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Vivement l'Ecole!

Les fables de Blanquer... Par Claude Lelièvre...

24 Juin 2017 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

Illustration De Livre, La Littérature

Le nouveau ministre de l'Education nationale vient d'annoncer urbi et orbi que 150000 élèves de CM2 allaient recevoir les « Fables » de La Fontaine. Pourquoi 150000 ? Et qui seront les heureux récipiendaires? Pourquoi à la fin du CM2 ?

D'autant que Jean-Michel Blanquer veut montrer en ce début de ministère qu'il a beaucoup d'idées. Mais ce sont toujours à peu près les mêmes, celles qu'il avait lorsqu'il était Directeur de l'enseignement scolaire sous l'autorité du ministre de l'Education nationale Luc Chatel. Il s'agissait en l'occurrence déjà des « Fables » de La Fontaine, mais pour le CM1, et pour 178000 d'entre eux.

Extraits de la « circulaire Blanquer » : « Opération « Un livre pour l'été », circulaire n° 2010-067 du 26-5-2010. En cet été 2010, qui marque le lancement de cette opération, 178 000 élèves de CM1 recevront  ''Un livre pour l'été''. […] ''Un livre pour l'été'' est une initiative de grande ampleur, qui demande encore à croître au regard de l'enjeu national qu'est la lecture pour les jeunes générations. Elle s'inscrit dans la durée pour que, dès l'an prochain, chaque élève de CM1 se voie remettre un livre au terme de l'année scolaire, et que ce livre l'accompagne tout au long de l'été. Pour cette première année, en partenariat avec la Réunion des musées nationaux, l'Éducation nationale a choisi d'éditer des Fables de La Fontaine illustrées par Marc Chagall [...]. Le directeur général de l'enseignement scolaire, les recteurs et les IA-DSDEN conduiront les opérations de communication nécessaires (visites d'écoles, communiqués de presse, etc.) avec l'appui des correspondants académiques chargés de la prévention de l'illettrisme. Pour le ministre de l'Éducation nationale, porte-parole du Gouvernement, et par délégation, Le directeur général de l'enseignement scolaire Jean-Michel Blanquer ». |

L'Âne portant des Reliques (Recueil 1, Livre 5, Fable 14)

Un Baudet, chargé de Reliques,

S'imagina qu'on l'adorait.

Dans ce penser il se carrait,

Recevant comme siens l'Encens et les Cantiques.

Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :

Maître Baudet, ôtez-vous de l'esprit

Une vanité si folle.

Ce n'est pas vous, c'est l'Idole

A qui cet honneur se rend,

Et que la gloire en est due.

D'un Magistrat ignorant

C'est la Robe qu'on salue.

L'Âne vêtu de la peau du Lion (Recueil 1, Livre 5, Fable 21)

De la peau du Lion l'Ane s'étant vêtu

Etait craint partout à la ronde,

Et bien qu'animal sans vertu,

Il faisait trembler tout le monde.

Un petit bout d'oreille échappé par malheur

Découvrit la fourbe et l'erreur.

Martin fit alors son office.

Ceux qui ne savaient pas la ruse et la malice

S'étonnaient de voir que Martin

Chassât les Lions au moulin.

Force gens font du bruit en France,

Par qui cet Apologue est rendu familier.

Un équipage cavalier

Fait les trois quarts de leur vaillance.  

Le Charlatan (Recueil 1, Livre 6, Fable 19)

Le monde n'a jamais manqué de Charlatans.

Cette science de tout temps

Fut en Professeurs très fertile.

Tantôt l'un en Théâtre affronte l'Achéron,

Et l'autre affiche par la Ville

Qu'il est un Passe-Cicéron.

Un des derniers se vantait d'être

En Eloquence si grand Maître,

Qu'il rendrait disert un badaud,

Un manant, un rustre, un lourdaud ;

Oui, Messieurs, un lourdaud ; un Animal, un Ane :

Que l'on amène un Ane, un Ane renforcé,

Je le rendrai Maître passé ;

Et veux qu'il porte la soutane.

Le prince sut la chose ; il manda le Rhéteur.

J'ai, dit-il, dans mon écurie

Un fort beau Roussin d'Arcadie :

J'en voudrais faire un Orateur.

Sire, vous pouvez tout, reprit d'abord notre homme.

On lui donna certaine somme.

Il devait au bout de dix ans

Mettre son Ane sur les bancs ;

Sinon, il consentait d'être en place publique

Guindé la hart au col, étranglé court et net,

Ayant au dos sa Rhétorique,

Et les oreilles d'un Baudet.

Quelqu'un des Courtisans lui dit qu'à la potence

Il voulait l'aller voir, et que, pour un pendu,

Il aurait bonne grâce et beaucoup de prestance ;

Surtout qu'il se souvînt de faire à l'assistance

Un discours où son art fût au long étendu,

Un discours pathétique, et dont le formulaire

Servît à certains Cicérons

Vulgairement nommés larrons.

L'autre reprit : Avant l'affaire,

Le Roi, l'Ane, ou moi, nous mourrons.

Il avait raison. C'est folie

De compter sur dix ans de vie.

Soyons bien buvants, bien mangeants,

Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.

Quelles fables (et quelles leçons) pour les petits enfants?

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