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Vivement l'Ecole!

"La grande violence que prépare Macron"... Par Aude Lancelin et Juan Branco, avocat de Julian Assange...

30 Juillet 2017 , Rédigé par Là-bas si j'y suis Publié dans #Politique, #Macron

"La grande violence que prépare Macron"... Par Aude Lancelin et Juan Branco, avocat de Julian Assange...

Voici la transcription de l’émission "La guerre des idées" du 18 juillet 2017 : « Macron ou la tentation autoritaire ». Un entretien d’Aude LANCELIN avec Juan BRANCO, l’avocat français du fondateur de Wikileaks, Julian Assange. A lire et à relire à tête reposée.

Extrait

(...)

AL : Il y a toujours eu des forces capitalistiques derrière les candidats, des intérêts oligarchiques même. On pense évidemment au précédent Nicolas Sarkozy. Mais qu’est-ce qui fait la spécificité de Macron à vos yeux ? Effectivement, on sent que ce n’est pas tout à fait la même chose. A cet égard, certains ont pu aller jusqu’à invoquer un coup d’Etat démocratique, un putsch du CAC 40. Ce type de scénario qui n’a rien à voir avec le complotisme, qui naît simplement d’une analyse des forces en présence complètement légitimes. Qu’est-ce qui fait cette différence dans le ressenti ?

JB : C’est un être qui s’est constitué politiquement à travers les réseaux d’influence, c’est la grande différence avec Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac. Jacques Chirac, par exemple, a une position un peu plus ambiguë, mais quand même. C’est quelqu’un qui va se mettre au service de l’Etat pour le bien ou pour le mal, et qui va avoir un parcours sacrificiel de rapport au politique, avec toutes les jouissances que peut apporter le politique, mais dans lequel il va tenir une ligne d’engagement qui est la sienne, qui est plus ou moins corrompue, tout ce qu’on pourra penser. Mais qui va faire qu’il va passer par toutes les étapes de l’élection, de la mise au service d’autres hommes politiques, du gouvernement, de la constitution d’un parti, de la prise de pouvoir de ce parti, pour arriver à terme à s’imposer comme une figure qui puisse revendiquer sa légitimité politique dans l’exercice du pouvoir. Macron arrive à ce pouvoir porté par des forces qui sont étrangères au politique, c’est-à-dire étrangères au bien commun. En effet, quoi qu’on pense de Chirac et des modalités de son exercice du pouvoir, ce sont des forces qui à la base sont servies par rapport aux citoyens et à la constitution politique dans le sens démocratie libérale le plus classique du terme. Au contraire, Macron est quelqu’un qui va sauter toutes ces étapes pour s’imposer d’en haut dans l’espace politique à travers cette campagne-éclair, après avoir été nommé ministre de l’Economie, après avoir été secrétaire général de l’Elysée, sans fonction élective. C’est-à-dire qu’il va créer une tension qui va faire que sa légitimité, et du coup sa fidélité, ne tient pas tant au peuple, qui a été utilisé pour valider sa mise sur le trône, pour lui donner une onction, qu’aux forces qui l’ont propulsé jusque-là. La force du parcours de Macron c’est l’ENA, c’est Rothschild, c’est le réseau de la technocratie, les réseaux d’affaires qui vont le porter jusque-là. Ce n’est pas un rapport au politique, ce n’est pas un rapport au peuple, ce n’est pas un rapport à l’élection qui vont fonder son pouvoir. Nicolas Sarkozy, certes, devient maire de Neuilly pour constituer un réseau avec tout l’affairisme neuilléen et après avoir rencontré toutes ces personnes qu’il va marier et qui vont lui permettre d’accélérer son parcours, de permettre à cette personne très banale de devenir président de la République. Mais avec toujours principalement cette idée d’élection. C’est-à-dire d’abord cette légitimation par le rapport au populaire, le rapport au politique, le rapport pour finir au service de l’Etat. Là, au contraire, on puise de l’Etat immédiatement, pour ensuite, utiliser cette puissance accumulée et la déverser à travers les réseaux médiatiques, oligarchiques, etc. sur le peuple et s’imposer à lui. Il y a un vrai rapport d’imposition à la France, d’imposition au peuple chez Macron. Dans la façon dont il agit il y a une grande cohérence. Que ce soit au Louvre ou dans tout ce qu’il a déployé depuis, il y a une grande volonté de mise en scène de son autorité qui vise à écraser l’autre – non pas tant l’opposition, ce n’est pas intéressant, mais la France tout simplement – et qui s’explique par cette trajectoire venue d’en haut. Et là, pour moi, il y a une vraie rupture parce que c’est une création de ces milieux-là. A partir de là, il ne peut rien leur opposer, il en fait parfaitement partie. Il est là pour défendre complètement leurs intérêts parce qu’il les considère comme légitimes. Il n’a pas de rapport au peuple.

AL : C’est un fondé de pouvoir d’une certaine façon.

JB : L’élection présidentielle ne résout rien à ça. La façon dont elle a été menée fait qu’il n’y a pas de rapport organique qui se crée. On est sur une vraie distinction qui, encore une fois, ressemble un peu à ce qui est arrivé à Poutine au début de son mandat ; avec toutes les différences qui existent qui font que Poutine arrive là pour combler un vide (en l’occurrence c’était Eltsine, on pourrait comparer Eltsine et Hollande). Cette sorte de chose où on met quelqu’un là pour sauver la France, où ça n’allait plus, où on était en pleine dérive avec un incompétent, etc. Et enfin on a un soulagement parce qu’on a quelqu’un qui a une certaine autorité, une certaine prestance, qui va s’imposer là sans être vraiment passé vraiment par une quelconque initiation. Je pense qu’il y a quelque chose qui a été ressenti par beaucoup de personnes : quand on le voit remonter les Champs-Elysées sur cet appareil militaire, j’ai l’impression qu’il y a peu de personnes (en tout cas je ne l’ai pas ressenti) qui aient senti une forme de sens à ce geste, toute sa symbolique. Vous voyez Chirac, vous voyez Mitterrand, y compris Sarkozy, vous voyez un destin qui s’accomplit, qui après vingt, trente, quarante ans, finit par arriver là et du coup porte en lui un rapport au politique très déployé. Là, on voit quelqu’un qui a pris ce pouvoir comme ça, sans que personne comprenne trop comment ça s’est fait, et qui ne charrie rien derrière lui – si ce n’est ses discours managériaux sur l’excellence, la qualité, mais on pourrait placer n’importe qui à cette place-là. Sans que toute la fonction d’incarnation que le pouvoir politique doit porter soit existante.

AL : Le nombre de gardes républicains ce jour-là sur les Champs-Elysées était inversement proportionnel au nombre de passants agglutinés pour le voir.

JB : Oui, il y a un besoin de surinvestissement de ces espaces-là, parce qu’on sent qu’il n’y a rien derrière. La seule façon qu’a Macron de compenser tout ça, c’est par la force, par une forme d’autoritarisme marqué qui va écraser toute contestation qui, naturellement, pourrait dire : mais qui est ce type, qu’est-ce qu’il fait là, d’où sort-il, comment se fait-il qu’on l’ait placé dans cet espace-là ?

(...)

Propos recueillis par Aude Lancelin

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

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