Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Ruwen Ogien, la liberté à tout jamais... "On peut mener la vie qu’on veut tant qu’on ne porte pas tort à autrui."

6 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

Résultat de recherche d'images pour "ruwen ogien mes mille et une nuits"

EXTRAIT

Le philosophe est mort jeudi d’un cancer. Personnalité d’une exquise gentillesse et volontiers provocateur, le directeur de recherches au CNRS défendait l’«éthique minimale», soit une approche libertaire de la morale selon laquelle on peut mener la vie qu’on veut tant qu’on ne porte pas tort à autrui.

Il n’est pas exagéré de dire que c’était un homme merveilleux, un homme s’émerveillant de tout, émerveillant tout le monde par son intelligence certes, par cet humour qui lui donnait la force de tourner en dérision ses propres tourments, la sale maladie par laquelle son corps était rongé depuis quatre ans, et surtout par une gentillesse et une courtoisie hors du commun, aussi éloignées que possible de la mièvrerie, qui le rendaient disponible aux choses et aux êtres et faisaient que, devant lui, si attentif, si accueillant, on se sentait plus intelligent, on devenait, ne serait-ce qu’un instant, la personne la plus importante du monde. Ruwen Ogien est mort jeudi, en début d’après-midi, à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Il venait de publier Mes mille et une nuits (Albin Michel, 2017) où, fustigeant le «dolorisme», il parlait de son «cancer capricieux chaotique».

«Diagnostics lumineux»

C’était un proche de Libération, même si parfois il s’irritait de ce qu’il y lisait (mais généralement il cueillait là l’occasion d’écrire une nouvelle chronique), il écrivait sur le blog «LibéRation de philo», goûtant les «joies et les peines du "blogueur" exposé aux commentaires rarement très sympathiques des lecteurs», avait participé aux «Libé des philosophes», aux Master classes sur la justice, était souvent venu parler aux forums organisés par le journal, envoyait souvent des articles pour les pages Idées. C’est que rien ne lui était étranger, aucun événement politique, aucun fait de société, aucune question éthique - et que tout excitait sa réflexion, qu’il déployait souvent de façon paradoxale, sinon provocatrice. Il plaçait au-dessus de tout la liberté individuelle. Mais en un sens particulier. A propos de la liberté d’expression, par exemple, il écrivait ici même qu’elle n’était ni «un avantage qu’on réclame pour soi» ni «le droit d’affirmer publiquement ses propres opinions, de vanter ses idées», mais bien «le devoir de respecter celles des autres». Il se moquait lui-même du fait qu’on sollicite sans cesse les philosophes afin qu’ils donnent des avis. Signe, disait-il (1), que l’idée qu’ils soient capables «par la magie de [leur] esprit» de «poser des diagnostics lumineux sur absolument tout» est largement partagée. Aussi se gardait-il d’en «donner», des avis : il proposait plutôt des outils pour éprouver la validité des siens et pour que ses lecteurs testent la solidité des leurs.

(...)

Robert Maggiori

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :