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Vivement l'Ecole!

Macron ou le triomphe de la personnalisation...

17 Juin 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Politique

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EXTRAITS

Pierre Rosanvallon : « L’élection de Macron redéfinit le clivage droite-gauche »

L’arrivée au pouvoir d’un président qui se revendique et de droite et de gauche rebat les cartes d’une opposition séculaire qu’analyse l’historien et sociologue.

(...)

La récente campagne présidentielle ­présage-t-elle un nouveau fonction­nement de la démocratie ?

Ce qui m’a frappé, dans cette campagne, c’est qu’elle ait été un moment d’intense personnalisation mais d’une aussi faible expérimentation démocratique. Ceux qui ont été les vecteurs de cette personnalisation n’ont pas cherché à la compenser par l’étude de nouvelles formes politiques.

Certes, En marche ! a mené une sorte d’enquête auprès des Français, mais c’est resté très général. De même pour l’usage des réseaux sociaux par Jean-Luc Mélenchon. On est loin des discussions nourries, menées ces dernières années, sur la recherche de nouvelles formes délibératives ou participatives associant les citoyens.

L’autre constat, c’est celui de l’épuisement de la forme des partis traditionnels. Historiquement, ces derniers avaient une double fonction d’organisation du suffrage universel et de représentation de la société. Or l’une et l’autre se sont singulièrement érodées : les partis ne représentent plus depuis longtemps les catégories sociales, ils n’en sont plus les porte-parole parce que la société n’est plus seulement ­constituée à partir de quelques grands blocs ­sociaux comme le salariat, les ouvriers, les ­employés, les cadres… mais à partir de situations sociales beaucoup plus complexes et mouvantes.

Quant à leur rôle d’organisateurs de la démocratie, ils sont concurrencés par des mouvements d’un type nouveau, comme ceux de Macron ou de Mélenchon.

Enfin, l’élection de Macron renforce la personnalisation du pouvoir, longtemps perçue comme une perversion de la démocratie. Dans la vision républicaine, la bonne démocratie, c’est l’impersonnalité : le pouvoir doit être col­légial, donc parlementaire. C’est une idée fondamentale de la Révolution. Gambetta l’amplifiera à la fin du XIXe siècle en disant que tout bon démocrate doit se méfier des personnalités excessives.

La montée en puissance du pouvoir exécutif a profondément changé ce rapport à la personnalisation. La Ve République n’a pas été une exception rétrograde, elle a au contraire anticipé un mouvement général de présidentialisation des démocraties, qu’il y ait ou non élection présidentielle.

L’élection de Macron, c’est le triomphe de cette personnalisation puisque les candidats des partis traditionnels ont été écartés par ceux qui se définissaient comme les catalyseurs directs d’une aspiration populaire, qu’il s’agisse de Macron, de Mélenchon ou de Le Pen. On est passé d’une logique de représentation de la ­société à une logique d’identification.

Vous avez estimé, notamment à l’occasion de l’affaire Richard Ferrand, que le soupçon mine la démocratie. Qu’entendez-vous par là ?

Les Français sont très sensibles à la question de la responsabilité politique. C’est pour cela que, dans l’épisode récent concernant le ministre de la cohésion des territoires Richard Ferrand, son attitude a été scrutée à la loupe. Celles du président de la République et du premier ministre également.

La responsabilité politique consiste, pour un responsable public, à prendre sur soi pour purger la défiance née des soupçons ­provoqués par certaines ­informations sur son comportement. Et pour cela à démissionner. La responsabilité politique implique la reconnaissance par ceux qui ont des fonctions politiques qu’il est de leur devoir d’être ceux qui payent, parfois, le prix du soupçon pour restaurer la ­confiance dans la démocratie. Au prix même de ce qui peut être ressenti comme une « injustice » quand il n’y a pas de délit à proprement parler.

Ce sont, à la limite, de nécessaires victimes expiatoires dans une société où l’opinion est aussi gouvernée par des passions qui se nourrissent des inachèvements de la démocratie et du manque de vertu des élites.

Car la démocratie repose sur la confiance, c’est-à-dire sur la possibilité de faire une hypothèse sur le comportement futur de quelqu’un. La confiance a une dimension cognitive : ce qu’on sait de la personne permet de préjuger de son comportement futur ; si l’on découvre que ce que l’on sait est incomplet ou erroné, cela ne peut que rompre la confiance et créer le trouble. Je trouve terrible que le premier ministre ait déclaré que les électeurs seront juges du sort de M. Ferrand. Cela témoigne d’une complète incompréhension de ce que veut dire la responsabilité politique.

Propos recueillis par

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