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Vivement l'Ecole!

J'ai toujours détesté les fins et les trop longs silences...

8 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

J'ai toujours détesté les fins et les trop longs silences...

J’ ai toujours détesté les « fins »… La fin d’un film, la fin d’une histoire d’amour, la fin d’une journée, la fin d’un cours, la fin de l’année, la fin des vacances aussi… La salle des professeurs s’est vidée. Je me suis retrouvé seul vendredi avant de reprendre la route en écoutant Bach sur les dix-sept kilomètres qui me séparent de mon domicile. Je déteste le silence...

Surtout les trop longs silences. Ils n’annoncent rien de bon.

La semaine dernière, une de mes élèves, souvent silencieuse, - donc à-priori « sans problèmes n’est ce pas ? - est sortie de sa réserve… Prise d’une crise d’angoisse, elle hurlait dans le hall, annonçant des intentions suicidaires, montrant ses avant-bras striés de cicatrices, scarifiés… Cette « mode » de la scarification, empruntée à des sites Internet Gothiques ou prétendus tels, touchent de plus en plus de pré-adolescents, surtout des filles. Se faire mal effacerait leurs angoisses. Car, pour certains, à cet âge-là, l’angoisse du lendemain, du présent aussi, est permanente. Les raisons de ce mal-être, de ce mal-vivre, sont très nombreuses :

- les difficultés familiales;

- les pressions exercées par les adultes;

- l’obligation qui leur est faite de se conformer à des images de mode ; malheur à celle ou à celui qui n’y parvient pas !

- l’incompréhension devant ce qu’on exige d’eux. « Mais ça sert à quoi ? » ; « Pourquoi je suis là ? » ; « De toutes façons, on est nuls ! » ; « Je n’y arriverai pas ! » ; « Je suis trop moche ! » ; « J’y comprends rien ! »… Autant de réflexions que nous écartons, cela m’arrive aussi, n’y prêtant pas attention. Ca leur passera… Ils font leur crise d’adolescence… Le découpage de leur journée en tranches de savoirs. Tu suis ? tant mieux… Tu ne suis pas ? Tant pis pour toi… Et tu passes de zéro en observation, d’observation en retenue, de retenue en exclusion, d’exclusion en scarifications… Je caricature ? A peine!

Les « bons » élèves n’échappent pas non plus à ces silences angoissants. Tu feras « latin-allemand »… Que tu le veuilles ou pas… J’ai un jour entendu un père d’élève de sixième me tracer tout le cursus de sa fille jusqu’à son mariage ! Elle sera avocate, épousera un médecin ou, "au pire", un cadre supérieur. La petite fille, présente à l’entretien, était silencieuse… Forcément silencieuse… Une future scarifiée ? Si proche de « sacrifiée »… J'ai demandé au papa s'il avait déjà choisi la robe de la future avocate. Il n'a pas apprécié. La petite a souri pour la seule fois de l'entretien...

Ne croyons pas que le silence de nos élèves, le silence absolu de nos classes attentives ou semblant l’être, soit un gage de réussite. Il n’assure que notre tranquillité. Mais il ne nous renvoie que l’assourdissante angoisse de certains. Faisons-les participer ! Impliquons-les ! Ecoutons-les! Donnons-leur toutes les occasions de parler, d’écrire, de créer, d’inventer, d’exprimer, de lire, de dialoguer entre eux et avec nous. De manière organisée bien entendu ! Ils ne demandent que ça !

Nous laisserons alors des traces en eux…

Ce ne seront plus seulement celles des lames de rasoirs…

Christophe Chartreux

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