Péron et Julien Gester

Cette "lecture d'image" (un modèle du genre) est à lire entièrement ci-dessous:

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