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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Arthur Rimbaud...

10 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "arthur rimbaud nuit en enfer"

J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le  conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du  venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif,  j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez  comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut.  Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes !  C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert  spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je? 

Les nobles ambitions !

Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme  qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas  ? Je me crois en  enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave  de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le  vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est  la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus  profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan  qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. –  Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques  puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai  un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. –  La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif,  si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le  clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher,  à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.

Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien…  Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont  des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche  pas. Je sens le roussi, c’est certain.

Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours  eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai:  poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus  riche, soyons avare comme la mer.

Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis  plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en  bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de  flammes.

Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand,  court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines,  sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne  nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague  d’émeraude…

Je vais éveiller tous les mystères: mystères religieux ou naturels,  mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en  fantasmagories.

Écoutez !…

J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un:  je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des  danses de houris  ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la  recherche de l’anneau  ? Veut-on  ? Je ferai de l’or, des remèdes.

Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, –  même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous  son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je  ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai  heureux.
 – Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la  chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est  regrettable.

Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a  disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les  matins, les nuits, les jours… Suis-je las !

Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.

Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers,  horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes  charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce  poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde !  Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et  je ne le suis pas.

C’est le feu qui se relève avec son damné.

Arthur Rimbaud

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