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Vivement l'Ecole!

CP à 12 élèves... Méthodes brutales et finalités contestables...

23 Juin 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Pédagogie

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EXTRAIT

CP à 12 élèves: la réforme En Marche forcée

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Réformer l'éducation par ordonnance

Le nouveau gouvernement veut agir vite pour reprendre en main la refondation de l’éducation nationale. C’est donc dans une précipitation inédite que les directions académiques annoncent ces derniers jours les mesures concrètes pour atteindre l’objectif de « 100 % de réussite en CP ». Syndicats, associations de parents d'élèves (voir ici) et enseignants sont mis devant le fait accompli. Cette célérité n’est évidemment pas sans poser de nombreux problèmes tant au niveau de la méthode que des finalités et surtout préfigure ce que pourrait être la marque de fabrique d'une nouvelle gouvernance à marche forcée.

Casser ce qui était déjà en marche

Les enseignants se voient dans l’obligation de renoncer à un précédent dispositif, le "plus de maîtres que de classes". Toutes les écoles REP+ (réseau éducation prioritaire renforcé) et une majorité des écoles REP s’étaient vues attribuer un professeur des écoles en surnuméraire pour accompagner les classes et intervenir en fonction des besoins au sein de celles-ci. Ces enseignants « pollénisateurs» permettaient de décloisonner les classes et d’encourager l’innovation et la réflexion pédagogique au sein d’équipes enseignantes, souvent jeunes et inexpérimentées dans ces écoles prioritaires. Or, en Seine-Saint-Denis où plus de 500 écoles sur 830 sont en éducation prioritaire, la totalité de enseignants PDMQDC ((plus de maîtres que de classes) des écoles REP+ vont disparaître à la rentrée prochaine. Tout est donc « balayé d’un revers de main », sans réflexion, sans bilan et sans égards pour les professionnels investis (voir pétition). Le directeur académique, M.Wassenberg, l’a annoncé vendredi dernier et a même ajouté qu’une partie des nouveaux postes affectés aux brigades de remplacement (75 postes sur 190 pour être précis) serait ponctionnée pour concrétiser la promesse des CP à 12 . Le non remplacement des enseignants absents, véritable fléau dans ce département, a donc toutes les chances de revenir en force dès l’automne prochain.

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Un slogan ne fait pas une politique

Les finalités sont aussi problématiques. Le slogan "100 % de réussite en CP" est certainement opérant pour gagner des élections mais beaucoup moins pour vaincre l’échec scolaire. Une telle promesse, digne d’un commercial tout droit sorti de l’ESSEC, fait porter une responsabilité particulièrement lourde sur les seules épaules des enseignants de CP. Outre le fait que cela induit que certains enseignants auraient pu avoir par le passé comme objectif de faire échouer leurs élèves, qu’adviendra-t-il si l’objectif n’est pas atteint ? Comment vont réagir les familles à qui on fait cette promesse si par malheur leur enfant n’est pas devenu lecteur-expert à la fin du CP ?

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A l'école du paravent

Enfin, le problème des locaux, très tôt soulevé par la communauté éducative, est solutionné de manière expéditive. Partout où des salles inoccupées existent, tout va bien, mais ailleurs, soit dans la grande majorité des cas, les enseignants devront partager leur salle avec un collègue. La proposition de la fraichement élue député Anissa Khedher d’installer des paravents dans les classes (voir ici) est sérieusement envisagée par plusieurs communes de Seine-Saint-Denis nous dit Véronique Decker, directrice d'école à Bobigny et auteur de "l'école du peuple". Elle ajoute que "notre ministre comme M. le président ne connaissent pas les écoles publiques et encore moins celles des quartiers populaires, eux qui sont passés par des établissements privés". Ce serait "leur non-attachement à cette école publique" qui expliquerait selon elle qu'ils considèrent comme opérant que deux professeurs enseignent à deux classes dans la même salle pour apprendre à lire. Ou alors, et ce ne serait pas le moindre des paradoxes à l’heure où l’autonomie et l’expérimentation sont célébrées par notre nouveau ministre,  cela reviendrait finalement à maintenir le principe des PDMQDC sans le dire, mais en les assignant d'autorité à la seule classe de CP. 

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Emile Lanoë

Le billet complet est à retrouver en cliquant ci-dessous

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